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    solenebabelio le 05 août 2020
    Pour le défi d’écriture du mois d’août 2020, nous vous proposons d’imaginer un récit se terminant sur une chute... Littérale ou littéraire, qu’importe sa forme : la notion de chute doit néanmoins évoquer un certain bouleversement !



    Comme d’habitude, la taille et la forme de votre contribution est libre et vous avez jusqu'au 31 août minuit pour nous soumettre votre texte en répondant ci-dessous. Le gagnant remportera un livre. À vos plumes ! 

    (Ce sera ma dernière participation à ces défis d'écriture, bonne continuation et bonne chance à tous ! Ravie d'avoir découvert vos très belles plumes au cours de ces quelques mois :))
    glegat le 05 août 2020
    Ce mois-ci le thème est très ouvert et je vais sans doute proposer plusieurs textes basées sur l'interprétation suivante :
    CHUTE : En littérature, le mot désigne l'effet de surprise ménagé par l'auteur à la fin d'un texte, qui éclaire son sens, peut conduire à le réinterpréter.

    Une prison modèle

    Chaque prisonnier dispose d’une petite maison individuelle. Les habitations sont alignées par groupes de dix et accolées les unes aux autres. Elles sont toutes conçues selon un plan identique. Certains détenus vivent en couple et les animaux de compagnie sont même autorisés. Le confort est spartiate, mais acceptable : il y a la télévision, une douche, une cuisine et une chambre située à l’écart de la pièce à vivre. Un petit jardin s’étale devant chaque logement, il est clos par un grillage métallique qui délimite l’espace vital.

     La télévision est le moyen de distraction privilégié des prisonniers, mais de nombreuses autres activités de loisirs sont proposées par les administrateurs : jardinage, sport, tricot, informatique… Les sorties sont permises, c’est l’occasion de faire quelques achats sur le marché local. Les reclus y déambulent, la mine triste et renfrognée, mais on peut déceler parfois dans leur regard la satisfaction de disposer d’une relative liberté.

     Le travail n’est pas obligatoire, mais ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas avoir d’activité se voient privés de certains avantages matériels. Ils ont le niveau de vie le plus faible.

     Parfois, à cause de la promiscuité, les nerfs lâchent et les détenus s’invectivent, des rixes surviennent, mais le service d’ordre intervient rapidement et la vie reprend son cours comme avant.

     Somme toute, la vie se déroule tristement, mais dans une sorte de cocon protecteur qui laisse à chacun l’espoir d’un avenir meilleur.

     Oui, cela pourrait ressembler à une prison modèle, mais pour s’en convaincre il faudrait faire abstraction de ce panneau planté à l’entrée de la cité :

    « Appartements à louer : S’adresser à la mairie, au bureau du logement social. »

    Fin
    glegat le 05 août 2020

    La grande évasion

    Par la lucarne d’où filtraient quelques rayons du jour, Edmond observait longuement les nuages. Parfois, il assistait au vol hésitant d’oiseaux égarés. Ce morne spectacle n’était pas de nature à dissiper sa mélancolie. Il vivait là, comme un ermite. Son physique lui en donnait toutes les apparences ; le visage émacié de l’ascète, la barbe fournie, une longue chevelure embroussaillée. Sa tenue n’était pas moins austère ; il portait invariablement un pantalon noir et une chemise blanche au col largement ouvert. Ses méditations le ramenaient sans cesse à son grand projet. Depuis des années, il songeait à cette évasion, jusqu’à présent, il n’avait pas trouvé la faille du système qui le retenait prisonnier.

     Mais surtout, la peur l’empêchait d’agir. La peur de l’inconnu, la peur de ne pas savoir profiter de la liberté. Il avait toujours vécu cloîtré dans un univers borné, étouffant, stérile ; entravé, exploité comme une bête de somme et traité avec mépris. Son quotidien le livrait à la soumission et aux compromis. Il ne pouvait plus se plier aux règlements de toutes sortes, obéir aux ordres, subir les brimades des gardes-chiourmes. Non, tout cela lui était devenu insupportable. Il ne méritait pas une telle condamnation. Il voulait jouir pleinement des années qui lui restaient à vivre, le moment était venu de rompre ses chaînes.

