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    solenebabelio le 01 avril 2020

    Bonjour à tous !

    Pour le mois d’avril 2020, nous vous proposons de composer un récit sur le thème un peu particulier… du [vɛʁ] dans tous ses états ! Une seule prononciation phonétique pour une pléiade de mots : vers, vert, ver, verre, ou encore vair.

    Des contrées verdoyantes du bout du monde au chemin qui mène vers la réussite, en passant par la célèbre pantoufle dont la constitution est matière à controverse, l'interprétation que vous ferez de ce thème est vôtre. Bien sûr, libre à vous d’intégrer un ou plusieurs de ces éléments dans votre histoire. Nous comptons sur votre imagination foisonnante pour nous concocter le plus original des récits, alors à vos plumes !



    Comme d’habitude, la taille et la forme de votre contribution est libre et vous avez jusqu’au 30 avril minuit pour nous soumettre votre texte en répondant ci-dessous. Le gagnant remportera un livre.

    Sflagg le 01 avril 2020
    Salut !

    Un vieux texte pour commencer et si je trouve l'inspiration et le temps (pas comme le mois dernier) j'en mettrais un neuf plus tard.


    Le rêve d'un ver de terre.                        (16/03/00)

     
    Je suis un pauvre ver de terre
    Qui ne mange jamais parterre
    Mais si on me le proposait
    Je crois que je le ferais.

    Je n'ai en tout et pour tout que deux orifices
    Un qui me sert à becter, l'autre par lequel je pisse.
    Pour me nourrir et me déplacer, je n'ai point de membres
    Mais je me démerde, pour le premier je fais l'aspirateur et pour le second je rampe.

     Je suis un pauvre ver de terre
    Qui ne dort jamais parterre
    Mais si on me le proposait
    Je pense que je le ferais.

    Je ne possède pas d'yeux pour admirer le monde
    Mais c'est pratique pour faire un somme, c'est comme d'être dans une tombe.
    Mon corps souple, sans vertèbres et divisé en segments
    Me permet de me faufiler dans le moindre recoin et de roupiller par tous les temps.

     Je suis un pauvre ver de terre
    Qui ne fornique jamais parterre
    Mais si on me le proposait
    Pour sur que je le ferais.

    Je ne contiens dans mon crâne qu'une minuscule cervelle
    Qui ne permet pas de voir que les femelles sont réelles.
    Mon appareil génital, si petit et bien caché
    Depuis déjà longtemps, c'est fait oublier.

    Je suis un pauvre ver de terre
    Qui aimerait bien aller parterre
    Et qui même si point on ne me l'a proposé
    M'apprête à le faire quand même.

    J'habite dans un pot de fleurs d'un balcon du quatrième étage d'un immeuble
    D'où je saute malgré le vertige qui me flanque une peur bleue.
    Mon corps est si petit et si léger que vers la route le vent me pousse
    Et quand enfin j'atterris, la roue d'une voiture vient finir sa course.

    Car j'étais un pauvre ver de terre
    Qui ne voulait pas mourir parterre
    Mais quand on me l'a proposé
    Je n'ai eu qu'à me taire et me laisser faire.

    S.Flagg !!

    De quoi ! je suis hors sujet...

    A+ et bonne chance à tous !!
    Krout le 02 avril 2020
    CONFINEMENT

    Il n'est de vers plus solitaire que celui-ci
    Zephirine le 03 avril 2020
    Ah! Vertige du vert
    au sortir de l'hiver
    J'aime tous les verts
    celui de la primevère
    si tendre sous le couvert
    l'éclat de la plume du colvert
    ou encore le pic-vert
    qui picore des vers
    sur un tronc de travers. 
    J'aime les verts de l'univers
    ciel, terre et mer
    et même celui de  ton pullover
    ramené, jadis, de Vancouver.
    Oui, j'aime tous les verts
    je le dis, le proclame et persévère
    dans ma liste à la Prévert
    et si mes simples vers
    sont pour vous un calvaire
    allez donc au diable-Vauvert!
    chambrenoire le 03 avril 2020
    Une histoire véridique

    Un soir, alors que je dinais avec la versatile Véronique, je voulus la séduire avec quelques vers de mon cru.
    Mais la belle me répondit sans vergogne

    - Si c'est ma vertu que vous guignez, point n'est besoin de vos vers ampoulés et vermoulus, j'ai la versification en aversion. Versez plutôt de ce vin verdelet dans mon verre à pied. Il accompagnera à merveille cette verrine de colvert au verjus
    .
    - Je vous trouve bien sévère avec le pauvre trouvère que je suis!

