AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures



    cornaline37 le 25 avril 2019
    Lorsque j’étais petite fille, j’étais fascinée par les sorcières. Je les imaginais toujours en vieilles femmes, et je m’étais promis que j’aurais moi aussi cette crinière d’argent et ce regard plein de lumière que je leur prêtais.

    Nous partions rarement en vacances. Mes parents vivaient modestement. Ce fut donc un événement lorsque nous pûmes partir quelques jours à Guérande. Un petit dépaysement pour nous qui vivions en province angevine. Je me souviens des grandes plages claires, du vent dans les cheveux, de l’odeur d’embruns et de liberté. Cela me changeait du décor austère de l’Abbaye de Fontevraud auprès de laquelle j’ai grandi. J’avais l’impression alors pour la première fois de ma vie de pouvoir respirer à pleins poumons, sans entrave, sans cet étau qui me serrait ordinairement le cœur.

    Un matin, nous allâmes au marché avec mes parents. Devant l’étal d’un maraîcher, une queue assez importante indiquait que les légumes étaient bons. Elle ne fut pas cependant assez longue pour dissuader ma mère de s’y insérer, et je me mis à rêvasser en attendant notre tour, pour tromper mon ennui. Ma mère donna alors un léger coup d’épaule à mon père et lui montrant une direction du menton, elle murmura : « Regarde, la vieille femme là-bas. Elle est si sale ! On dirait qu’elle a des pelotes dans les cheveux ». Dans un même mouvement,  mon père et moi nous retournâmes. Elle était dans une file de l’autre côté de l’allée, et les gens qui patientaient devant l’étal se tenaient légèrement à distance, avec un air gêné, cherchant à respirer discrètement un peu au-dessus et de biais. Je la vis d’abord seulement de dos, essayant de repérer les fameuses pelotes sous un chapeau noir en feutre. Puis elle se tourna. Son état laissait vraiment à désirer. Elle était vêtue entièrement de noir, si l’on peut dire, car son espèce de manteau, ou de robe, était maculé de traces impossibles à identifier. Ses cheveux argentés étaient effectivement si emmêlés que des touffes hirsutes soulevaient le chapeau, comme les rouleaux d’une mer déchaînée l’auraient fait d’un petit esquif.

    Elle fut à peine saluée et très vite servie. C’est lorsqu’elle regarda dans notre direction que je reçus le véritable choc.

    Tout se passa très vite et pourtant, plus de trente ans après, tout est très net dans ma mémoire. Son visage était si ridé que sa peau n’était plus que rainures, sillons, failles. Tannée par le soleil, brunie, on aurait dit un visage de carton griffé au cutter. Mais ses yeux… vifs, perçants, d’un vert de la couleur de l’eau après la tempête. Je ne pouvais cesser de la fixer, hypnotisée par son regard, et elle faisait de même, plongeant dans les miens, plantée au milieu de l’allée, immobile. Ma mère rompit le charme en attrapant ma main qu’elle serra fort, puis elle me gronda. « On ne fixe pas les gens ainsi ! C’est très impoli ! »

    Le temps que je puisse à nouveau me retourner vers la vieille femme, elle avait disparu, avalée par la foule qui s’était soudain faite plus dense. Ma mère semblait soulagée. En vérité, on aurait dit qu’elle avait surtout eu peur que la vieille ne s’approche, nous parle peut-être. Tout son corps avait émis le souhait qu’elle se tienne le plus loin possible de nous, comme si elle était dangereuse, ou qu’elle pouvait nous contaminer de crasse rien qu’en avançant d’un pas. Puis elle dit encore : « On dirait une vraie sorcière ». Oui me dis-je, c’est sûr. C’est une sorcière. J’en ai rencontré une !

    Puis je retournai courir sur la plage, et oubliai.


    ---

    De ma maison, on voit la mer. Oh, pas une belle vue à travers une grande baie vitrée. Juste un petit bout de mer, en se penchant un peu par la fenêtre du grenier.  Maintenant que je suis vieille, je peine à y monter, mais c’est là que je me sens le mieux pour respirer un peu. Depuis quelques temps, même ma maison me paraît étroite. Je reste dehors du matin au soir, je trotte comme une vieille souris, fouettée par les rafales ou caressée par la brise. Quand je suis trop fatiguée, je m’assois sur un banc, et je regarde la mer, en laissant le vent faire pleurer mes yeux.

    On croit qu’avec le temps les souvenirs s’apaisent, qu’on a moins mal. Ce sont des fadaises. La mâchoire en métal ne vous lâche jamais. Si vous remuez trop fort pour tenter de vous en débarrasser, elle ne fait que resserrer son étreinte, vous broie lentement. Mieux vaut ne pas trop bouger. Juste le corps, pour lui éviter de rouiller, mais pas le cœur. Un cœur, ça ne se répare pas.


    Ce matin, la promenade ne m’aide même pas à respirer. J’y repense sans arrêt. Je n’aurais pas dû aller au marché, je le sentais. Cette petite fille. Ses yeux, son visage… Toute l’histoire m’est revenue, telle une eau s’engouffrant dans la cale d’un navire en perdition. Je me suis enfuie. Sans doute me suis-je trompée. Voici des années que je ne suis plus bonne à rien, encore moins aux devinettes. Que je joue à la vieille folle pour que personne ne me parle, pour qu’on m’oublie. Je mangerais de la terre ou du sable pour éviter de me rendre au marché, surtout l’été, si je pouvais. Je suis devenue ce qu’ils veulent que je sois : une sorcière laide, effrayante et repoussante. A force de lire la crainte ou le rejet dans leurs yeux, j’ai fini par mettre le masque qu’ils m’imposaient.

    Personne n’entre plus dans ma maison. Ils verraient pourtant que ce qu’ils croient n’existe pas. Mais je n’ai pas la force de leur expliquer. Alors pour marcher parmi le monde, je sors ma robe si mitée, si crottée, que même les souris refusent de faire leur nid dedans. Je pose la perruque  toute emmêlée, et mon chapeau cliché. L’odeur que je dégage alors fait fuir le plus téméraire, et c’est bien ainsi. Je ne veux pas que l’on m’approche, je ne veux pas que l’on me parle. Quand on est ce que je suis, tout ce que vous dites peut se retourner contre vous. Il n’y a pas si longtemps, on vous brûlait pour vous réduire au silence, non sans vous avoir copieusement déshumanisé les jours précédents. L’enfer est sur terre.

    Pourtant, j’y ai cru, moi aussi. J’ai découvert mon « don », j’étais encore toute jeune fille. Lorsque j’allais près de l’océan, c’était comme s’il me parlait. Je savais d’instinct où trouver les plantes pour soigner. Et mes mains dégageaient une si douce chaleur que, les premières fois qu’elles se retrouvèrent pour de toutes autres raisons sur les têtes ou les épaules des gens – une tresse à une compagne de jeu, un geste de soutien lors d’un moment dur – il me fut dit qu’elles faisaient grand bien. C’est ainsi que je suis devenue guérisseuse. On venait volontiers me voir pour soigner des petits maux, et je savais presque toujours d’où ils venaient, et comment les éradiquer. J’étais très seule cependant. Car si on appréciait mes soins et mes plantes en décoction pour guérir rhumes ou entorses, on évitait par ailleurs avec précaution ma compagnie. J’étais envahie la journée par les maladies plus ou moins imaginaires de mes visiteurs, mais le soir, personne ne me faisait un thé chaud ou ne venait se blottir contre moi.

    Un jour, alors que je ramassais des plantes en forêt, j’entendis des gémissements doux non loin de moi. Je m’arrêtais, tendant l’oreille. N’entendant plus rien, je retournai à ma récolte, fouillant les fougères. Les gémissements reprirent, plus insistants. Et c’est alors que près d’un tronc creux, je découvris un chiot tout tremblant. Je ramassais la petite boule trempée de rosée, l’enveloppai dans mon châle et le frictionnai pour tenter de le réchauffer. Je n’avais pas la moindre intention de le garder et j’étais décidée à le donner dès le lendemain à qui pourrait s’en charger.

    Je ramenai le petit chien dans la maison, fis un feu dans le poêle, et le laissai à côté. Entre chaque visite, j’allais le voir, m’assurais qu’il allait bien. Il était épuisé et dormit une bonne partie de la journée. Le soir, j’essayai de le nourrir, mais il semblait à bout de force. Son museau pointu retombait comme un poids de plomb dans le creux de mon bras. Désemparée, je tentai de le soigner en lui imposant les mains, comme je le faisais pour les humains. Mais cela ne semblait pas provoquer chez lui le résultat que j’obtenais d’ordinaire. Je me dis alors que c’était peut-être pour mourir à l’abri chez moi qu’il m’avait été confié, en quelque sorte. Je le laissais près du poêle que j’avais bourré pour la nuit, et partis me coucher.

    Vers minuit, je sentis quelque chose d’humide toucher mon visage. Surprise, je me redressais d’un seul coup et allumais en hâte la lampe tempête, bousculant au passage quelque chose qui se trouvait sur le lit et qui tomba en geignant. Je me souvins alors du petit chien. Deux yeux brillants et une queue frétillante se calèrent dans mon champ de vision dès que je jetais un œil dans la direction où était tombé le chiot. Il allait beaucoup mieux. Malgré mes protestations, il parvint à grimper près de moi. Il s’installa avec un air de conquérant qui avait bien caché son jeu. J’acceptais ma défaite, et me rendis à son enthousiasme.