     En secret, il commença à noter les idées qui lui venaient. Il passa en revue toutes les solutions. Enfin, il imagina le plan d’évasion infaillible.

     Après des années à traverser les ténèbres, il pouvait graver sur le mur rocheux de sa geôle le mot libérateur : « EURÊKA » ! Edmond venait de trouver la direction dans laquelle il allait creuser son tunnel.

     Il prit une page blanche et commença à écrire avec fébrilité. Il se rendit compte, à cet instant, du pouvoir des mots, lorsqu’ils sont au service d’une volonté inébranlable.

     Une dizaine de lignes, tout au plus, résumaient sa pensée et constituaient la clé qui allait ouvrir la porte de son cachot. Il sentit un sang nouveau affluer dans ses veines.

     Il replia la feuille, la mit dans une enveloppe, puis il se leva et d’un pas décidé porta sa démission à monsieur de Villefort ; le directeur de l’usine où il travaillait depuis plus de trente ans.

    Fin
    Darkhorse le 06 août 2020
    Avec Edmond comme prénom, c'était sûr qu'il s'échapperait un jour !
    Pippolin le 06 août 2020
    Eh, eh, Darkhorse, on connait ses classiques ! ...

    Bons textes, glegat.  Ca commence sur les chapeaux de roue, tout ça ! Le début d'un festival de textes pour la dernière de solenebabelio  ?
    EVIbout le 06 août 2020
    9 ANS/ 5 MOIS/ 3 JOURS.

    Ne pleure pas me dis-je. Ne pleure pas, tout va bien aller, ce n’est rien. Reste forte.

     

    Une semaine auparavant je fêter mes 18 ans à Disneyland Paris avec mes copines. Défilés de princesses, magie a tous les coins de rues, manèges, féeries, rigolades, shopping. Ces quelques jours hors du temps furent merveilleux. On a tellement rit. Tels des enfants retrouvant la sensation et la conviction que tout était possible.

    Nous sommes rentrés le mercredi 2 mars, jour de l’anniversaire de maman. Je lui avais trouvé un magnifique collier en argent dans une boutique chic de Disneyland. J’avais hâte de le lui remettre. Ces derniers temps, avec mes nombreux soucis,  maman n’était plus trop en forme, un peu stressée. Mais j’avais énormément de choses à lui raconter avec encore des étoiles pleins les yeux alors les soucis ont vite laissé place aux sourires, aux photos et vidéos, aux souvenirs, à la joie.

    Toute la journée nous l’avons fêté… cette petite maman. Toujours là pour nous, dans les pires et les meilleurs moments. Une vraie bonne maman.

    Le lendemain, seule avec maman nous sommes allées voir tonton Jeannot et tatie Denise, nous avions un rendez-vous à ne pas manquer pas très loin de chez eux, alors nous avions décidés, par simplicité de manger en leur compagnie. Famille alsacienne oblige, bonne bouffe sur la table, accent, bonne humeur et rigolage. Le repas arriva à sa fin. « Bise, au revoir, rentrez bien. »

    Il restait encore un peu de temps avant ce fameux rendez-vous alors direction les courses. Une vieille femme m’a interrompu dans l’allée « fruits et légumes » dans le seul but de me complimenter. Elle était gentille, tactile, un peu trop mais aimable. Selon elle, mes yeux étaient les plus beaux sur terre. J’ai toujours quelques doutes en réserve. Mais il est vrai, sans vouloir passer pour une personne narcissique, que mes yeux sont plutôt canons. Un bleu/gris/vert étrange.

    Puis, nous nous sommes installées dans la salle d’attente du médecin. Le sourire jusqu’aux oreilles. J’avais passé d’excellentes vacances et une merveilleuse journée. Rien ne pouvait gâcher ça.

    -          Madame B.. ? appela le docteur. Bonjour, je vous laisse vous installer dans mon bureau.

    -          Bonjour docteur, merci. Répondis-je en chœur avec maman.