    - Allons, ne prenez pas tout de travers et laissez-là votre verbiage, c'est un vrai calvaire! Je ne suis plus une primevère de printemps, plutôt une rose d'hiver, alors, mettez plus de verdeur dans vos propos.

    Je mis mes vers à couvert et usai d'une verve plus leste.

    - Vertubleu! s'exclama la peu vertueuse Véronique, en voilà des vertes et des pas mûres pas piquées des vers!

    Émoustillée par la verdeur de mes propos, elle enleva sa robe vert pomme . Elle était si peu couverte que, pris d'un vertige, j'ôtai mon pullover
    Je la renversai sur le sofa de velours vert Véronèse.
    elle se défit de ses pantoufles de vair
    Je...
    Hélas! Cher lecteur, la suite est verrouillée, vous n'en saurez pas plus. 
    Servez-vous plutôt de ce vermouth et levez votre verre à nos amours.
    Pippolin le 05 avril 2020
    Message de la Prévention routière

    C’est un joli pays tout vert. Un joli pays de petites collines rondes comme des pommes -vertes - sur lesquelles une route – vert d’eau – rebondit puis disparait « comme un ruban qu’on déroule » au gré de pentes et des bosses. De ci de là, il y a des bosquets d’un vert bouteille, des chênes isolés et des pâtures piquetées des vaches aux grandes tâches verts épinard ou parfois des chevaux à la robe vert émeraude. Au loin, l’horizon dessine des courbes douces sous un ciel d’un vert printemps lumineux. Une voiture, dont on ne distingue pas bien la couleur à cette distance, (mais qui semble bien verte) roule dans notre direction.

    Dans ce joli pays tout vert, deux enfants jouent au ballon. Un frère et une sœur, tous deux vêtus de vert, chemisette et bermuda vert menthe pour le garçon, petite robe verte absinthe pour la fille. Aux pieds des tennis pour lui, des sandales pour elle – de couleur vert céladon. Ils se lancent le ballon, le ballon vert, et le rattrapent en poussant des cris joyeux. Si la scène était un dessin, on verrait des phylactères au-dessus de leurs têtes, dans lesquels seraient inscrits : « Hi ! Hi ! Ah ! Ah ! », bulles blanches dans ce décor tout vert. Le garçon, plus petit, est en haut de la pente, la fille, plus grande mais pas si grande, même encore petite, est en bas, près d’un puits vert mousse autour duquel se prélassent des vers de terre, pas solitaires pour deux sous.        

    Le garçon veut montrer sa force, il tire le bras en arrière et envoie le ballon si haut que sa sœur n’arrive pas à le rattraper et le ballon roule, roule et la petite fille court après. C’est fâcheux parce que dans la descente le ballon vert prend de la vitesse et que la petite fille ne court pas si vite. Mais elle accélère, elle accélère, de peur que le ballon ne tombe dans la rivière, juste après la route. 

    L’auto n’est plus très loin. C’est une petite auto vert citron, petite fantaisie que s’est acheté son conducteur, un homme avec un chapeau melon vert impérial sur la tête, qui s’en revient de son travail. Il est vendeur dans une boutique de parapluies – de toutes les teintes de vert – et sourit parce qu’il connait bien le climat d’ici et sait qu’il va bientôt pleuvoir à verse. D’ailleurs il y a déjà quelques gouttes d’un vert anis qui tombent sur son capot. Le chauffeur au chapeau melon vert impérial sur la tête rêve aux belles ventes qu’il fera demain. Il tourne la tête vers la banquette arrière vert pistache où se trouve un lot de parapluies quand il ressent un choc du côté de l’aile avant gauche. Un éclat de verre apparait sur son parebrise vert opaline. Le chauffeur est contrarié. Il a économisé longtemps pour sa petite auto. Il espère qu’elle n’est pas rayée.