    Bulchar devint mon compagnon de tous les instants. Il venait avec moi le matin pour la cueillette, furetant dans le sous-bois tout à ses recherches à lui, puis lorsque la récolte était satisfaisante et que je reprenais le chemin des salines pour rentrer à la maison, sans un mot, sans un appel, je le retrouvais marchant deux mètres devant moi,  réapparu sur le chemin comme par enchantement. Il ressemblait beaucoup à un loup. Il en avait les yeux jaunes mystérieux, et l’allure dégingandée. J’ai souvent pensé qu’il aurait pu en être un, mais il n’y en avait plus depuis longtemps dans la région. Bulchar n’avait pas la moindre agressivité ou sauvagerie en lui. Il était un gardien silencieux, observateur. J’aimais sa présence chaude, son pelage aux odeurs de forêt et de sel. Il restait couché à mes pieds pendant les consultations, o
    soleildefeu le 26 avril 2019
    LA SORC'HIER D'AUJOURD'HUI
    - Hé ! Ho ! T'as pas entendu ? Le réveil a sonné, allez lève -toi et marche, ne fais pas le lazare !
    -Arrête, m'man, je sais, j'ai mis sur "snooze". Change de couleur, t'es marron.
    - Mais c'est quoi "snooze", c'est encore ton jargon d'ado lassant ? Allez je suis pressée aujourd'hui ! J'ai un rendez-vous important et il faut que je casse la baraque. T'aimes pas le marron ? Bon, allez, kaki ça te va ? Tada ! v'la l'kaki mon kiki !
    -C'est quoi ton rendez-vous important ? C'est pour réinitialiser tes pouvoirs ?
    - Non, pourtant j' aurais bien besoin d'actualiser celui de la séduction. Je vais à la réunion collective où on va nous expliquer comment se déroulera le speed dating de jeudi.
    - Waow ! Tu te remets sur le marchier ? C'était pour ça la couleur marron ? T'as raison m'man, faut toujours harmoniser les tons, c'est classe ! C'est cool que tu repartes pécho mais évite la pêche au gros, le chaudron est plutôt petit !
    - Très drôle. Bon allez, vite, j't'emmène, tu prendras ton dèj au lycée, je t'ai préparé ton repas favori : langues de vipères quatre saisons , j't'ai rajouté mon grain de sel, ça mettra du piment. Ah oui, en boisson comme j'avais plus de jus de cervelle j'ai remplacé par du sang d'navet. Dépêche, mon balai tourne depuis un moment et je suis pas vraiment tranquille vu que je l'ai acheté chez Gifi. L'autre jour j'ai failli me manger un mur avec. La pub (débile de la nana qui court chercher un avaleur de cellulite) dit : Gifi j'y fonce ! Moi Gifi ça m'défonce ! Prêt ? C'est parti ! Ah non, c'est pas parti ! Mais qu'est-ce qu'il a à pétarader comme ça ? Tu lui a encore servi des fayots, hier ? Je t'avais dit qu'ça lui filait pas la patate ! Tu sais que je suis très à cheval là-dessus ! Merde, je vais être à la bourre ! Bon tant pis, pas le choix : accroche toi. Bourre et bourre le macadam ! Ca y est, c'est parti ! Fulguropoing !!!!!!!!!!!!!
    -Putain, m'man t'es barge, à combien on est, là ? J'ai l'impression d'avoir la gueule de Rak !
    -T'inquiètes ! Nique Edouardo Philippo ! Viva la Révolution ! Viva les Giléjons !
    -Freines m'man, on arrive ! En plus y'a le Cyclope devant le portail ! Toujours en train d'en griller une à l'oeil ! C'est pas mon jour !
    -Pourquoi, t'as fait quelque chose de mal ?
    - Mais non, c'est juste que j'ai pas pu m'empêcher de gober ma souris pendant le cours de sciences nat. Comme il était pas sûr de s'être mis le doigt dans l'oeil, il m'a dit d'ouvrir la bouche pour vérifier si je lui faisais pas avaler des couleuvres. Alors j'ai serré les fesses mais la queue m'est resté coincée entre les dents . Et là, tu l'aurais vu ! César triomphant (avec le physique de Bob l'Eponge !) en train de montrer sa queue à tout le monde ! Il a fait tout le tour de la classe en brandissant son trophée. Evidemment il s'est ridiculisé une fois de plus . Moralité : si t'as une queue de souris, mieux vaut la garder pour toi !
    1
    -Et alors, comment ça s'est terminé ?
    -Il m'a confisqué mes amulettes mais je lui ai chouré ses allumettes.
    -Bon, faut qu'je file, comme dirait l'araignée !
    Trois nano secondes plus tard, elle gare son balai devant le lieu de rendez-vous, un cabaret qui s'appelle "L'amour est dans l'à peu près". Elle est accueillie par des éclats de voix. Le maître de conférence, Alain Posteur, essaie de calmer Monsieur le Maire, déjà bien alcoolisé. Celui-ci n'a pas toléré qu'on ait osé le faire souffler dans l'édilotest. Lord Onnance (c'est son nom) a du mal à avaler la pilule, et s'en prend à Lady Bi, un transgenre entièrement vêtu de python. Comme celui-celle ne pratique pas la langue de boa, et qu'il ne l'a pas dans la poche, il lui conseille de la ravaler.
    Heureusement, Alain Proviste arrive et calme le jeu : le propriétaire du cabaret ne plaisante pas avec l'ordre. Chacun des invités s'assoit autour de la grande table et se présente. C'est notre sorcière qui ouvre le ban :
    -Bonjour, je m'appelle Sarah, Sarah Besc, prix d'excellence en voltiges, catégorie balai.
    -Moi c'est Henri Co, je trouve que toutes les filles de mon pays sont jolies. Laï laï laï ! laï !
    -Sarah Zin, je viens ici pour me changer les idées car je broie du noir en ce moment.
    -Alexandre Debois, menuisier, je trouve toujours la poutre dans l'oeil de mon voisin.
    Son voisin c'est" N'a qu'un oeil" et c'est le frère de Cyclope. Il est oculiste et ne voit pas plus loin que le bout de son nez. En vrai il s'appelle Alain, Alain Aleflou.
    -Je suis Alain Aleflou et je vous offre quinze paires de lunettes car je suis fou.
    -Je m'appelle Nicole Hic et je fais chier tout le monde !
    - Très bien, très bien dit le maître de cérémonie. Maintenant que les présentations sont faites, nous allons tirer au sort les couples qui échangeront dans quinze jours. Vous aurez seulement dix minutes pour vous parler et puis vous passerez à la table de derrière jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. Nous avons beaucoup d'inscrits qui n'ont pas pu venir aujourd'hui. Ce sera la surprise. Je vous remercie d'être venus et vous souhaite une bonne soirée.
    Tout le monde s'en va sans se dire un mot. Sarah est très énervée, elle a perdu son temps. Bonjour les mecs ! Pas de quoi faire bouillir la marmite ! Que des thons et elle aime pas le poisson. Elle est contente de retrouver son balai et de rentrer chez elle. Elle espère que son fils ,Sacha Mane (né de son union avec le sorcier Mégalo) sera bien rentré et que tout se sera bien passé avec le Cyclope. Son balai étant de bon poil, il se gare tout seul.
    -Sacha, t'es là ? Le voilà qui arrive avec son chat, Lowin, perché sur l' épaule.
    -Oh la la ! ça n'a pas l'air d'aller, toi. Problème au lycée ?
    2
    -Ouais, Cyclope n'a pas voulu me rendre mes amulettes.
    -Alors là, ça va pas se passer comme ça ! Et quelle raison a-t-il invoquée ?
    -Il a dit que ça lui avait donné un pouvoir.
    -Ah oui et lequel ?
    -Nyctalope !
    -Quoi ! Non mais ça va pas, non, surveille ton langage, tu parles à ta mère !
    -Mais non, M'man, ça veut dire "qui voit la nuit".
    -Bon ok, j'appelle ton père, même si j'en ai pas trop envie...
    En effet, son divorce d'avec Mégalo Mane ne s'était pas vraiment bien passé. Il était parti du jour au lendemain, ensorcelé par une sirène de Sabbat. Depuis, il n'avait plus donné de nouvelles, cela faisait cinq ans maintenant. Mais c'était un puissant sorcier et sûrement pourrait-il faire un sort au Cyclope...
    Je vous la fais en accéléré... Grâce à son don d'ubiquité, à peine Sarah le contacta-t-elle que Mégalo fut là. Elle fut troublée par sa nouvelle apparence car la maturité lui avait donné une beauté envoûtante. Elle bafouilla tant et plus mais parvint finalement à lui raconter toute l'histoire. Il ferma les yeux, récita un embrouillamini de mots et dit que l'affaire était réglée.
    - Et comment ça, réglée ? J'espère que tu ne lui a pas fait son portrait Roblot ! S'il mourrait, Sacha perdrait ses amulettes, et de graves soupçons pourraient peser sur lui...
    -Voyons, Sarah, crois-tu que je voudrais mettre mon fils en danger ? Il porte mon nom, il est donc appelé à une grande carrière dans la sorcellerie. Et d'ailleurs, où est-il, j'aimerais l'embrasser.
    -Comme ça, cinq ans après ?
    Mégalo lui expliqua qu'il avait toujours maintenu la relation avec son fils. Entre eux, pas besoin de Skype, la connexion était permanente. Sarah en tomba des nues, Sacha ne lui avait jamais rien dit. Il est vrai que parler de son père était devenu sujet tabou...Il prit le couloir menant à la chambre de son fils. Une imprimante crépitait.
    -Salut fils, que fais-tu ?
    - Je m'édite, j'écris de nouvelles pages à ma vie. Merci d'avoir réglé le problème avec Cyclope. Quand vais-je récupérer mes amulettes ?
    - Demain, tu les trouveras sur ton bureau en classe de Sciences Nat et tu feras la connaissance de ton nouveau prof : Mademoiselle Succube, un vrai démon et une vieille connaissance...mais pour moi, l'heure du démon est passé et je vais me tourner maintenant vers les anges. Que dirais-tu si je revenais vivre ici ? J'ai bien senti que ta mère ne s'y
    3
    opposerait pas bien longtemps et il m'aura fallu cinq ans pour m'apercevoir que tout ce dont j'avais besoin était là, sous mon nez...
    -C'est chouette, P'pa, mais ne traînes pas, car Maman est en train de chercher l'Amour. Elle doit participer à un speed dating jeudi.
    - T'inquiètes, fils, Maman, j'en fais mon affaire. Arrange toi pour nous laisser seuls un soir, va dormir chez un pote, je vais sortir le Grand Je.
    -C'est quoi, ça ? Un de tes nouveaux sortilèges ?
    - Oh non, c'est plutôt vieux comme le monde... c'est de la poudre de Perlimpinpin que tous les humains ont en stock dès lors qu'il s'agit de séduire. Tu souris, tu es prévenant, charmant, tu mets tes plus belles fringues, tu sors ton meilleur parfum, t'es bien coiffé, tu dis des mots d'esprit, bref tu deviens le Mage Istral, le grand sorcier de la force de vente.
    Nous arrivons à la fin de notre histoire. Sarah et Mégalo se retrouvent autour d'un bon repas. De magnifiques roses rouges décorent la table, des bougies éclairent d'une ambiance féérique le théâtre des opérations et le champagne pétille finement dans les verres. Mégalo fait sa cour et Sarah devient de plus en plus belle sous le feu de ses compliments. Ce scénario vous dit quelque chose ? J'espère bien que vous l'avez vécu, vous aussi. Mais laissons-les à leur bonheur et à leur intimité...
    Moralité, nul besoin d'être sorcier ni de disposer de grands pouvoirs pour trouver l'Amour. Il faut seulement le reconnaître et ne pas le laisser filer quand il est là. Mais heureusement en cas d'erreur, la vie nous donne d'autres chances car :
    Rien n'est plus magique que la Vie !
    Abracadabra !
    cornaline37 le 26 avril 2019
    Bulchar n’avait pas la moindre agressivité ou sauvagerie en lui. Il était un gardien silencieux, observateur. J’aimais sa présence chaude, son pelage aux odeurs de forêt et de sel. Il restait couché à mes pieds pendant les consultations, observant du coin de l’œil et n’en perdant pas une miette. Mais en chien bien élevé, il ne se permettait jamais un grognement ni même un regard inquiet. Il se contentait juste de se tenir plus étroitement à mes côtés lorsqu’il sentait que la personne que je soignais n’était pas forcément emplie de bonté, ou lorsqu’elle était très malade. Il était devenu mon rempart contre la solitude, il protégeait ma sensibilité, et m’assistait avec constance.