    Son bureau était gai, bien décoré, sur les étagères des souvenirs de voyages, une photo de son bateau, un très beau voilier. C’est que ça gagne bien sa vie un docteur.

    -          Alors Mademoiselle Bouteille, laissez-moi le temps de reprendre votre dossier. Ah oui c’est bien cela. Le médecin fit une pause, nous regarda, j’avais le sourire aux lèvres comme à mon habitude. Cependant je voyais bien que quelque chose n’allait pas. Il croisa ses mains sur mon dossier médical et reprit. Cette demoiselle va avoir quelques soucis. Il y a une tumeur.

    Autour de moi tout est devenue blanc, comme dans un coton, je n’entendais plus qu’un bruit sourd, les mots cancer, opération, chirurgie me mettaient davantage KO. Je cherchais les photos sur les étagères, j’essayais de trouver un point, quelque chose à quoi m’accrocher pour ne pas sombrer. Mes mains moites se dandinaient sur mes cuisses, je n’étais plus à l’aise sur ma chaise, jusqu’au moment où ma mère les prirent dans les siennes pour les serrer. Les serrer fort.

     Mes yeux se posèrent dessus, tout autour de moi devenait humide. La chute.
    glegat le 06 août 2020
    Mes yeux se posèrent dessus, tout autour de moi devenait humide. La chute.


    EVIbout  Pourquoi terminer ce récit par "La chute", l'histoire tient très bien sans cela.
    EVIbout le 06 août 2020
    glegat   la chute dans le sens, tombé au fond du trou, se faire submerger par la négativité, la peur, la douleur. se laisser tomber, se perdre.
    glegat le 06 août 2020
    EVIbout a dit :

    glegat   la chute dans le sens, tombé au fond du trou, se faire submerger par la négativité, la peur, la douleur. se laisser tomber, se perdre.


    Ok !
    Silver43 le 06 août 2020
    Sous le soleil d'une terre sans nom  naît un charmant petit monstre.

    Au seuil de sa vie,  l'être sort tranquillement de sa coquille.

    Il pointe son museau, renifle, scrute, s'étonne, palpe, goûte et s'étire avec bonheur sur les plaines verdoyantes.L'herbe ondule et sa douce caresse le pousse à explorer l'horizon.

    Heureux, il découvre des merveilles: la rosée scintillante du matin, le parfum de fleurs enchanteresses et mille et une saveurs du monde.

    Il se dresse sur deux pattes et son regard porte beaucoup plus loin.Petit, vert et  bedonnant, il avance vers une lointaine forêt.Au delà se dressent les montagnes, fières et imposantes.

    Coûte que coûte, il veut les atteindre et commence alors un long périple.

    Arrivé sous la canopée, il se fraye un chemin par dessus les racines, s'égratigne et tombe maladroitement dans les zones humides.Il devient verdâtre, marron par endroit.Il grogne, souffle mais progresse et atteint enfin l'orée des bois puis le pied des sommets.

    La montée l'épuise.Il a grossi.Son corps est à présent énorme et boursouflé.Sa tête s'est enfoncée dans son corps et il est à présent informe et sombre.Il se heurte aux rochers puis décide de manger les obstacles en bavant abondamment.

    Arrivé au sommet, il porte son regard sur le paysage qui l'entoure et ne voit que tristesse et désolation.

    Alors, rompu de fatigue, le monstre s'affaisse et chute lourdement.
    Il roule jusqu'au bas de la montagne, si loin qu'il  perd une partie de sa chair et en oublie sa peine.

    Le voilà petit de nouveau, et vaillant: il est prêt à repartir.
    Darkhorse le 07 août 2020
    Pippolin a dit :

    Eh, eh, Darkhorse, on connait ses classiques ! ...




    Seulement quelques unes de ses nombreuses adaptations . Mais je lirai ce classique un jour !
    Angelivre le 07 août 2020
    La viande était un peu trop cuite. Loin d’être brûlée. Juste trop cuite pour celui qui la préférait saignante. Son silence était éloquent. Chaque mouvement de la main pour couper son steak à l’aide d’un couteau à la lame affûtée la faisait frémir. 