    Dans le joli pays tout vert, aux arbres et bosquets verts, le vendeur de parapluie poursuit sa route – vert d’eau - et rentre chez lui. La pluie redouble, il met en route les essuie-glaces et là, au bout des balais, il voit, effaré, deux petites mains rouges, deux petites mains rouges, deux petites mains rouges…. 

    Moralité : Trois verts et plus, bonjour les dégâts
    Cannobia le 05 avril 2020
    Vers le mois d'août, ou peut-être était-ce septembre...
    Vers 16h00. L'heure du goûter.
    Il était arrivé sur la pointe des pieds et avait déposé un baiser dans son cou. Bien évidemment, l'évènement avait fait sursauter la jeune femme. Elle avait même poussé un petit cri aigu. Il s'était alors jeté à ses pieds et l'avait regardé avec les yeux remplis d'amour. En voyant son œil vair, elle s'était calmée et avait porté ses mains sur sa poitrine pour stopper les battements trop vifs de son cœur :
    "Mon ami, comme vous m'avez fait peur !"
    "Veuillez me pardonner ma bien-aimée mais la tentation était bien trop grande en apercevant ce cou si gracile." Après avoir baisé la douce main qu'elle lui tendait, il scruta la pièce : "Avez-vous reçu mon présent ?"
    "Oh oui mon cher, ce matin. Quelle jolie attention que cette perruche avec ses reflets vert argent !"
    Satisfait, il interrogeait du menton un siège : "Mais oui, asseyez-vous. Voulez-vous boire un verre ?"
    "Et comment ! Je suis vermoulu !"
    "Allons, allons, vous n'avez que cinquante-cinq ans."
    "Oh, quelle méprise Véra ! Je pensais à un vermifuge."
    Kavunga le 05 avril 2020
    sabine_s08 le 05 avril 2020
    Lorsque je me plonge dans un livre, j’oublie toutes les vicissitudes du monde.

    Je vole vers des paradis lointains, imaginaires. 

    Dans ma perle de verre, le voyage peut commencer. 

    Envers et contre tous, je suis libre, entière, je suis vivante. 


    Oscillant d’une contrée à une autre, verdoyante ou argentée

    Naviguant d’un style à un autre, en vers, en prose, en verlan, en langue de Voltaire,

    Tout y passe.

    A  l’endroit comme à l’envers, mais jamais en diagonale. 


    Tous les vairs du monde ne sauraient acheter mon amour pour la lecture. 

    A travers le mystère, l’intrigue, l’utopie, la fantaisie...

    Je me sens à l’aise dans absolument tous les univers, 

    Dans ma perle de verre. 


    Quel privilège de se sentir ainsi !

    Versatile dans bien des domaines, je suis définitivement éprise de vous, chère littérature. 

    Tous les versets du monde ne pourront jamais totalement être comblés, par mes yeux fatigués. 

    Et c’est là ...mon plus grand regret. 


    Ce jour, je viens vers vous, pour vous l’exprimer. 

    Quelle occasion si rare, de versifier soi-même, en toute humilité….
    catherinematin le 05 avril 2020
                              Vert sans vers


    Monte, monte, monte…

    Demoiselle, bête à bon Dieu
    sur la tranche du brin d’herbe
    la coccinelle monte.

    Devant mes yeux à plat ventre,
    l’herbe est un tronc vert
    qui me taquine et s’incline, révérencieuse, sur les lettres de mon livre.

    Solidement ancrée dans le pré, l’œuvre est ouverte,
    encadrée par deux coudes et couronnée de tiges folles.

    Les pâquerettes sautillantes font tout leur possible
    pour distraire les signes parfaitement alignés.

    Dispersées un peu, beaucoup, à la folie,
    les pâles collerettes taquinent allitérations et prosodies.

    Imperturbable, le livre attend mes yeux verts pour prendre vie.