    Quelques années passèrent ainsi, au rythme des saisons.

    On se souvient du moment exact où notre vie bascule. Bien souvent, on ne peut rien faire pour infléchir la trajectoire, mais naïvement on pense que tout est notre faute, que nous avions notre destin en main. Fous que nous sommes de croire maîtriser la moindre ligne. Notre seule liberté réside dans notre réaction face aux événements. Une infime marge de manœuvre à la portée de peu de personnes.

    Gilles me fut amené pour que je l’aide à se remettre d’une morsure de serpent, reçue sur un chantier de construction où il travaillait. Il était tailleur de pierre. Le petit aspic noir somnolait sous un amas de caillasse, et la main distraite avait saisi le reptile au lieu de la besace posée juste à côté. Gilles avait été déjà soigné, et très bien, par notre médecin du village. Mais il continuait depuis à se sentir faible, pris de fréquentes migraines pour lesquelles la science du docteur n’avait pas d’explication.

    Gilles fut calme et concentré, peu loquace durant tout le temps que dura sa visite. Mais lorsqu’il prit congé, je sus que bientôt je pourrais partager mon thé avec quelqu’un.

    Il revint souvent. Il était apaisant. Rapidement, nous trouvâmes un rythme harmonieux, ni trop près ni trop loin. Au village, on savait qu’il venait pour d’autres raisons que mon art de guérir, mais si quiconque tenta de le dissuader, il ne m’en fit jamais part. Son silence était sans doute à la fois un moyen de me protéger et celui de rester déterminé de m’avoir choisie.

    Quelques années passèrent. Nous étions heureux de partager nos moments, et heureux de retourner chacun à notre vie, lui au village, moi près de la forêt. Un soir d’hiver, alors que nous étions blottis devant une flambée pétillante, une petite bulle éclata dans mon ventre. La joie qu’elle contenait jaillit comme une source et monta jusqu’à mon cœur. « Gilles, dis-je, nous allons être trois. » Il me serra très fort.


    S’il m’était possible, seulement, de fuir cette masse de douleur compacte, qui se contracte et expulse son venin sombre dans ma mémoire. Si des mots étaient venus pour diluer ce chagrin, lame rouillée, qui ronge mes entrailles depuis tant de temps. Si au moins j’avais pu connaître les raisons. Peut-être aurais-je pu dénouer le filet dans lequel je suis désormais prisonnière. Mais rien que le silence. Les prières aident à pardonner, à supporter. C’est déjà beaucoup.


    Notre fille avait six mois. Elle dormait paisible, près de son père. Lorsque je quittais doucement la maison pour la cueillette matinale, un peu avant l’aube, Bulchar, qui s’était cassé la patte quelques jours auparavant, montait la garde près du poêle. Je lui fis caresses et recommandations, puis sortis. Maintenant, je me souviens avoir été prise de violents maux de ventre quelques minutes après mon départ. J’attribuais aux caprices de ma digestion un excès d’orties consommées pour me remettre en forme après la naissance du bébé. Je dus m’allonger dans la mousse fraîche du sous-bois, avant de pouvoir continuer. A ce moment-là, je ne compris pas que mon corps de mère avait su bien avant moi ce qui était en train de se passer.

    Je rentrai tard, le cœur battant, incommodée par des nausées. L’heure de donner à manger à ma fille approchait. D’abord, je vis la porte, grande ouverte. J’appelai mon chien. Silence de mort. Prise de panique, je traversai la petite distance entre l’entrée et la chambre, si vite que j’eus l’impression de bondir. Plus de bébé. Nulle trace de Gilles. Rien n’avait été dérangé.

    Je me précipitai dehors, hurlant à pleins poumons le nom de mon amant, de mon enfant, de mon chien. Je pris la direction du village, le corps secoué de douleurs, le ventre liquéfié, le lait qui montait, la tête qui me tournait, les yeux aveuglés. Un goût de sang monta dans ma gorge, j’étais trempée comme si j’avais versé sur moi tout un baquet. Au village, personne ne les avait vus. Ils avaient l’air plus effrayés par mon état que par la disparition que je relatais. Néanmoins, ils m’aidèrent à chercher. On organisa des battues. On chercha sur la plage. Des jours.

    Au bout de quelques temps, je fus la seule à chercher et appeler. Le soir, assise sur le seuil, j’appelais Bulchar. Un frémissement de fougère, un murmure, et mon cœur soudain reprenait espoir. La chute qui suivait était chaque fois plus profonde. Je finis peu à peu par me taire.

    Les temps qui suivirent sont indescriptibles. Emmurée. Hébétée. Mes cheveux blanchirent d’un coup. Je me repliai sur moi-même, me desséchai. Peu à peu, les gens du village et des alentours cessèrent de venir me voir. Je voyais dans leurs yeux la crainte que j’inspirais. Cela me désemparait. Jusqu’à ce que finalement, je parvienne à un état de semi-vie, où, lorsque je me tenais tranquille, la douleur cessait un peu. Je passais ensuite un long moment à maudire Gilles, après l’avoir tant aimé. Il me fallait un coupable pour dériver ma souffrance. Mais je ne trouvais pas de motif. Ma raison se heurtait à un grand vide, un grand rien.

    Au village, des rumeurs couraient. On disait qu’il était parti avec enfant et chien chez une autre maîtresse qu’il avait depuis plus longtemps que moi. Ou encore, qu’il avait confié notre fille à une femme qui ne pouvait en avoir, très loin d’ici, contre beaucoup d’argent, et avait repris sa vie libre. Je surprenais ces histoires, on les disait assez fort pour que je les entende mais pas assez pour que j’y participe. On se taisait quand j’arrivais et on attendait que je tourne le dos pour se remettre à susurrer.

    J’ai refusé de croire à ces commérages. Mon instinct me disait que malgré la situation dans laquelle je me trouvais, Gilles n’avait pas choisi de m’abandonner. Et pourtant. Il n’était plus là et il semblait avoir emporté toute ma vie.

    Je vécus des tortures. Nos âmes s’enfoncent dans des gouffres dont il n’est pas possible de parler. Si profondes, si noires, qu’on peut s’y effondrer.

    J’ai cessé de soigner les gens, je n’y parvenais plus. Curieusement, j’ai pu continuer à préparer des remèdes, et survivre grâce au maigre subside qu’ils m’offraient. Le reste de mon temps, je le passais à tenter de museler ma souffrance, seule. En réalité, savez-vous ce qu’est la vraie malédiction des sorcières ? Leur effroyable, leur abyssale solitude.


    Jusqu’à aujourd’hui, au marché. Cette gracieuse enfant. Ma vieille intuition se réveille, et avec elle toute la douleur. Mais au-delà, quelque chose semble briller. La vie paraît défier la mort en moi pour la première fois depuis bien longtemps.

    ---

    Ce matin-là, Marie était partie de bonne heure pour sa récolte quotidienne. J’aimais la regarder préparer ses remèdes, j’admirais son talent. Je profitai du sommeil tranquille de notre fille pour la déposer dans son panier dans une autre pièce et me rendormir aussi. Les aboiements de Bulchar me tirèrent brutalement du sommeil.

    Le chien était près du berceau vide. Il aboyait comme un fou dans ma direction et ne semblait pas me reconnaître. Sa gueule était maculée de sang. L’épouvante me submergea.

    Sans réfléchir, j’attrapai le chien, le traînai pendant plusieurs minutes, marchant sans reprendre haleine dans la campagne déserte. Puis, je sortis mon couteau et lui réglai son sort. J’avais entendu des histoires sur des bébés restés sans surveillance avec un chien, le risque que cela comportait. Je pensais sincèrement Bulchar incapable de le faire, j’avais confiance en lui. On ne peut jamais savoir.

    Comment retourner auprès de Marie à présent ? Comment lui apprendre cette horreur ? N’était-il pas mieux pour elle qu’elle ne sache rien ? Lui laisser penser que j’avais emmené notre fille. C’était affreux, mais moins que de savoir la vérité. J’enterrai le corps du chien puis partis en direction du sud, pour essayer d’oublier. Je ne le pus évidemment pas.

    ---

    La sorcière a eu un enfant… Quel malheur. Une petite fille, qui sera élevée comme une sauvageonne, une enfant du péché ! Mon père, faites quelque chose, il faut sauver cette petite âme !

    Le curé de Guérande se frotta le front. Il réfléchit un long moment, puis répondit : « Oui, je crois qu’il faut agir. »

    Ce matin là, deux hommes s’introduisirent dans la maison de Marie. Ils aperçurent Gilles qui dormait. En voleurs expérimentés, ils ne firent pas grincer une seule lame du parquet, ne frôlèrent pas le moindre objet. L’un d’eux portait un petit panier souple garni de langes. L’autre un plat dans lequel frémissaient des abats dégoulinants de sang, récupérés chez le boucher. La viande contenait un calmant et fut offerte au chien sur le pas de la porte avant même qu’il n’ait pu donner l’alerte. Tout alla très vite. Le deuxième compère entra dans la maison, prit le bébé, sortit. Avant que Bulchar n’ait eut le temps de terminer, ils étaient déjà sur le chemin des salines, l’aube pointait à peine.

    Le bébé fut confié à une cousine éloignée d’une paroissienne, qui habitait le Puy Notre Dame, non loin de l’Abbaye Royale de Fontevraud. Personne n’en parla jamais.
    secondo le 26 avril 2019
    SorcièreS

    Ce qui est sur c'est qu'il faut fermer sa gueule.

    La seule qui n'a pas su la fermer a fini sur le bûcher, c'était mon arrière-arrière-arrière tante,  Scarlett la Rouge.

    Depuis nous sommes figées, de mère en fille, dans un silence de manigances, et nous intervenons si et seulement si il faut rectifier une destinée, alourdir une sentence, comprimer un coeur violent ou biffer une trajectoire indue. Ce genre de choses quoi. Mais dans le plus parfait mutisme. Aucun remerciement à attendre, personne ne doit savoir. Ils se félicitent de leur bonne chance mais ils sont tellement bêtes !

    Ma fille est la première sorcière de la famille a vouloir casser ce dôme protecteur.

    Comme elle le dit si bien "Fallait pas m'appeler Samantha".

    "Si tu crois qu'on a choisi ton prénom, ma chérie" j'ai répondu.