    Elle mâchait avec difficulté la bouchée de pâtes. Cette dernière lui paraissait étouffante. Un nœud s’était formé dans sa gorge à tel point qu’elle redoutait le moment où elle devrait déglutir. En même temps, ne serait-il pas préférable que sa bouche soit vide au moment où il abattrait son courroux ? Elle avala. En silence. 

    Il posa sa fourchette et saisit son verre de vin. Pas le premier ni le deuxième. La deuxième bouteille était presque finie tandis qu’elle n’y avait pas touché. Il reprit la découpe de sa viande. Le morceau ne se détacha pas. Le couteau butait sur un nerf ou un os. Elle n’osa pas bouger. Le fracas du manche du couteau ébrécha le bord de l’assiette. Elle sursauta, ferma les yeux, les rouvrit et fixa sa propre assiette.

    « Regarde ce que j’ai fait à cause de toi ! Cette viande est dégueulasse ! Ta cuisine est dégueulasse ! Ce n’est pourtant pas si difficile de cuire un steak, non ? » Il frappa la table du plat de la main. « Réponds-moi quand je te pose une question. Espèce d’incapable ! Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter pareille cruche ? Je ne te demande pas de préparer un coq au vin. Et je t’ai déjà dit cent fois que je voulais que tu te changes avant de passer à table. Pourquoi portes-tu encore ta blouse ? J’ai l’impression que tu as rapporté cette infecte odeur d’hôpital avec toi ! Tu ne ressembles à rien. Regarde tes cheveux… quel homme voudrait de toi ? Sincèrement, tu devrais t’estimer heureuse que je t’aie épousée ! Mais tu vas me répondre, bon sang ! »

    Elle leva les yeux de son assiette quasi intacte. Son visage était éteint. Même la peur ne s’y accrochait plus. Cette vision renforça sa colère. Il aimait quand elle le craignait. Cette absence de réaction renforça sa colère. D’un geste, il balaya la table du bras. Vaisselle et couvert heurtèrent le sol. L’assiette éclata, tandis que le verre explosa en une quantité de petits morceaux.

    « Ramasse, maintenant ! »

    Repoussant sa chaise, elle se leva. La petite pelle et la balayette se trouvaient sous l’évier. Elle veilla à ne pas écraser de morceaux de verre, les rassemblant un tas. Elle saisit les plus gros morceaux — ceux de l’assiette — en veillant à ne pas se couper. Les coupures infligeaient par la faïence étaient souvent plus douloureuse que celles portées par le verre.

    Il venait de se lever, se tenait à côté de son œuvre. Quand elle se releva, un morceau d’assiette s’échappa de la pelle pour se briser à ses pieds.

    « Idiote ! Salope ! hurla-t-il. Que cherches-tu ? Tu veux me blesser par-dessus le marché !

    — Non… excuse-moi…

    — T’excuser ? T’excuser ! C’est la meilleure… espèce de bonne à rien. »

    Il saisit son poignet et le tordit jusqu’à ce qu’elle lâche tout. Elle se contorsionna pour échapper à sa torture ce qui l’incita à raffermir sa prise. Les larmes commencèrent à affluer, compagne immuable de son supplice. Elle aurait voulu les retenir, mais en vain. Sa vue se brouilla quand elle reçut le premier coup. Le revers de sa main, celle avec la chevalière de son père, s’abattit sur son visage. Elle sut que son arcade sourcilière venait de se fendre. Le sang ne tarderait pas à couler le long de sa joue. Elle ne fit aucun mouvement pour plaquer sa main libre sur la plaie. Ce geste pour contenir la douleur aurait attisé sa fureur. Cependant, il arrivait que son manque de réaction le pousse à redoubler de violence. Ce fut ce qui se produisit.