    Complaisante, je jette un regard, puis un autre vers l’insecte,
    reviens sur un pétale de pâquerette, attrape un début de phrase,
    le souffle sur l’herbe…

    De la gauche vers la droite
    Lecture ! Nature !

    Mes yeux lisent avec une frénésie paresseuse
    les mots qui commencent les idées de l’auteur
    et achèvent l’ascension du brin d’herbe par la coccinelle
    en une seule et même phrase.

    Pleine conscience de l’existence !

    Plénitude des vers dans le vert paysage.

    Ah ! Lire dans la nature !                                        


    Catherine Matin
    Nowowak le 06 avril 2020
    Je lève mon vert et je porte du verre qui suis-je ? Un ver de taire ou un ver de beau de l'air ?
    glegat le 06 avril 2020

    La traversée

     D'aussi loin qu'il peut voir, c'est le même panorama qui s'offre à lui : une étendue plate, grise et sans végétation. Son instinct le pousse vers cet horizon pourtant peu engageant. Il avance avec difficulté sur un chemin râpeux, mal aisé, baigné par un soleil de plomb.

     Sur son dos, il porte un fardeau, mais il ne peut pas s'en défaire, sa vie en dépend. Il ne sait pas ce qu'il va trouver là-bas, tout au loin, mais une force l'anime. Il poursuit sa route obstinément, rien ne pourra l'arrêter. S'il reste sur place, il mourra.

     Peu à peu son organisme se dessèche, ses forces l'abandonnent, mais il doit avancer coûte que coûte. Il n'a plus l'ardeur de la jeunesse, pourtant son appétit de vivre est intact. Une main invisible l'a déposé sur cette terre pour qu'il accomplisse son destin et il sait que rien ni personne ne lui viendra en aide. Il n'est maître ni des circonstances, ni du lieu, ni du temps, mais il accepte les épreuves avec courage et résignation.

     Soudain, le sol se met à vibrer. Une pulsation de faible amplitude d'abord, qui s'intensifie pour devenir tremblement puis vacarme. Un vent puissant passe juste derrière lui. Un tourbillon le prend, l'enveloppe dans un souffle chaud. Puis le calme revient. Il peut continuer sa progression sous le soleil, sans se détourner. Il ne sait rien des forces obscures qui le manipule, son monde est gouverné par les sensations, l'instinct est son seul guide .

     Après une éternité, il distingue enfin un paysage nouveau. Il se rapproche d'un humus verdoyant et ombré. Bientôt il sera à l'abri, il pourra se reposer, manger, boire. Encore un effort sur ce sol brûlant. Il arrive enfin au bout de son chemin. Il sent confusément qu'il a échappé à un danger mortel. Il aperçoit un lit de coquelicots au pied d'un gigantesque peuplier qui s'élance vers l'infini des cieux. Il s'allonge, il est inondé par une agréable impression de fraîcheur. Alors, il ouvre la bouche et commence à mâchonner le bord d'une feuille.

     L'escargot, au terme de son périple, ne pense à rien d'autre qu'à survivre, tandis que sur la route, une trépidation annonce le passage d'un nouveau camion.
    CaraT le 06 avril 2020
    Voilà des textes remplis de fantaisie qui font plaisir au moral !


    Prenez soin de vous.
    Azallee92 le 06 avril 2020
    Ah, Chambrenoire, j'ai adoré le rythme de votre coquine histoire véridique! merci beaucoup.
    pacw le 07 avril 2020
    Une modeste contribution d'un poème  de mon blog...

    Face à Face

    Un lieu pour lire

    Ou pour écrire

    Un lieu pour manger

    Ou se reposer

     

    Un rendez-vous

    Ou un repère

    Assis, debout

    Dans tout ce vert

     

    Un peu de vers

    Depuis ce temps

    Ce temps éclaire

    Tout en passant
    franceflamboyant le 08 avril 2020
    VERT COLDITZ

    L'action se situe à Bonn, République fédérale d'Allemagne, au début des années cinquante. Le Château de Colditz se trouve près de Leipzig. Pendant la seconde guerre, c'était une prison pour les officiers.

