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Gwen Catala


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Dernières critiques
jalleks
  26 mai 2020
Une chambre à soi de Virginia Woolf
Plus qu'un essai pour expliquer à quel point un lieu à soi est important à la créativité. J'ai pris un véritable cours d'écriture. Une révélation ! Woolf, je vous aime, vous êtes merveilleuse de génie...
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afadeau
  13 mai 2020
Une chambre à soi de Virginia Woolf
Je n’avais jamais lu Virginia Woolf ! C’est en voyant le beau portrait d’elle sur la couverture d’ « Une chambre à soi » que je me suis décidé à l’acheter. Quelle photo magnifique ! Elle a tout juste 20 ans et le portrait réalisé en 1902 est signé d’un célèbre photographe britannique nommé George Charles Beresford.

Une nouvelle traduction de Marie Darrieussecq est parue en 2016, avec un style plus vif, sous le titre « Un lieu à soi ». Ayant comparé quelques passages, je trouve la traduction de Clara Malraux plus littéraire, mais les nouvelles traductions sont utiles, elles font vivre les textes, les régénèrent en quelque sorte.



Il s’agit d’un essai à partir de conférences données dans deux collèges réservés aux femmes. On lui a demandé de parler du thème de « la femme et le roman ».

Dans la première partie l’auteure pose longuement le sujet et part dans la rêverie, les digressions et quelques poèmes où la nature a toute sa place :

« Sur l’autre rive des saules, chevelure éparse, continuaient de se lamenter. La rivière reflétait ce qui lui plaisait du ciel et du pont et de l’arbre flamboyant. »

Ensuite, elle expose ses conclusions quant à la faible représentation des femmes dans la création en général et dans la production d’œuvres de fiction en particulier. Il leur faut « une chambre à soi » et des moyens de subsistance en propre (elle dit : cinq cents livres de rente).

Le ton est très humoristique, voire caustique. Elle se moque avec finesse et délectation des hommes de son époque, de ses professeurs, exprimant des avis péremptoires – et ridicules, lus aujourd’hui – quant à l’incapacité des femmes à devenir des artistes à l’égal des hommes.



Une bonne partie de ce petit livre de 171 pages est consacrée à combattre l’infériorité supposée des femmes : « Il est absurde de blâmer une classe ou un sexe en leur totalité. Les grands groupes humains ne sont jamais responsables de ce qu’ils font. »

Ce thème est souvent mis en avant quand on entend parler du livre et j’ai été très surpris d’y trouver bien d’autres réflexions et critiques qui n’ont pas dû faire plaisir à la bonne société de Londres dont elle était issue. La critique de l’argent pour l’argent est terrible sous sa plume : « Regardez, à la clarté du soleil printanier, l’agent de change et le grand avocat entrer dans une maison afin de gagner de l’argent, et encore de l’argent, toujours de l’argent, alors que cinq cents livres par an vous permettent de vivre à la clarté du jour. »

Ou encore :

« N’est-t-il pas absurde pourtant, pensais-je, tournant la page du journal, qu’un homme avec tout le pouvoir qu’il a, se mette en colère ? Ou bien, me demandais-je avec curiosité, la colère ne serait-elle pas quelque chose comme le démon familier, le lutin qui vous suit au pouvoir ? Les riches, par exemple, sont souvent en colère, parce qu’ils soupçonnent les pauvres de vouloir s’emparer de leurs biens ? »



Cet essai est publié pour la première fois en 1929. Virginia Woolf insiste sur le contexte historique du mouvement féministe naissant. Elle s’inscrit dans la dynamique des progrès timides réalisés : deux collèges de femmes fonctionnent depuis 1866 ; les femmes mariées ont été autorisées à posséder des biens en propre depuis 1880 et elles ont acquis le droit de vote en 1919 (les dates sont celles de Virginia Woolf dans cet essai... Il semble en fait que ce soit en 1918). Elle évoque la lutte des suffragettes ayant permis d’obtenir, par des luttes très dures depuis le début du siècle, des résultats décisifs.