    Sam ne veut plus de cette vie statique, à regarder les autres accéder à la vie par pallier -enfance, adolescence, adultisme et gâtisme- , elle veut son existence à elle, elle dit qu'elle entendu ça sur des réseaux asociaux, des ondes internettiennes malodorantes et que c'était possible pour des SorcièreS comme nous. Elle dit que nous pouvons nous rebeller, reprendre le cours de nos destinées antisociales,  n'avoir plus peur, n'être plus les esclaves à caresser de ces géants maladroits.

    "Si tu crois que tu es la première à penser t'échapper" j'ai dit.

    "Si tu crois que les humains ont quelquechose entre les deux oreilles" elle a dit en frolant le pied de la chaise.


    "Samy, viens la ma belle. Oh mais elle est méchante, elle sort les griffes, quelle vilaine minette. MAMMMMANN, Sam, elle m'a griffée et... j'ai eu l'impression, à voir ses yeux brillants et affutés d'intelligence, qu'elle allait me parler !"
    Laerte le 26 avril 2019
    Bonjour à tous, les sorcières sont de sortie ce mois-ci.
    Voici la mienne:

    Cassandre.

    Je l’ai rencontrée lors d’un mariage. C’était en fait un mariage où je n’aurais pas dû être. Je ne connaissais personne hormis le marié avec qui j’avais été collègue quelques années et comme ce garçon avait autre chose à faire qu’à s’occuper de moi, j’errais un peu, attendant le moment où je pourrais m’éclipser discrètement.
    C’est alors que je la vis. Il faut expliquer que la réception de ce mariage se tenait dans un petit manoir construit  au milieu d’un grand parc à l’anglaise. Elle se tenait au bord de la terrasse semblant comme moi totalement étrangère à la fête qui se tenait là.
    C’était une fillette de neuf ou dix ans, brune avec des taches de rousseur. Elle contemplait le parc qui se déployait devant ses yeux. C’était une belle grande pelouse entourée d’arbres avec au fond, une mare, un petit lac dont on apercevait au loin l’eau tranquille.
    Je m’approchai d’elle :
    -          Bonjour !
    Elle eut un léger sursaut en entendant ma voix si proche d’elle.
    -          Bonjour, répondit-elle.
    C’était curieux, elle avait une voix grave, pas du tout correspondant à son âge.
    -          Toi aussi, tu t’ennuies ? Tu fais partie de la famille de la mariée ?
    -          Non ! Je ne suis d’aucune des familles. Je suis là par hasard. Mais oui, je m’ennuie au milieu de ces gens qui s’amusent en faisant du bruit et qui jouent à des jeux débiles.
    Cette réflexion me fit sourire.
    -          Je vois que tu ne t’embarrasses pas de formules.
    -          Ouais ! Et toi, comment tu t’appelles ?
    -          Laërte.
    -          Ah, j’ai connu un Laërte il y a longtemps. Ce n’est pas toi quand même ? Dans mon souvenir, il était plus costaud. Oh, oui ! beaucoup plus. Il avait un fils aussi, très connu. Il s’appelait Ulysse. Très malin, très rusé. J’ai eu des soucis à cause de lui.
    -          Qu’est-ce que tu racontes ? Tout ça, ça s’est passé il y a trois mille ans au moins.
    Son visage prit un air songeur comme cherchant dans ses souvenirs.
    -          Euh… oui ! Tu as raison, c’est vieux toute cette histoire, mais je m’en souviens bien.
    -          Et comment tu t’appelles ?
    -          Cassandre. Il y a trois mille ans, j’étais une princesse.
    Je pris le parti de rire et de délirer un peu avec elle. J’adorais ce genre de dialogue décalé.
    -          Ah, ouais ! Tu es bien conservée pour ton âge.
    -          C’est parce que je soigne mon apparence. Regarde si je me laisse aller, ça donne ça !
    Elle ferma les yeux et contracta son visage. En un instant, sa figure toute fraîche et toute lisse comme celle de n’importe quelle fillette de son âge, devint ridée, prenant en plus une teinte de parchemin, puis de vieux cuir. A la fin, elle ressemblait à une momie. Je n’eus pas le temps d’en avoir peur, car elle retrouva son apparence normale une seconde plus tard.
    -          Alors, convaincu ? T’as pas eu peur, au moins !
    -          Euh, non ! Mais…
    En fait, je ne savais plus quoi penser et tout en essayant de garder une attitude désinvolte, j’étais en train de me demander si je n’avais pas bu un peu trop pour tromper mon ennui. C’est alors, qu’elle reprit la parole comme si elle lisait dans mes pensées.
    -          Non, tu n’as pas trop bu. Ce que tu viens de voir est la réalité. Tiens, par exemple : est-ce que tu n’aurais pas un peu faim ?
    Avant que je réponde, elle avait fait un geste en l’air et une assiette garnie de petits fours échoua dans mes mains rejointe par une coupe de champagne.
    -          Tu vois ! Evidemment, ça ne prouve pas que j’ai trois mille ans. A vrai dire, j’ai beaucoup plus que ça. Mais passons…  Tu ne trouves pas qu’ils font trop de bruit ?
    Je pris alors conscience que le bruit émis par les noceurs était particulièrement intense. J’étais si absorbé par ma nouvelle amie que j’avais oublié ce qui m’entourait. Elle fit une geste avec son doigt, comme une pichenette et la noce disparut. Soudain, tout était calme, plus aucune trace des tables, des tonnelles et des gens qui s’ébattaient une seconde plus tôt.
    -          Ne t’inquiète pas, je ne les ai fait disparaître qu’en apparence. En fait, je nous ai fait passer dans un autre univers, la quatrième dimension comme vous dites aujourd’hui.
    J’avais du mal à retrouver mes esprits et je dis n’importe quoi qui me passait par la tête.
    -          C’est vrai que ça fait du bien, un peu de calme.
    -          Tu viens te promener ?
    -          Euh ! Oui, bien sûr !
    Elle m’entraîna dans le parc. J’étais un peu embarrassé par mes petits fours, car mon en-cas m’avait suivi dans l’univers parallèle où nous étions. Je cherchais un endroit pour poser les objets, mais Cassandre fit une nouvelle pichenette et mes mains se trouvèrent libérées.
    Nous n’avions fait que quelques pas quand je vis arriver un écureuil qui se mit à sautiller à côté de nous. Il fut suivi par un autre puis un troisième. Et rapidement, ce furent des oiseaux qui s’approchèrent. Ils voletaient autour de la tête de Cassandre qui leur souriait. Elle tendit la main, et un pinson vint s'y poser, suivi par une mésange. Elle se mit à rire aux éclats faisant de grands gestes qui faisaient s’envoler les oiseaux qui revenaient aussitôt. C’était charmant et je me fis la réflexion que j’avais eu raison d’accepter l’invitation à ce mariage.
    Quelle histoire totalement insensée !
    Mon esprit cartésien m’empêchait de croire que je vivais tout ça réellement et pourtant, c’était l’évidence. Cassandre n’était pas un mirage, une illusion. Elle était bien là. Ce qu’elle accomplissait n’était pas une hallucination.
    J’avais envie de lui demander qui elle était vraiment, mais, je ne voulais pas casser ce moment de joie pure où je la voyais à cet instant. Elle jouait comme n’importe quelle petite fille, sauf qu’elle pouvait le faire avec des animaux sauvages qui auraient dû s’enfuir en nous apercevant à cent mètres.
    Et soudain, tout changea. Je vis Cassandre devenir une autre : elle n’était plus une petite fille de neuf ans, mais une adolescente, puis insidieusement, la jeune fille se transforma en jeune femme accomplie. Elle gardait des traits communs avec ce qu’elle était quelques minutes plus tôt,  mais cet aspect avait totalement été bouleversé.  Elle était belle, désirable et très provocante. Elle m’adressait des regards de feu, chargés de sensualité. Elle faisait tout pour m’attirer. De mon côté, je gardais encore intact le souvenir de la fillette que j’avais rencontrée sur la terrasse, ce qui m’interdisais de l’approcher davantage.
    Mais un homme est un homme ! Devant tant de lascivité, mes défenses faiblissaient. Je finis par m’approcher d’elle et la prenant par les épaules, je m’apprêtai à l’embrasser.
    C’est à ce moment que son visage se modifia encore une nouvelle fois : elle était devenue une vieillarde quasi-centenaire. Sa peau toute fripée n’évoquait plus l’amour, mais la décrépitude. Ses yeux n’avaient plus leur aspect velouté, mais étaient profondément enfoncés dans des orbites cernées de rouge. Elle sourit et découvrit ses gencives dépourvues de dents. Un son grinçant sortit de sa bouche. On était loin des éclats de rire clairs de la petite fille de tout à l’heure. Et puis, elle ressembla à nouveau à la momie de Ramsès II.
    Je me reculai aussitôt et elle éclata de rire, mais pas comme quand elle jouait avec les oiseaux, c’était un rire qui avait quelque chose de métallique et de cassé.
    Elle se dirigea vers le plan d’eau près duquel nous étions arrivés et se retournant, elle me lança une minuscule fiole en verre dépoli.
    -          Tiens ! Une goutte et une pichenette. Tu retrouveras ta noce.
    Et tout en riant, elle avança dans l’eau qui atteignit en un instant son buste, puis sa tête et finalement la submergea complètement.
    Cassandre avait disparu, seuls quelques oiseaux tournaient encore au dessus de la surface.
    Soudain, j’entendis son rire, puis sa voix s’éleva au-dessus de l’eau. Elle avait retrouvé son timbre normal et elle dit :
    -          Cassandre la sorcière te salue ! Adieu ! J’ai bien aimé discuter avec toi. Et pardonne-moi pour cette petite plaisanterie sans méchanceté. Je serais bien allée plus loin avec toi, mais je dois rester vierge si je ne veux pas mourir. Quand j’en aurai assez de vivre, je te promets de revenir.
    Son rire clair résonna encore un instant avant de s’éteindre.
    Je suis resté très longtemps à contempler la surface de l’eau, espérant son retour. Les oiseaux et les écureuils aussi étaient partis.
    J’étais dans une totale interrogation, une complète incertitude. Est-ce que tout cela avait existé ? J’en étais sur et en même temps j’étais extrêmement sceptique. Quand je retrouvais dans ma main la petite fiole en verre, je décidais finalement de ne pas chercher à savoir et de me laisser bercer par le rêve.
     Quand la nuit a commencé à tomber, j’ai compris que je ne reverrai pas Cassandre, l’espiègle sorcière.
    J’ai ouvert la fiole et ai laissé couler la seule goutte de liquide qu’elle contenait. Une pichenette me rétablit dans ma dimension. Les noceurs étaient toujours là. Certains divaguaient dans le parc, mais la plupart étaient restés sur la terrasse où je les apercevais qui dansaient. Je n’avais pas le cœur à me joindre à eux et je partis discrètement.
    Depuis, je n’ai cessé de penser à cette rencontre. La joyeuse Cassandre avec ses facéties m’a littéralement ensorcelé. Je voudrais espérer que mes pensées l’atteignent et la fassent revenir ne serait-ce que quelques heures.
    Je reste souvent à contempler la petite fiole que je conserve précieusement. Je veux croire qu’elle conserve un peu de la chaleur de la main de Cassandre.
    Un jour, peut-être…
    Cindaie le 27 avril 2019
    Bonjour tout le monde! 