    Les coups pleuvaient. Elle parvint à s’écarter. Il la rattrapa et la projeta contre le réfrigérateur. Quand elle comprit qu’il allait encore la frapper au visage, elle plaça ses bras en bouclier. Cette mince protection ne l’arrêta pas. Ses jambes ne la portaient plus. Elle s’affaissa. Alors, les coups de poing firent place aux coups de pied. Son corps ne résisterait plus très longtemps. Son esprit se replia sur lui-même, rétrécissant chaque fois un peu plus. Il serait bientôt délivré de cette enveloppe meurtrie. La douleur n’existait plus. Elle n’était plus qu’une notion abstraite, un souvenir, une sensation passée. Recroquevillée, elle ferma les yeux. Il n’y avait plus rien à voir. Seul un souvenir l’habitait.
    glegat le 07 août 2020
    Angelivre  Récit très poignant dans une atmosphère zolienne.
    Angelivre le 07 août 2020
    glegat a dit :

    Angelivre  Récit très poignant dans une atmosphère zolienne.


    Merci beaucoup pour le compliment !
    Lisa4161 le 07 août 2020
    La chute à douze pieds

    Plongeon dans le vide, un filin retient ton corps,
    Chute libre dans l’infini de tes douleurs.
    Pupilles grand'ouvertes, grisé, tu ignores
    Les feintes muettes de la mort qui t’effleure.

    Bras et jambes écartelés, entre pleurs et rire,
    Tu te laisses planer, tes peurs sont millénaires.
    Effrangeant tes rêves, défilant tes désirs,
    La bobine de vie se dévide dans l’air.

    Ta rage flotte au vent, tu es l’homme étendard
    Qui hurle sa rage, libère ses délires.
    A court de souffle, bientôt la raison s’égare,
    Lassé, tu coupes le cordon des souvenirs.

    Magma de haine, le cœur évidé, minéral,
    Tu éructes ta colère, craches ton fiel.
    Au bout, ton crâne heurte la pierre fatale,
    Et en vain le fil de la vie te rappelle.
    Evysev le 07 août 2020
    Bonjour à tous, ma première participation , j'espère que vous serez indulgents, c'est la première fois que j'écris une nouvelle. Voici mon texte :