Elle donne un avis très ironique et plein de courage sur la poésie et le fascisme : « Il est à craindre que le poète fasciste ne soit un affreux petit avorton tel qu’on peut en voir dans les bocaux de verre des musées provinciaux. Cette sorte de monstre ne vit jamais très longtemps, dit-on ; on n’a jamais vu ce genre de prodige brouter l’herbe d’un champ. » Il vivra assez de temps pour faire beaucoup de mal à l’humanité et la bête immonde est toujours vivante mais c’était bien vu et bien dit.



Virginia Woolf me surprend totalement. J’en étais resté à la femme dépressive, effacée, voire folle telle qu’on l’a souvent dépeinte, une sorte de romantique éthérée et passée de mode. Autant dire que je ne me sentais pas du tout attiré pour la lire. Je découvre une femme engagée, à l’honnêteté totale, à la critique joyeuse, qui va remonter les troupes dans les collèges, elle qui demande aux jeunes filles venues écouter ses conférences « de diriger le monde vers des fins plus hautes. »



La Pléiade a édité, en 2012, l’intégralité de son œuvre romanesque en 2 tomes, laissant curieusement de côté tous ses autres écrits, essais, articles, textes expérimentaux... Virginie Despentes s’était alarmée de l’absence de « La chambre à soi ». On voit bien pourtant le côté moderne de cet essai. On peut aussi s’étonner des images de dépressive et de folle qui lui ont collé à la peau très longtemps. Il n’est pourtant pas difficile de trouver bien des éléments dans sa vie qui ont dû peser lourd dans cette décision de 1941, de se suicider par noyade – elle a alors 59 ans. Elle a bataillé dur toute sa vie, tellement en avance et à contre-courant sur son milieu social et son époque. Les disparitions familiales ainsi qu’une reconnaissance partielle de son œuvre ont dû jouer également, sans oublier son mari juif dans un contexte d’antisémitisme nazi et pas seulement... Nul doute que sa modernité, son exigence artistique, n’ont pas dû être faciles à assumer. Elle rejoint, en partie, Stéphan Zweig dans cette voie, dont on n’a jamais dit qu’il était fou. Peut-être est-ce une façon de discréditer une voix rebelle, une femme revendiquant sa liberté par rapport aux hommes, que de mettre en avant des troubles mentaux. Cela m’évoque Camille Claudel... et aussi l’hystérie dont on accusait bien des femmes, façon de disqualifier en refusant l’écoute.



C’est un livre édifiant et une lecture passionnante, un beau texte en lien avec les luttes féministes toujours actuelles. J’ai eu le sentiment de lire une auteure majeure du 20ème siècle – les rééditions, les films, les émissions de radio dont celle d'Adèle Van Reeth sur France Culture cette semaine, voire les chansons et musiques lui rendant hommage en témoignent, avec une influence sur la culture encore cent ans après, comme elle le prédit pour ces femmes conquérantes dont elle fait partie.

*****

Pour avoir les illustrations, ainsi que la musique "For Virginia" du jazzman Sébastien Lovato, visitez mon blog clesbibliofeel. A bientôt !
Lien : https://clesbibliofeel.blog
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OREILLYS
  08 mai 2020
Une chambre à soi de Virginia Woolf
"Je sais, vous m'avez demandé de parler des femmes et du roman". Virginia tente de saisir la place (dans tous les sens du terme) de la femme au sein de la société de son époque.

Qu'est-ce qui a changé en un siècle? On réfléchit toujours à la place de la femme dans la société. Pourquoi ne s'intéresse-t-on pas à l'homme? sa place? Ses envies?

Les hommes écrivent sur les femmes, les femmes sur les femmes... L'argent a donné de l'autonomie aux femmes, mais peut-on parler de liberté?

Aujourd'hui, les femmes écrivent des romanes, les femmes peuvent avoir un espace à elles, mais elles ne sont toujours pas de hommes et il me semble plus judicieux de nous battre pour nos différences que de vouloir les annihiler. Il me semble même que la question n'est plus d'une différence de genres mais de cultiver sa propre individualité asexuée.

De plus, qu'est-ce qui définit un grand livre?
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