    A mon tour de vous faire partager mon texte, dans la dernière ligne droit du défi!! Très beaux textes que j'ai lu!! Quelle rude concurrence!

    Sacrifice


    Cheveux longs détachés,
    Corps sveltes dénudés,
    Elles dansent, éclaboussées,
    de la Lune par ses reflets.

    Les lèvres rouges, par le froid bleuies,
    Corps délicatement alanguis,
    Il n'y aura personne d'endormi.
    Elles dansent dans la clarté de la nuit,

    La musique résonne dans la forêt,
    Bêtes craintives se terrent dans leur terrier.
    Elles écoutent les échos, apeurées,
    De Sabbat, la grande fête célébrée.

    Elles profèrent avec passion
    leurs anciennes incantations,
    Au dessus de décoctions,
    Gardiennes des anciennes potions.

    Sur le feu chauffe le breuvage,
    Recette traversant les âges,
    Jusqu'à ce que la plus sage,
    Commence enfin le carnage.

    Homme attrapé et enchaîné,
    De ses vêtements dévêtu.
    Pour les Dieux seront sacrifiés
    ses mous et obscènes attributs.

    Avec un cri plaintif, l'Homme est égorgé.
    Lors du grand Banquet, il sera dévoré.
    Ne resteront que ses entrailles sacrifiées
    Pour les sorcières la longue prospérité.

    Après le grand repas,
    S'élève un grand fracas.
    Il est temps de danser,
    Sous la nuit étoilée.

    Du feu s’élève ensuite une clameur,
    Dont subsiste longtemps la chaleur.
    De l'assemblée s'élève une torpeur,
    Avec du doux soleil la lueur.

    FIN
    JMiP le 27 avril 2019

    Bonjour @colinebabelio

    Encore merci pour l'organisation de la séance de dédicaces de Christine Michaud.


    J'ai trouvé le défi en cours dont vous aviez parlé et je prépare donc quelque chose avant l'échéance. le thème des sorcières est très riche. Plus jeune, je suivais "ma sorcière bien aimée" à la télévision (1964).
    Et plus récemment, il y a eu une adaptation pour le cinéma avec Nicole Kidman et Will Ferrell en 2015.


    A très bientôt
    Jean Michel

    Darkhorse le 28 avril 2019
    Serpent, araignée et mandragore...


         « Hey ! Pssst ! Tiens... »
    Tout en faisant semblant d’être plongé dans son cours, Léo récupère le bout de papier que lui tend son camarade. Il déplie silencieusement le petit mot et le lit :

         « On se retrouve après les cours à la maison de la sorcière.
    Serpent, araignée et mandragore... »


    Un boum retentit dans sa poitrine, qui se propage comme une anguille sournoise dans tout son corps. Léo a d’un coup très envie d’aller aux toilettes. Il sursaute quand Mme Herbert l’interpelle :
         « Léo ! Encore en train de rêvasser ? Qu’as-tu dans la main ? »
    Léo baisse les yeux, essayant dans une vaine tentative de se faire oublier. Il est sauvé de justesse :
         « Corentin ! Pour la énième fois, retire le doigt que tu as dans le nez ! Viens-donc plutôt au tableau nous montrer ce que tu as compris de l’exercice. »
    Léo respire à nouveau. Il est grand temps maintenant que le cours se termine afin qu’il aille soulager sa vessie. Il ose un regard en coin vers Younès. Celui-ci, recroquevillé, lui fait un clin d’œil.

         « Il est prêt, se murmure Léo, mais moi est-ce que je le suis ?
    ...si je cafarde, je meurs jusqu’à ce que je sois mort ! »



    Léo n’avait eu aucun mal à prétexter qu’il allait jouer avec Younès, ses parents préféraient le savoir à se dépenser dehors plutôt qu’à se ratatiner devant son écran d’ordinateur. À peine avait-il enfourché son vélo que déjà son système urinaire se mettait en branle. La lourde boule qui lui pesait dans le bas-ventre depuis qu’il avait lu le mot de Younès ne cessait de l’importuner. Tout était parti d’un pari. Max et Timothée s’étaient vantés d’être rentrés dans la maison de la sorcière et Younès leur avait dit qu’il était cap’. Alors Max et Timothée lui ont dit qu’ils leur fallait une preuve, il devrait tracer un pied-de-sorcière sur le plancher de la maison. Léo n’était pas très chaud, mais comme toujours, Younès avait réussi à l’embarquer :
         « Et n’oublie pas Léo, tu dis rien à tes parents et à ta sœur. Serpent, araignée et mandragore, si je cafarde je meurs jusqu’à ce que je sois mort ! »
    Cela faisait des jours que les deux amis préparaient cette excursion. Léo avait tout dans son sac à dos : une lampe torche, une bouteille remplie de l’eau du bénitier de la basilique, sa doudoune sans manches qui ressemblait à un gilet par-balles, son nerf Hyperfire, un slip et un pantalon de rechange au cas où, et un paquet de chewing-gum.



    L’hiver se terminait à peine, et même si le froid cédait peu à peu sa place à la douceur printanière, le soleil avait du mal à résister à son inéluctable plongeon derrière l’horizon en cette fin d’après-midi. Même si ses rayons fusaient à vous éblouir, ils n’arrivaient pas à tromper la chair de poule qui envahissait l’épiderme de Léo. Pourtant il pédalait vite. Debout en danseuse, il pédalait toujours plus fort pour évacuer ne serait-ce qu’un peu de son stress.

    Il était environ 17h30 quand il arriva au terrain de foot où l’attendait déjà Younès. Le terrain jouxtait la forêt d’Ar Gwarc’h et il suffisait de le contourner pour en apercevoir l’entrée symbolisée par une voûte en pierres zébrée de lierre grimpant et de chèvrefeuille des bois.
         « Alors Léo, t’es prêt ? On va rentrer dans la maison de la sorcière et les autres ils vont voir qu’on est pas des chochottes ! »
    – Ouais t’as raison Younès, mais moi j’arrête pas de trembler depuis ce matin…
    – Quoi, t’as les boules ?
    – Nan c’est pas ça mais...ben oui un peu quand même…
    – T’en fais pas, c’est des conneries tout ce qui se dit sur cette maison, t’as pas à avoir peur.
    – Mais tout le monde le dit ! Il y a 10 ans, David Richard et Typhanie Delorme sont allés dans la maison de la sorcière pour boire de l’alcool et se faire des bisous… Ils ont disparu, jamais on les a retrouvés !
    – Merde Léo, tu vas pas croire ça ! C’est vrai qu’ils ont disparu mais c’est juste qu’ils ont fugué, t’as entendu comment était le père de David ? À ce qu’il paraît, il tapait David dès qu’il avait une mauvaise note. Et la mère de Typhanie est devenue cinglée après avoir trop mangé de médicaments parce que le papa de Typhanie s’était barré. Max et Timothée ils sont rentrés dans la maison la semaine dernière nan ? Et tu vois, ils sont toujours là !
    – Ouais c’est sûr, mais ils racontent plein de mensonges ces deux là alors…
    – Arrête ! C’est trop tard, on peut plus reculer ! »

    Devant la détermination de Younès, Léo se tut, laissant un lourd silence flotter dans l’air. Silence qui fut très vite écourté par le bruissement des feuilles gigotant sous l’action du vent. Alors qu’ils se tenaient devant la voûte en pierres, ils pouvaient voir derrière un petit chemin qui se rétrécissait à mesure que l’ombre des arbres l’engloutissait. Ils n’en menaient pas large, mais ils savaient que la maison n’était qu’à quelques pas. S’encourageant l’un l’autre, ils foulèrent le sentier légèrement boueux tapissé de bois mort et de quelques feuilles. Ils ne mirent que dix minutes à arriver, mais dix minutes pleines d’angoisse où leur apparurent des géants écorchés qui dormaient le long du chemin et des créatures aux yeux injectés de sang toujours tapies dans les fourrés, prêtes à bondir si l’un d’eux avait le malheur de croiser leur regard. Durant ces effrayantes minutes, ils entendirent une mélopée glaçante accompagnée d’un tourbillon de percussions primitives, et aussi un sifflement constant qui disparaissait doucement pour ressurgir crescendo.
    Mais ils arrivèrent sains et saufs, haletant malgré tout d’effroi, tendus et peu rassurés. La maison de la sorcière s’imposait devant eux.


            
          « Il faut que j’aille pisser », déglutit Léo. Younès restait là, la tête en arrière, à admirer, fasciné et apeuré en même temps, la prestance de la bâtisse. Ce qui frappait les deux garçons, ce n’était pas l’état de vétusté, ses murs couverts par le lierre ou son isolement. Ce qui pétrifiait Léo et Younès, c’était ces ouvertures béantes, ces fenêtres bordées de morceaux de verre où ne luisait qu’un noir insondable et d’où, semblait-il aux garçons, un murmure s’en échappait.
    À pas de loup, ils longèrent la maison, passant devant une ouverture à la base de l’un des murs. C’était une fenêtre qui donnait sur un sous-sol vaste et lugubre. Ils pouvaient apercevoir des morceaux de bois, des détritus et d’autres objets cachés par l’obscurité. Arrivés au coin, ils découvrirent un petit escalier en béton menant au rez-de-chaussée surélevé. Léo arrêta son ami :
         « Younès, je connais une formule magique que m’a appris mon cousin. Pour faire disparaître une sorcière, il faut dire trois fois : Disparais sorcière, disparais en enfer avec les vers de terre !
    – C’est n’importe quoi Léo. »
    Younès enjamba les marches, il se tenait maintenant face à l’entrée. Il n’y avait plus de porte, celle-ci était par terre et faisait office de passerelle pour traverser le plancher défoncé du vestibule d’où surgissaient les ténèbres du sous-sol. La porte elle-même n’était pas en bon état, mais Younès traversa. Léo découvrit à son tour l’intérieur de la maison, bien moins sombre que ce qu’il croyait. Il pouvait voir le plafond délabré, les quelques marches restantes de l’escalier menant à l’étage, des tissus rouges pendant ça et là, des morceaux de bois et de verre traînant un peu partout au sol et, sur les murs, par dessus la peinture écaillée, des dessins de tête de mort et des inscriptions qu’il ne connaissait pas, des cercles et des traits formant des formes géométriques complexes. Il y avait aussi beaucoup de tags plus grossiers sûrement laissés par des jeunes venus se faire peur dans la maison de la sorcière. En étaient-ils ressortis vivants ?