    J'étais jeune, ambitieux et de surcroît anglais. La guerre était finie et je ne l'avais pas faite. A Oxford, j'avais brillé et, comme mon père me l'avait suggéré, j'avais passé un concours pour entrer dans la diplomatie ! Pour moi, c'était une voie royale, qui convenait de toute façon à quelqu'un de ma caste ! Ma famille comptait tout de même quelques ministres et quelques ambassadeurs qui, je n'en doute pas, avaient su rehausser de leur présence, les gouvernements en place ! J'ignorais que John Le Carré écrirait plus tard que les diplomates sont des amateurs. Ils ne sont ni politiciens, ni sociologues, ni analystes, ni économistes qualifiés et, la plupart du temps, ils se targuent de connaître la culture locale, alors qu'ils n'ont fait que des études de lettres dans une prestigieuse université anglais. C'était mon cas et j'en étais fier, n'en déplaise à celui qui, pour être un excellent écrivain, n'en est pas moins un esprit obtus ! Je postulais pour Paris, bien sûr mais on me donna Bonn ! Bonn, imaginez- un peu ! On était en 1954 et tout avait changé. Laisser à Berlin son statut de capitale, pensez-donc ! Non, Le 23 mai 1949, c'est une nation amputée de sa moitié orientale et encore fraîchement entachée de ses fautes, qui scelle l'acte fondateur de la République fédérale d'Allemagne en promulguant sa loi fondamentale. Le document a été rédigé sous l’œil très attentif des alliés occidentaux, qui occupent l'Allemagne de l'Ouest. Un pays sous étroite surveillance vient de naître sur les cendres du nazisme. Et Bonn, une petite ville de province à la fois proche de la frontière occidentale et loin des démons de Berlin, est la capitale idéale. Bonn a été détruite à 30 % par les bombardements. Et c'est donc dans le Musée de zoologie que les trois cent représentants des Länder ont accomplis l'acte fondateur de la nouvelle république. On avait laissé sur les lieux une girafe empaillée, trop grande pour être évacuée ! Pas extraordinaire comme symbole de la nouvelle Allemagne ! Nous, les Anglais, ça nous a fait sourire mais Konrad Adenauer, le premier chancelier, moins....Mais bref, je m'écarte de mon sujet !
    franceflamboyant le 08 avril 2020
    Bonn, dans les années cinquante, c'était magique ! Nous étions là en vainqueurs, Dieu que c'était bon ! Je n'avais certes pas un poste très important à l'ambassade mais quoi, il fallait un début à tout ! On a souvent dit que les Anglais étaient très admiratifs de la langue et de la culture allemande et en germanophone averti, je souscris à cette assertion. Mes parents étant de grands lecteurs et de frénétiques amateurs d'opéra m'avaient formé à lire et écouté tant les grands poètes et romanciers que les compositeurs les plus éminents de ce vaste pays. Mais avec la guerre, la donne avait changé. Nous étions certains d'avoir été les plus grands gagnants de ce conflit et à nos yeux cela justifiait que nous regardions les Allemands avec une certaine distance. Cette dictature, ce chef fanatique et toutes ses exactions, ah mais quel mauvais goût !
    C'est donc dans ces dispositions d'esprit que je pris mon poste à Bonn, dans une Allemagne où tout, certes n'était pas rose, mais qui allait désormais travailler la main dans la main avec les trois puissances qui l'avaient battue ! C'était oublier, bien sûr, que bon nombre d'anciens membres du parti nazi avaient obtenu des postes sinon très importants du moins cruciaux, je l'avoue mais il y a des époques où l'on est pas si regardant...
    A l'ambassade, on me donna un petit bureau et on me signala qu'on m'attribuerait une aide allemande. Je me plus à fantasmer et m'imaginais une jolie gretchen à la poitrine avenante mais fus vite désappointé. Celui qui devait m'assister avait la cinquantaine bien sonnée, était aussi grand que maigre et n'avait plus trop de cheveux. Je me renfrognai quand je le vis.
    -Monsieur Spencer ?
    -C'est moi, bien sûr !
    -Oh, je m'en doute bien...Gottfried Ulmann pour vous servir.
    Il avait une voix nasillarde, qui plus est.