     Amanda  avait commencé sa journée comme à son habitude. Une douche, un petit déjeuner sur la terrasse de l'hôtel puis une visite de la ville d'étape pour l'arrivée. Flâner, découvrir des musées, des lieux insolites comme de nouveaux petits trésors chaque jour.
    Depuis dix ans qu'elle partageait la vie de Mark, chaque mois de juillet, les mêmes rituels reprenaient. De nombreux kilomètres parcourus, des villes nouvelles chaque jour, des découvertes et des rencontres , comme une pochette surprise à ouvrir chaque matin. Elle vivait la plupart de ces moments en solitaire. Parfois des amis ou de la famille venaient la rejoindre pour une étape ou deux. Mais elle aimait la solitude de sa chambre d'hôtel et ces journées sur les routes pour seulement quelques secondes volées avec son mari chaque soir à l'arrivée de l'étape. Elle aimait aussi l'atmosphère des jours de repos où elle avait le loisir de passer un peu de temps avec Mark, généralement dans un joli hôtel au bord de la piscine après la cohue journalistique de la traditionnelle conférence de presse.
    Elle avait rencontré Mark lors d'un réveillon du nouvel an à Londres chez des amis. Il semblait venir d'un autre monde, ce grand jeune homme qui ne touchait ni à son repas ni aux coupes de champagne qui avaient été remplies après les traditionnels douze coups de minuit. Il l'avait tout de suite intriguée et c'est elle qui avait fait le premier pas. Elle était immédiatement tombée sous son chambre, avec sa candeur et sa maladresse auprès d'elle alors qu'il s'illuminait de mille feux et qu'il devenait passionné quand il parlait de sa passion, le cyclisme.
    Ils ne s'étaient plus quittés après ce soir là : elle l'étudiante en génétique médicale, terre à terre, carrée et rigoureuse et lui le sportif de haut niveau en devenir, timide dans la vie de tous les jours mais fantasque et même fantaisiste lorsqu'il était sur sa machine.
    Mark avait commencé le cyclisme dans l'ombre de son père , dès l'âge de cinq ans sur les routes cabossées de la petite ville reculée d'Australie dont il était originaire. Sur les chemins poussiéreux de l'outback, il s'était juré qu'il gagnerait un jour la plus belle course du monde : "Le Tour de France".
    Ce jour-là, il présentait déjà quatre victoires sur la grande boucle au compteur. Cela n'avait pas été un chemin facile, loin de là. Il avait sacrifié de précieux moments, des petits plaisirs de la vie, des réunions de famille, il s'était battu chaque jour, avait essuyé des revers ainsi que des conditions climatiques extrêmes. Il avait souffert un peu plus chaque jour sur son vélo pour ne faire qu'un avec lui et pouvoir décrocher sa lune.
    Ces journées là, Amanda les passait dans un milieu clos, aseptisé à rechercher des solutions à différentes maladies d'origine génétique. Elle était autant passionnée que son mari mais pas par les mêmes mots  : lui rêvait de Cauberg,d'Aremberg,de Mont Ventoux ou d'Alpe d'Huez pendant qu'elle pensait mucoviscidose, trisomie ou hémophilie. Ils étaient tous deux des bosseurs sans relâche mais les trois semaines de juillet étaient sacrées pour l'u comme pour l'autre. L'un réalisait son rêve pendant que l'autre savourait trois semaines de repos mérité sur la plus grande course cycliste au monde.
    Amanda appréciait particulièrement la jovialité, l'ambiance festive, ce monde qui au quotidien lui était si différent, de même que le visage de son mari dur et tactique pendant la course, lumineux et enjoué au contact de ses supporters.Lui l'homme timide et réservé à ses côtés devenait extraverti et même extravagant au contact des caméras de télévision. Elle ne l’aimait et ne l'admirait que d'autant plus.
    Chaque jour elle attendait fébrilement de le voir franchir la ligne, derrière la barrière face à l'écran géant, son accréditation en bandoulière, elle savourait ces instants hors du temps.
    Aujourd'hui c'est la plus importante étape des Pyrénées et elle savoure déjà la possibilité de le voir passer la ligne en tête pour qu'elle puisse ensuite lui glisser la bonne nouvelle à l'oreille : ses résultats sont revenus, elle attend leur premier enfant. Un cadeau encore plus grand et fort que le maillot jaune qu'il porte déjà sur les épaules.
    Mais la vie a ses détours et rien ne se passerait comme prévu. La pluie s'est installée sur les routes d'Ariège, la chaussée est glissante et même huileuse après deux jours de canicule. Au milieu de la descente du Col de Port, un virage en épingle à cheveux, un compagnon d'échappée dont la roue arrière dérape, pas le réflexe ou pas le temps de freiner, le maillot jaune fait un tout droit et bascule derrière le parapet emportant avec lui  au passage la promesse d'une journée magique.
    Amanda fixe l'écran géant, hébétée, sans arriver à comprendre ce qu'il se passe. Elle revoit comme dans un ralenti la roue arrière du vélo de son mari tourner dans le vide avant de sombrer et de disparaître avec son propriétaire. Elle aura juste le temps d'entendre les commentaires du présentateur avant de s'évanouir : " Quelle images terribles Laurent, nous ne trouvons plus les mots, nous sommes déboussolés, nous venons de perdre le maillot jaune sur chute".
    Fin


    glegat le 07 août 2020
    Evysev   La chute est bien amenée (même si elle était prévisible),  pas mal du tout pour un premier pas dans l'écriture de nouvelle.
    JML38 le 07 août 2020
    Petite histoire de maçonnerie

    Monsieur Grenier, le professeur de français de la classe de quatrième du collège que je fréquentais, nous avait, comme chaque semaine, imposé un thème pour écrire une courte rédaction.

    C’était une de ses idées de devoir. En remplacement de la traditionnelle corvée que représente généralement cet exercice d’écriture pour des enfants bien en peine de trouver de quoi pondre deux ou trois pages, il nous demandait de traiter un sujet dans un format raccourci, pour en retirer ce qu’il appelait « la substantifique moelle ». J’aimais bien cette expression qui me faisait saliver, mon cerveau conditionné lui associant immédiatement la saveur du gratin de cardons à la moelle de ma mère, plat typique de la région ô combien délicieux.