    Younès l’invita à entrer. Léo mit quelques minutes à franchir le pas. La nuit tombait vite et les deux amis se retrouvèrent ainsi, seuls, au milieu de ce capharnaüm inquiétant, dans la pénombre naissante.
         « Allez j’y vais, se motiva Younès tout en sortant une craie de son sac à dos. »
    Léo le regarda tracer le pied-de sorcière sur le sol. Il avait été voir sur internet et savait donc que cette espèce d’étoile avait un pouvoir magique. Il n’avait pas compris exactement lequel. Il espérait que ça les protégerait des fantômes et des sorcières. Tout à ses pensées, il entendit un petit craquement et il releva la tête. Sortant du mur juste derrière Younès, de grands doigts squelettiques, quatre de chaque côté du garçon, étaient apparus en même temps qu’un ample capuchon qui le dominait tel un auvent. Ne comprenant pas ce qu’il se passait, Younès vit les yeux de son camarade s’écarquiller jusqu’à en sortir de leurs orbites et sa bouche s’ouvrir en grand.
         « Qu’est-ce qu’il y a Léo, t’as vu un fantôme ?
    – Di...disparais sorcière, disparais en enfer avec... »
    Léo n’eut même pas le temps de finir son incantation que les doigts se refermèrent d’un coup sec sur Younès, l’emportant lentement dans le mur. On aurait dit une proie attrapée par des mandibules géantes sorties de sables mouvants.
    Darkhorse le 28 avril 2019
    « Sauve-moi Léo, sauve-moi !
    – Di...di... »
    Mais Léo n’arrivait plus à articuler un seul mot. Ses paroles comme sa lucidité, s’évanouissaient dans une mare de torpeur. Il ne sentait même pas le liquide chaud et nauséabond couler le long de sa jambe. Il était tétanisé, alors que la sorcière disparaissait dans le mur, avec son ami. Il arriva à se réciter la formule trois fois dans sa tête. Puis il réussi à prendre la fuite, traversa le vestibule, dégringola les marches et couru à en perdre haleine. Ce n’est qu’en dépassant la voûte en pierres qu’il s’arrêta. Assailli par les remords, il fondit en larmes.




    Léo n’avait pas été autorisé à assister aux funérailles de Younès. Des funérailles sans le corps du garçon, qui n’avait pas été retrouvé. Léo n’aurait de toute façon pas pu supporter les regards accusateurs de la famille de son ami. Les enquêteurs l’avait interrogé, longuement, mais en étaient venus très vite à la conclusion que cet enfant timide n’avait pu commettre le moindre crime. Son histoire était farfelue et il fut décidé que Léo devait suivre une thérapie avec un psychologue.

    Quelques fois, dans la forêt d’Ar Gwarc’h, les promeneurs entendent un murmure, une sourde complainte qu’ils attribuent à leur imagination amplifiée par les mystères et les ragots colportés à propos de cette forêt et de sa maison hantée. Mais Léo l’a bien entendue quand il est retourné dans la maison de la sorcière avec les enquêteurs. Il a entendu cette supplique qui, bien que chuchotée, sonnait avec la voix de son ami Younès :
         « Sauve-moi ! Sauve-moi Léo, je suis là, dans les murs ! »
    Il a été le seul à l’entendre et n’a rien dit car à cet instant précis, quelque chose s’est déclenché chez Léo, un excès de maturité qui l’a complètement transformé.
    Revenu au domicile familiale, dans une ambiance lourde et triste, il est monté dans sa chambre, sans dîner. Il a vidé son sac à dos, gardé la lampe torche, rajouté son argent de poche, un paquet de barres de céréales, des vêtements chauds et des affaires de toilette, puis il est parti, avec son sac à dos et son sac de couchage.
    Il devait sauver Younès, le tirer hors de son piège, et pour cela, il gravirait les plus hautes montagnes et s’enfoncerait dans les plus obscures forêts afin de trouver un sorcier, un mage ou un druide qui l’aiderait dans son repentir.


    PS : La photo c'est la vraie maison de la sorcière 
    Cindaie le 28 avril 2019
    Darkhorse!! Je veux la suite!!! 🤗🤗🤗🤤🤤
    Darkhorse le 28 avril 2019
    C'est gentil Cindaie  Je te tiens au courant si je fais une suite (c'est bien possible mais je ne sais pas quand).
    En tant qu'homme, ton joli poème me fait un peu froid dans le dos 
    JMiP le 28 avril 2019
    MA SORCIÈRE BIEN AIMÉE - Chapitre 1. Les apparences sont toujours trompeuses

    Ma sorcière bien aimée - Ch.1er : Les apparences sont toujours trompeuses
    colinebabelio le 29 avril 2019
    Bonjour à tous,

    Merci pour vos participations nombreuses et inspirantes ! Il sera encore une fois, très difficile de faire un choix... 

    N'oubliez pas : il vous reste encore deux jours pour participer au défi d'écriture !

    Merci beaucoup pour votre participation JMiP  et heureuse que la rencontre avec Christine Michaud vous ait plu. Serait-il possible de poster votre texte directement en réponse de cette conversation, comme les autres membres ? 

    A bientôt pour les résultats.
    JMiP le 29 avril 2019
    "MA SORCIÈRE BIEN AIMÉE"
    Chapitre 1. Les apparences sont toujours trompeuses

    Je m'appelle Angélique et je suis une sorcière !

    Enfin, là, au début de mon histoire, je ne le sais pas encore.

    Eh oui ! Cela commence mal, me direz-vous, et vous n'auriez pas tort. Avec un prénom pareil, on s'attend à trouver un joli brin de fille, douce et attentionnée, pleine d'empathie.

    Je ne suis en rien responsable de cette situation trompeuse ! Qu'on se le dise.

    Lors de ma naissance, ma mère décida de m'associer une sœur jumelle. Mon papa aux "anges" se souvint que pendant l'accouchement, sa femme lui tordit tous les doigts et lui pinça les avant-bras sans compter les crachats à la figure d'un flot ininterrompu d'insultes. Lui, encaissa sans rien dire, trop heureux de l'arrivée de ces adorables bébés. Avec ces deux bouts de choux, il gagnerait bientôt une paix royale et pourrait enfin s'adonner à la pêche.

    Mais très vite, mes parents déchantèrent.

    Chacun d'eux n'avait pas de compétence particulière en matière de magie ou de sorcellerie, si ce n'est quelques connaissances en prédiction avec des tarots ou des osselets. Ils découvrirent que chaque jumelle développait des facultés fort troublantes voire redoutables sans se douter de rien.

    Sur le plan du caractère, nous étions à l'opposé l'une de l'autre.

    Cela incita Marguerite, ma maman, à nous baptiser d'un prénom en correspondance avec nos prédispositions. Ainsi moi, Angélique, je dus affronter les sautes d'humeur de Maligna. Et ce, en raison de la grande indulgence de François, mon papa, baba devant ses deux princesses.
     

    À nos 15 ans.

    François et Marguerite acquirent un joli cottage en Baie de Somme. Ils élevaient depuis quelques temps, des chevaux réputés dans la région, une race confidentielle de Henson dont l'existence datait d'une bonne quarantaine d'années. Il s'agissait d'un savant mélange de poney fjord et d'anglo-arabe.

    Intéressant me direz-vous !

    Cet animal très sociable et facile à monter offrait le plaisir d'agréables randonnées. Sa robe de couleur sable s'intègrait à nos paysages de plages, de vasières et de prairies. Très tôt, Maligna et moi prîmes goût à l'équitation sur ces magnifiques montures. Nous participions aux sorties équestres et ne manquions pas d'exercer nos talents particuliers, seules à en connaître l'existence.

    _ Maligna, je t'ai vu faire !
    _ Mais non, tu rêves !
    _ Mais bien sûr que si, je viens de voir ce phoque sauter tel un cabri alors que d'habitude il se prélasse avec nonchalance sur la vase.
    _ Si tu voulais, tu pourrais exceller tout autant.
    _ Comment cela ?
    _ Mais t'es pas cap ! T'as la trouille ! Tiens regarde ces oiseaux posés sur l'eau.
    _ Oui eh bien !
    _ Sais-tu qu'il s'agit de blettes ?
    _ Non !
    _ Ma prof de svt nous a expliqué l'origine en cours. Conçus en bois, ils revêtent plusieurs belles couleurs. Au tout début dans la baie, les chasseurs d'oiseaux utilisaient des volatiles blessés, dont on prononçait le mot "blettés" en picard, pour attirer leurs congénères à l'instinct grégaire.
    _ Voilà qui me verra moins sotte ce soir.
    _ En attendant Angélique, je te mets au défi d'attirer plus d'oiseaux que moi.
    _ Très bien, je relève le défi.
    Nous descendions de nos chevaux. Puis, en remuant le nez, nous attirions à nous tous les faux oiseaux à la ronde. Les chasseurs seraient sans doute furieux de voir disparaître leur piège en bois.

    _ Bien, à nous de jouer.
    Nous installions alors nos leurres dans la vase, le bec face au vent puis nous disparaissions dans des buissons d'argousiers aux fruits d'un bel orange vif. Très vite, des volatiles mis en confiance par les faux attroupements au sol se décidaient à se poser.

    _ J'en ai 13 ! se vantait Maligna.
    _ Et moi 15. Je mène !
    _ Oui mais cela ne durera pas.
    Maligna soulevait un sourcil et affichait un sourire empreint de perversité. Une nuée de baies s'abattait sur mes leurres et la jolie bande de chevaliers guignettes s'éparpillait.

    _ J'en ai 14, reprenait Maligna.
    _ Oh, vraiment tu es insupportable. Les miens sont tous partis.
    _ Ce n'est pas grave Angélique. Tu as gagné un gage.
    _ Je sens que je vais beaucoup m'amuser.
    _ Tu devras... fit-elle en faisant semblant de réfléchir, faire disparaître le journal de papa ainsi que ses lunettes et... les chaussons de maman, reprenait-elle très enjouée.
    _ Mais bien sûr !
    _ Et avant le repas du soir.
    Sur l'instant, je ne pus résister à l'envie de piéger ma sœur. Alors je dressai mes deux mains vers le ciel. Aussitôt une tornade de sable s'éleva dans les airs et enveloppa Maligna qui eut un mal fou à s'en défaire. Quand elle se libéra enfin de ce sortilège, elle barbotait dans la vase au milieu de ses faux oiseaux et le spectacle ne manquait d'intérêt. Mais peut-être avais-je, ce jour-là, dépassé des limites invisibles...
      (1/2)
    JMiP le 29 avril 2019
    "MA SORCIÈRE BIEN AIMÉE"
    Chapitre 1. Les apparences sont toujours trompeuses
    (2/2)

    15 longues années plus tard

    Maligna et moi vivions pas trop loin l'une de l'autre. Nous avions aménagé la demeure des parents pour que chacune de nous y trouva son compte. Alors, deux entrées séparées, deux chambres et des parties communes pour la toilette et les repas permettaient de s'organiser.