    Je découvris vite qu'il n'avait pas son pareil pour le marché noir et je fus vite approvisionné en cigarettes, champagne, vins fins et jolies filles ! Pour le reste, il agençait mes déplacements et tapait mes rapports à la machine. Il ne fumait pas, ce qui me comblait d'aise car mon bureau était petit et ne parlait pas trop, autre qualité. Par contre, il avait des goûts vestimentaires étranges...Je n'ai contre les vêtements un peu trop portés et il est clair que ses vestes et pantalons n'étaient pas de première jeunesse. Malgré tout, la coupe n'en était pas mauvaise et le bonhomme n'avait pas trop mauvaise allure d'autant que ses chemises étaient impeccablement repassées. Non, c'était plutôt par les accessoires que sa tenue pêchait. La première fois que nous eûmes une conversation un peu étoffée, il portait une écharpe d'un vert foncé assez beau mais il la garda toute la journée...Je le soupçonnai à vrai dire de passer plus de temps dans ses trafics personnels qu’à servir ambassade de Grande Bretagne et cela me chiffonnait un peu. J'avais donc tendance à « le chercher ».
    -Que faisiez vous pendant la guerre, à part le fait d'être nazi ?
    franceflamboyant le 08 avril 2020
    -J'étais gardien.
    -De square ?
    -Non de prison. Je travaillais au château de Colditz. Au départ, c'était un hôpital psychiatrique mais sous le troisième Reich, on en a fait un centre d'emprisonnements pour les officiers. Il y a eu des Polonais au départ et ensuite beaucoup de Français et puis des Anglais...
    -Rude travail !
    -Oh, ils étaient bien élevés !
    -Pas tous. C'est entre Dresde et Leipzig, ça...Hein ? Oui...Il y eu des évasions, il me semble, même pas mal d'évasions...
    -Un beau château, vraiment. C'est un travail qui m'a bien plu. Il y avait des jardins d'ornement et des pelouses d'un vert !
    -Il y en avait à Bergen Belsen, entretenues magnifiquement par des prisonniers qui se succédaient beaucoup...
    -C'est exact, le roulement était important. J'ai eu de bons amis qui étaient gardiens là-bas !  Le bémol, c'était le décor et l'ambiance... A Coldtitz, il n'y avait pas ce problème. C'est surprenant quand on y pense car à la fin, il y avait mille deux cents prisonniers ! Mais franchement, ça se passait bien ! 
    Je ne pouvais passer mes journées à chiner cet administratif par ailleurs zélé et je laissais courir. Du reste, il me fit  profiter d'offres très avantageuses en alcools divers et bas de bonne qualité. Les bas ! Un bon produit pour frayer avec les jolies Allemandes...Néanmoins, il continua à arborer tantôt un nœud papillon tantôt une cravate, tantôt des gants, tantôt des chaussures d'un vert devenant de plus en plus vif. Je finis par lui demander ce que cette couleur pouvait bien signifier pour lui.
    -Ah mais l'espoir !
    -L'espoir ?
    -Oui, les relations entre l'Allemagne fédérale et l'Angleterre sont bonnes, n'est-ce pas et le général De Gaulle apprécie notre chancelier Konrad Adenauer.
    -Ah oui ? Et c'est ainsi que vous marquez votre contentement...
    -Bien sûr.
    -Mais sous le troisième Reich, de quelle couleur étiez-vous, si je puis me permettre ?
    -A la prison, c'était le vert mais avec une signification différente. Là, c'était la guigne, le mauvais sort.  Nos uniformes de gardien avaient cette teinte. Au Moyen -âge, c'était une couleur qui était négative. Les sorcières portaient du vert...
    -Quand êtes-vous arrivé à Colditz ?
    -En février 1942. Il y avait encore beaucoup des Français mais en 1943, on les a fait partir pour accueillir deux cent-vingt huit officiers britanniques ou membres du Commonwealth. Tout se passait très bien.
    -Pourtant, le 5 janvier 1942, le lieutenant Neave a réussi à s'enfuir et a gagné la Suisse, déguisé en officier allemand.
    -Ah, il y en en avait bien des récalcitrants !
    franceflamboyant le 08 avril 2020
    -Je pense bien. En septembre 1942, Fowler a imité Neave et en octobre, le capitaine Reid s'est fait la belle et a rejoint la Suisse en quatre jours...
    Gotfried Ulmann resta circonspect face à mon irrévérence car il était bien évident que je me foutais de lui. Il m'expliqua qu'en effet, on peut s'échapper d'un camp militaire fut-il une forteresse et bien plus rarement d'un camp de concentration. Et ce fut tout.
    Le lendemain, je voulus savoir, puisqu'il refusait obstinément de dévisser un feutre vert clair de sa tête s'il escomptait que cette couleur ait un effet négatif sur moi. Il fut direct.
    -Ah, vous n'aimez pas le vert, ça c'est sûr mais à part heurter vos pupilles, il ne peut guère vous poser de problème ! 
    -Bien sûr que non ! 
    -Je pense le marier avec des pois ou des rayures et jouer sur des teintes très lumineuses, prochainement...