    Pour en revenir à ce cher Monsieur Grenier, ce qu’il souhaitait développer chez ses élèves n’était pas la simple aptitude à rédiger, mais plutôt la capacité d’exprimer de façon claire et précise des idées, des impressions, des opinions.
    Le sujet du jour en était la parfaite illustration. « Racontez un événement marquant de la journée ». Le choix était libre sur la nature et l’importance dudit événement. Il pouvait être mondial, national, local, familial. Qu’importe, ce qui devait impérativement ressortir du récit, c’était les raisons qui le rendaient marquant.

    Je dois préciser que ce professeur, spécialiste de français, latin, histoire et géographie, était un personnage comme on en trouve peu dans l’enseignement. Un original qui n’hésitait pas à s’éloigner de son cours pour répondre aux questions que nous ne manquions pas de lui poser, comme un petit jeu que nous pensions à notre avantage, mais qui au final lui permettait d’enrichir notre vocabulaire de mots à rechercher dans le dictionnaire.

    Je ne pouvais pas chercher d’aide auprès d’une petite sœur dont le seul intérêt à cette heure était de suivre les péripéties d’un Albator ou d’un Astro à la télé, ni compter sur un grand frère enfermé dans sa chambre, dont les disques nous berçaient au rythme de Texas ou de Jeanne Mas. Ma mère était plus accessible, mais après sa journée à la mairie du village où elle était employée, je ne voulais pas la perturber dans la préparation du repas qu’elle mettait un point d’honneur à tenir prêt pour un mari, maçon de profession, qui allait rentrer tard et bien fatigué de son chantier du moment.

    Je n’avais rien trouvé dans le journal qui fasse tilt au point de me dire que je tenais mon sujet, et le temps s’écoulait inexorablement pour moi, planté devant ma page blanche.
    Le son bien connu d’un klaxon multi-tons me sortit de ma léthargie, signifiant que papa avait invité son copain Jacques, propriétaire d’une Renault 16 TX qui faisait sa fierté, à prendre l’apéro.

    J’écoutais d’une oreille distraite la conversation entre les deux maçons et ma mère qui, curieusement, semblait pour une fois particulièrement intéressée. Mon attention fut pourtant rapidement attirée par la voix excitée de Jacques, qui narrait ce qui semblait être une aventure arrivée au boulot. Intrigué, j’appris que ce brave Jacques avait échappé par miracle à un grave accident, l’ouvrage en béton sur lequel il s’activait depuis le début de la matinée s’étant entièrement effondré au moment où il prenait une pause rafraîchissante. S’il n’avait pas été en train de se désaltérer, il aurait été écrasé comme une crêpe.
    Grâce aux détails que je ne manquai pas de soutirer à Jacques ainsi qu’à mon père, je sus que je tenais mon histoire.

    Après avoir raccompagné son copain jusqu’à sa voiture, mon père fit remarquer à maman.
    - Quel frimeur ce Berlain, il a même un chien qui remue la tête sur la plage arrière.
    - Oui, en tout cas il a vraiment eu chaud aujourd’hui

    La tranquillité étant revenue à la maison, je n’avais plus qu’à m’y mettre, à cette rédaction.
    D’abord mon nom : Michel Martin.
    Puis la date du jour : 9 novembre 1989.
    Et vaillamment, je me lançai de ma plus belle plume.
    « L’événement le plus marquant de la journée fut, incontestablement », j’aimais bien les adverbes dans les phrases, cela faisait sérieux et cultivé.
    « L’événement le plus marquant de la journée fut, incontestablement, la chute du mur de Berlain ».

    Il ne me restait plus qu’à relater au mieux cet événement, qui n’allait évidemment pas changer le cours de l’histoire, ni même faire une ligne dans un journal.
    glegat le 07 août 2020
    JML38  La touffeur ambiante de cet été caniculaire et la nature de l'anecdote me font penser à  Pagnol, voilà qui résume mon impression sur le fond, la forme est plus contemporaine mais bien dans le ton.
    mfrance le 07 août 2020
    Bravo à Michel Martin d'avoir su devancer les télévisions du monde entier en annonçant le premier cet événement historique et merci pour ce clin d'oeil humoristique !





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