    A trente ans nous n'avions toujours pas trouvé d'ami, que dis-je, de véritable compagnon de vie. Il faut dire que si nous en avions croisé durant les années précédentes, ceux-ci ne tenaient pas en place et parfois ils se sauvaient au beau milieu d'une nuit sans lune. Et les motifs de fuite s'avéraient nombreux.

    D'abord, l'intéressé devait affronter deux femmes désireuses de l'accaparer, à la fois possessives et jalouses. Ensuite, nos pouvoirs grandissant, nous usions de filtres amoureux et de charmes subtils au point que le malheureux se mettait à hululer, en courant en hiver sur les tuiles du toit. Il répondait contre sa volonté à des concours de balayage dans les parties communes, nu comme un ver avec un joli tablier autour de la taille.

    À la fin, il se retrouvait à cheval sur l'un de nos balais de paille et disparaissait dans la brume d'un soir d'hiver survolant la Baie de Somme entre le Crotois et Saint-Valéry. Seul le fidèle destrier reprenait sa place habituelle dans le placard.

    J'ai oublié de préciser que nos parents n'étaient pas restés avec nous. Oh ! Bien sûr, ils auraient bien voulu. La maison était confortable mais vivre à quatre devenait impossible. Une nuit où nous jouions encore de nos privilèges, ils acceptèrent de déguster l'un de nos breuvages que nous élaborions pour accompagner une partie de dés. En quelques heures, ils se changèrent en deux crapauds fort boutonneux. Évidemment, ils ne pouvaient résider plus longtemps dans la demeure et d'évidence, ils prirent leurs quartiers permanents dans la lande.

    Je sais qu'ils vivent toujours là, enfin je crois ?

    On les entend coasser à la tombée de la nuit. Mais je n'ai pas de certitude, ni ma sœur non plus, que ce soit bien eux plutôt que l'un ou l'autre de leurs congénères amphibiens.

    Nos amis les plus fidèles sont restés, soit longtemps vivants, soit ont fini empaillés. Quand ils devenaient âgés, on ne pouvait se résoudre à les voir s'éteindre. Alors nous trouvâmes dans un ancien grimoire une recette subtile permettant de saisir des êtres de chair et d'os en statue de pierre. Il y eut ainsi dans toute la maison, des chouettes, des serpents, des araignées, des furets, des grenouilles figés à jamais. Dans l'écurie, certains de nos Henson, trop vieux, eurent aussi ce privilège de "vivre" très longtemps sans avoir à s'en préoccuper.

    Il devenait difficile de subsister sans ressource et de nourrir tout notre petit monde. On pouvait toujours dépouiller le voyageur d'une nuit, un jeune couple en weekend, quelques anglais photographes qui séjournaient dans la partie chambre d'hôte que nous avions aménagée derrière le poulailler et les écuries.

    Mais très souvent, ils rejoignaient en catastrophe l'hôpital d'Abbeville.

    Ils avaient en effet du mal à digérer le petit déjeuner fort copieux du matin. Avec ma sœur, nous mettions tout notre cœur à réaliser un pain à base d'insectes, de bave de crapaud, de fleurs de marais et de quelques gouttes de venin extraites d'une de nos pensionnaires, la vipère péliade. Cela provoquait une très importante dysenterie. Dès lors, l'accident en véhicule durant la poursuite de leur voyage, devenait inévitable et les pauvres agonisaient dans d'atroces souffrances aux urgences locales.

    Bien sûr, ils n'avaient pas conscience d'avoir été délestés de leur menue monnaie avant leur départ. Et personne ne faisait le rapprochement avec leur dernier lieu de villégiature.

    Une fois pourtant, un type bizarre vint nous voir, le genre enquêteur privé. Ces questions devenaient embarrassantes et nos réponses beaucoup trop évasives. Alors, un soir d'été, il disparut alors qu'il nous espionnait de loin. Il s'éleva dans les airs avec grâce. Nos deux balais jouèrent avec lui longtemps au point qu'il n'arrivait jamais à toucher le sol. Nous entendions ses hurlements mais aussi ses os craquer. Il sombra dans un vieux puits abandonné.

    Nous conservâmes sa moto équipée en side-car. C'était si drôle, ces ballades sur les chemins de randonnées au son pétaradant de notre nouveau destrier, soleil couchant, dans les senteurs humides pleines d'insectes au vol frénétique et de chauve-souris décontenancées...

    Un vie sans toi !

    Tu disparus un soir, mais je ne sais plus très bien car je perds la mémoire.

    Nous avions toutes deux amélioré nos sortilèges au point de nous méfier l'une de l'autre. La maison devenait trop étroite pour nous. Dans toutes les pièces dormaient à jamais des visiteurs nocturnes, à quatre pattes, avec des ailes ou rampant. En prenant de l'âge, nos sens s'abusaient facilement et nos sorts devenaient incertains. Alors, lors d'une de nos nombreuses disputes, j'ai prononcé cette phrase définitive.

    _ Maligna, je veux que tu disparaisses à jamais ! tout en invoquant au passage quelques illustres sorciers de mes références personnelles.

    D'un coup ton corps s'est figé et tu t'es peu à peu délitée. Quelques minutes plus tard, il ne restait de toi qu'une humeur au reflet bleuté aussitôt enfermée dans un bocal de verre.

    Au sol gisait tes derniers vêtements.

    Alors mon dernier et seul compagnon "éclair de feu" a poussé dans un cagibi tes inutiles reliques à côté de ton fidèle destrier, endormi à jamais...

    (FIN)
    Big-Bad-Wolf le 30 avril 2019
    Et voilà pour ma participation ! Juste dans les temps... :)


    La dame à la licorne.


    « Bon, et bien, merci Madame Odette. Passez une agréable soirée.
    - Je vous en prie, monsieur Durand. Saluez votre femme de ma part.

    Odette salua de la main son dernier client de la soirée, avant de refermer soigneusement la porte de sa boutique et de donner deux tours de clé dans la serrure. La journée avait été bien remplie, et sa pâtisserie avait encore fonctionné à merveille. Quelques pas plus loin, elle actionna un bouton qui fit ronronner le moteur électrique réglant la fermeture des volets roulants. Passant dans l'arrière-boutique, la commerçante partit à l'assaut des escaliers menant à son appartement, un étage au-dessus de sa boutique. Intérieurement, elle se mit à grommeler dès qu'elle eut affronté les six premières marches. C'est qu'à presque soixante-dix ans, elle commençait à en avoir plein le dos, de ces escaliers !
    Malgré tout, Odette restait vaillante pour son âge. De petite taille, ronde, les cheveux gris parfaitement permanentés et l’œil bleu toujours vif, elle faisait partie de ceux qui refusaient obstinément de céder face à la marche du temps et du monde et qui continuaient leur activité par vent et marée. Elle aimait bien trop son commerce, son petit succès et surtout le contact avec ses clients pour tout abandonner. Peut-être dans quelques années... qui pouvait le savoir ?

    Au moment où elle passa la porte de son appartement, elle fut accueillie par un miaulement impérieux juste avant qu'une boule de fourrure tigrée ne se glisse entre ses pieds. Un sourire aux lèvres, Odette se pencha pour caresser le chat qui semblait clairement venir réclamer son dû.

    - Bonsoir Merlin ! Tu as passé une bonne journée ?

    Le félin s'abstint de lui répondre, et la bonne femme se contenta de rire légèrement avant de se diriger vers la salle de bains pour se rafraîchir un peu. À l'heure où la plupart des gens aspiraient à un apéritif en terrasse d'un bar, en cette fin de chaude journée d'été, elle-même était plutôt d'attaque pour un thé, installée dans son fauteuil devant une rediffusion d'une vieille série policière. L'avantage de l'appartement climatisé, que voulez-vous !
    Quelques instants plus tard, débarbouillée et sa tenue changée, Odette fit un crochet par la cuisine pour se préparer une tasse de thé. En un clin d’œil, elle se retrouva installée confortablement, les pieds posés sur un pouf, son chat sautant d'autorité sur ses jambes. La télévision mise en marche, elle se prépara à un moment de détente bien mérité tout en sirotant son thé encore fumant. Toutefois, il semblait que des forces supérieures aient décidé de ne pas laisser les choses suivre leur cours aussi facilement...

    La sonnerie de son téléphone portable retentit soudain, lui tirant un sursaut qui manqua de renverser le reste de son thé sur Merlin. Odette ronchonna tout en se saisissant du maudit portable posé sur le guéridon près d'elle. L'appareil d'une délicate teinte rose poudré piquetée d'étoiles cessa immédiatement de sonner dès lors qu'elle l'eut porté à son oreille, non sans avoir aperçu le nom associé à l'appel entrant : CCEHM.

    - Bonsoir, Odette à l'appareil, j'écoute. Oui j'ai passé une excellente journée, merci. Non, je n'avais pas exactement d'impératif juste maintenant mais... Pardon ? Une licorne ? Dans les jardins de Versailles ? Je vois... En période de Grandes Eaux Nocturnes, c'est ce qu'on pourrait appeler un niveau quatre, non ? Très bien. Je m'en occupe. Mais non, ça ne me dérange pas. Bien sûr. Au revoir mademoiselle.

    Au moment de raccrocher, Odette ne put retenir un soupir. Elle était à peu près persuadée que le Comité pour la Cohabitation des Etres Humains et Magiques avait sous la main une sorcière ou un sorcier plus proche de la zone de crise. Et ce n'était pas le fait de lui vanter au téléphones ses états de service irréprochables qui lui sortirait cette idée de la tête ! Malgré tout... Il fallait avouer que les compliments faisaient toujours plaisir à entendre. La sorcière vida donc d'un trait sa tasse de thé avant de se lever, faisant tomber à terre le malheureux Merlin qui en feula d'indignation.

    - Oh allons, ne fais pas de manières comme ça ! Tu as très bien entendu qu'il s'agit d'une urgence. D'ailleurs, tu n'as qu'à venir avec moi, ça te dégourdira les pattes. Et puis, tu sais que mes pouvoirs sont toujours renforcés avec mon familier dans les parages !