    -A la bonne heure !
    Il rit et je ris aussi. Rassuré, j'évoquai d'autres évasions :
    -Les lieutenants Stephens et Littledale ont filé à l'anglaise, si vous me permettez cette expression, en octobre 1942. Ils étaient, comme les précédents, à l'intérieur du château. Le chef d'escadrille Brian Paddon était lui à l'extérieur quand il a filé pour rejoindre la Suède. Quant à William Hammond et Daniel Lister, ils étaient tous membres de la marine britannique et ont demandé à être transférés dans une autre prison car ils n'étaient pas officiers. Ils se sont échappés.
    -Les Anglais sont des gens ingénieux c'est pourquoi nous, Allemands ayant perdu la guerre, sommes si heureux de frayer avec vous !
    -Vous vous fichez de moi ?
    -Pas du tout.
    J'avais beaucoup à apprendre... Le lendemain, vêtu d'un complet vert émeraude, Ulmann profita d'une pause dans le travail pour me transmettre la liste des officiers anglais qui avaient en vain de s'échapper de la fameuse prison et qu'on avait rattrapés. Leur sort ne faisait pas sourire.Le surlendemain, il me fournit une double liste : celle des Français qui avaient réussi leur évasion et celle de ceux qui l'avaient manquée. Les Français avaient l'avantage. Gottfried, pensif me dit :
    -Honnêtement, ça me dégoûte. Ces Français étaient si nuls au début de la guerre et tellement prétentieux. Ah, la Bataille d'Angleterre, ça avait une autre gueule, nom de Dieu...Et avec vous, on n'a pas réussi ! 
    Je ne commentais pas.
    Les jours suivants, il me dressa un tableau idyllique de la prison où il avait été si heureux d’œuvrer. Vêtu d'une combinaison vert pomme, il gesticulait et mes maux de tête augmentaient. Chez moi, je fis une chute stupide dans l'escalier et plus tard, j'eus une intoxication alimentaire dû à l'absorption de produits frelatés. Assez curieusement, beaucoup d'entre eux étaient de couleur verte ! Quand je pus reprendre mon travail, je revis brièvement Gottfried Ulmann. Il m'expliqua qu'on le mutait mais ne me dit pas où il allait. J'appris que, pris de boisson, il s'était mis à dire n'importe quoi. Il regrettait le Nazisme qui avait fait de lui, un prisonnier de droit commun, un homme, un vrai. il s'était vraiment senti réhabilité ! Désormais,  il revendiquait son appartenance à  ce régime honni et avait décidé de coudre sur chacun de ses vêtements le triangle vert des prisonniers politiques dans les camp...Sa mutation était en réalité une arrestation mais, à l'image de ces gradés anglais qui avaient pris la tangente, il se volatilisa, allant poursuivre ailleurs dans cette Allemagne coupée en deux, son étrange destinée...
    Et je dois dire qu'au bout d'un certain temps, puisqu'on me permettait d'échapper à Bonn, j'allais poursuivre la mienne...


    glegat le 08 avril 2020
    franceflamboyant  Envers et contre tous ce monsieur Gottfried ! Ainsi le passé reverdit grâce à ton histoire . Bravo.





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