    D'un pas décidé, la petite femme alla jusqu'à l'armoire à l'entrée pour en tirer un chapeau à larges bords et une paire de lunettes de soleil. Elle enfila une paire de chaussures à talons avant de taper dans les mains, faisant léviter son sac à main jusqu'à elle. Résigné, son familier vint se jucher sur son épaule, juste avant qu'elle prononce la formule consacrée pour la téléportation. Avec un bruit semblable au souffle du vent et un petit éclair de lumière, sorcière et familiers disparurent du petit appartement du quatorzième arrondissement parisien.
    Ce fut avec le même effet de son et de lumière que la petite dame apparut dans un petit coin à l'abri des regards des jardins du château de Versailles, encore baigné de soleil en ce début de soirée. Sans perdre de temps, elle se mit en quête de son affaire. C'est qu'une licorne en plein milieu d'un lieu aussi touristique ne manquerait pas d'attirer l'attention, surtout coincée dans un entrelacs de branchages et ne pouvant pas fuir. D'après ses informations, la créature s'était égarée et avait fini par se coincer à proximité d'un bosquet. Au vu de la surface que représentaient les jardins de Versailles, la moitié des touristes auraient eu le temps d'apercevoir l'animal et de l'immortaliser sur leurs smartphones ! Et si tout cela fuitait sur les réseaux sociaux... disons qu'elle serait bonne pour les heures supplémentaires et quelques entretiens un rien prise de tête avec la hiérarchie. Avisant le chat toujours perché sur son épaule, Odette décida de le mettre à contribution.

    - Dis-moi, Merlin... Et si tu me trouvais cette licorne ? Histoire qu'on puisse rentrer chez nous avant la nuit tombée ?

    Sur un miaulement tout à fait transparent, le familier sauta à terre, puis il prit la tête des opérations, la queue bien droite. Odette savait le CCEHM très à cheval sur l'importance de masquer le monde magique aux simples humains. Ce qui signifiait qu'une fois qu'elle aurait trouvé et délivré la licorne, il allait encore lui falloir effacer la mémoire de tous ceux qui avaient assisté à la scène, et utiliser une formule spéciale pour effacer les données présentes dans tous les appareils photos et autres smartphones. Le progrès n'était pas toujours une bonne chose, à bien y penser...

    Heureusement pour elle, Merlin la conduisit très rapidement auprès de la créature en détresse. Seulement dix minutes après son arrivée, Odette posait les yeux sur la croupe d'un blanc immaculé de la licorne, visiblement lasse de tenter de déloger sa corne de l'entrelacs de branchages dans lequel elle s'était prise. Un sourire s'invita sur les lèvres de la sorcière, même si elle compatissait à la détresse de l'équidé et qu'elle réfléchissait déjà à la meilleure procédure pour l'évacuer de la ville et la conduire dans l'enclave magique la plus proche.

    - C'est du très bon travail, Merlin ! Maintenant, une bulle d'invisibilité autour de nous, tu veux bien ? Tâche de la maintenir pour moi jusqu'à ce qu'on en ait fini avec tout ça. Si on en finit vite, je te promets de nous téléporter dans la réserve de ton boucher préféré pour que tu puisses te servir à volonté !

    Le félin ne sembla certes pas insensible à l'argument, car lorsque la sorcière invoqua la bulle d'invisibilité qui allait les préserver du regard du monde, et notamment des curieux qui l'observaient déjà avec insistance, le sort se stabilisa rapidement et avec une certaine force. Rassurée, Odette s'approcha de la licorne et posa une main compatissante sur sa croupe.

    - Allons, à nous deux ma jolie. Qu'est-ce qui t'a pris de vouloir venir faire un tour dans ce jardin plein d'humains, dis-moi ? Bien, il va falloir prendre un peu ton mal en patience, car nous avons un peu de pain sur la planche ! »
    Walex le 30 avril 2019
    Voilà un sujet vraiment chouette ! Malheureusement, ma vie étant assez compliquée en ce moment, j’ai préféré faire une pause dans les défis d'écriture... Mes derniers textes sont d'ailleurs presque passés inaperçus, et je ne suis moi-même pas très satisfait de leurs résultats… bref, cette petite trêve me permet de me ressourcer, histoire de revenir avec un regain d'inspiration :)

    Ce qui est drôle, c'est que le thème de ce défi d'écriture me fait fortement penser à une interview d'un journal local (les Dernières Nouvelles d'Alsace) datant du mois d'octobre. Et comme je n'aime pas venir les mains vides, et que malgré tout l'envie de participer est trop forte pour que j'en reste là, je m'empresse de vous le recopier ici en intégralité :



    [[ Une sorcière 2.0

    Nouvel épisode de notre série d'articles consacrée au quotidien des dernières créatures de nos légendes encore en vie. Cette semaine, nous avons quitté les couloirs hantés du château du Haut-Koenigsbourg pour aller à la rencontre d'une sorcière de 26 ans originaire de la région de Wisches, entrepreneuse d'une start-up strasbourgeoise spécialisée dans le développement de logiciels de réalité virtuelle. Témoignage d'une jeune sorcière moderne :

    « Ça fait quoi d'être une sorcière ? À vrai dire, je me sens plutôt comme quelqu'un d'ordinaire. Je mange et je respire comme tout le monde, je vais au cinéma et je lis les mêmes livres, et j'ai suivi des études tout ce qui a de plus classiques (elle possède une licence pro en informatique, ndr).
    Ma vie n'est ni plus dure ni plus difficile que pour n'importe qui d'autre. Rien à voir avec ce qu'ont connu mes ancêtres ! Je sais la chance que j'ai, la vie était bien plus dangereuse par le passé pour les femmes comme moi, vous savez, les bûchers, tout ça... Les gens passaient leur temps à dénoncer les autres, croyant fortement à l'existence du diable, d'esprits maléfiques, ou voulant juste se débarrasser d’un voisin un peu trop encombrant.
    Aujourd'hui c'est différent. La science fait que tout le monde est devenu terriblement cartésien. Merci le système éducatif ! Vous pouvez invoquer un dragon en plein centre-ville, il y aura toujours des scientifiques pour en expliquer les raisons. Quand on ne crie simplement pas au photomontage et au mensonge dans les médias, évidemment. De toute façon la télé et le cinéma font que cela n'impressionne plus personne. Il y a un dragon dans la rue ? "Celui de Game of thrones est beaucoup mieux fait !" Non, vraiment, je vis sans la moindre inquiétude.

    Déjà, il faut dire que les inventions modernes nous facilitent grandement la vie. Tout est beaucoup plus simple ! Grâce aux nouvelles technologies, la magie est maintenant partout, elle est même devenue accessible à n'importe qui. C'est un auteur de science fiction, je ne sais plus trop lequel, qui a écrit que "plus la technologie est développé et plus elle s'apparente à de la magie"... c'est tellement vrai ! N'importe qui sait faire de la lumière avec un simple briquet ou juste en appuyant sur un bouton, communiquer avec un ami ou de la famille à des kilomètres de distance, et être informé en temps réel de ce qui se passe à l'autre bout de la planète. Et si vous avez quelques douleurs dans le corps ou à la tête, il suffit de passer à une pharmacie, et le problème est réglé ! »


    Ici est imprimée une photo noir et blanc de ladite sorcière. Elle a vraisemblablement les cheveux noirs, et la peau très claire (à moins que ce ne soit une impression due à l'exposition du flash) avec quelques tâches de rousseur. Elle est souriante, ses traits sont fins et a de grands yeux noirs. Ses habits sont assez classiques, et ne porte pas de chapeau. Ce pourrait être une femme très banale si elle n'était pas en train de flotter dans les airs, devant l'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg. Difficile de savoir s'il s'agit d'une vraie photo ou d'un photomontage.
    Sous la photo est écrit : Aucune gargouille n’est assez effrayante pour empêcher à notre sorcière d’entrer dans ce lieu sacré.


    « La baguette a depuis longtemps été remplacée par les smartphones. »

    « On représente encore les sorcières comme de vieilles femmes hideuses vivant dans de vieilles chaumières décorées de toiles d'araignées, passant leur temps à lire de vieux grimoires sans jamais quitter leurs balais et leurs baguettes magiques. Vous pensez bien que ce cliché ne correspond plus du tout à la réalité ! La baguette a depuis longtemps été remplacée par les smartphones. Tout le monde en a un, dans la main ou dans sa poche. Alors plutôt que de se traîner un vieux bâton en bois pas très joli, quoi de plus discret que d'envoyer un sort en faisant semblant de jouer avec son téléphone ? Quant au balais, hé bien... il y a bien plus pratique aujourd'hui pour se déplacer ! La voiture, vous connaissez ? (rires). Moi je suis une citadine, je suis plutôt branchée trottinette : ça fait une petite activité physique sympa et ça permet de prendre un peu l'air, mais c'est surtout beaucoup moins cher et moins polluant que la voiture.

    Sérieusement, je pense que les gens ont beaucoup plus à se soucier de l'avenir de leur planète que de savoir ce que mijotent leurs voisines dans leurs marmites. Vous avec vu les dernières prévisions climatiques des scientifiques sur les 100 prochaines années ? Nous n'avons aucun intérêt à vivre sur une terre en désolation, croyez-moi. Et si on pouvait remédier au problème cela fait longtemps que l'on aurait agi, mais c'est tout juste si on peut influer sur la météo du jour...
    Évidemment, pour faire des potions, avec tous ces animaux en voie d'extinction,  c'est beaucoup plus difficile à réaliser. Nous ne sommes pas folles, nous n'allons quand-même pas participer à l'annihilation d'espèces entières juste pour réaliser des filtres d'amour ! Nous avons d'ailleurs créé une convention nous interdisant un certain nombre de pratiques. Que croyez-vous, les sorcières ont aujourd'hui une plus grande éthique que les simples humains ! »

    Propos recueillis par AW. ]]
    Darkhorse le 01 mai 2019
    Pas facile d'être inspiré et concentré pendant les coups durs... Courage Walex, je ne participais pas encore à ces défis d'écriture, mais j'ai bien lu ton coup de maître du mois de janvier 2019 et je me marre encore^^

    Quant à l'article que tu nous a recopié, il est bien décalé, ça fait plaisir de voir que les sorcières arrivent à s'adapter
    Cindaie le 01 mai 2019
    J'approuve Darkhorse! Pas évident de toujours avoir envie d'écrire et surtout de trouver les idées. Mais je me régale toujours en te lisant. Le texte que tu as mis est super chouette car il ne ressemble en rien aux autres ! Bon courage !!
    Walex le 01 mai 2019
    Merci tous les deux  c'est très sympathique ;)
    (pas d'exagération quand-même Darkhorse :P )

    Je ne voulais pas trop me plaindre ni trop attirer la lumière vers moi, c'était surtout une manière d'introduire le petit article dont je vous ai fait part (qui aurait dû être beaucoup plus long que cela, si j'avais seulement  eu le temps de le recopier en entier... j'aurais même voulu qu'il serve à introduire une histoire beaucoup plus longue...).
    Mais c'est vrai que fournir une production de qualité n'est pas toujours facile dans le temps imparti. Je n'ai à nouveau pas eu le temps de lire les vôtres, et vais enfin pouvoir me rattraper une fois le concours terminé, comme à mon habitude ;)





Pour participer à la conversation, connectez-vous