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Critique de andman


andman
  09 mars 2014
La dictature militaire a sévi dans la quasi-totalité des pays sud-américains durant la seconde moitié du XXe siècle.
Coopérèrent à un terrorisme d'Etat à grande échelle : Banzer Suárez en Bolivie, Bordaberry en Uruguay, Pinochet au Chili, Stroessner au Paraguay, Videla en Argentine (liste non exhaustive).
Une entente secrète entre ces tyrans visant à éliminer les opposants, appelée opération Condor, a maintenu pendant des décennies l'Amérique du Sud toute entière sous un régime de terreur.
La principale puissance nord-américaine, préoccupée à déplacer ses pièces sur l'échiquier de la Guerre Froide, s'est longtemps accommodée de ces régimes sanguinaires qui abhorraient les idéaux communistes.

D'amour et d'ombre”, publié par Isabel Allende en 1984, se déroule dans l'un de ces pays où l'arbitraire fait loi. Laissant à dessein planer le doute sur l'identité du pays où se déroule le roman, l'auteure chilienne met en lumière le drame de tout un continent.
Comment ne pas penser à ces femmes, le visage encadré par l'emblématique foulard blanc portant l'inscription "apparition en vie des disparus", qui chaque jeudi défilaient dans le centre de Buenos Aires, les portraits de leurs proches suspendus autour du cou ? Ces Mères de la place de Mai ont eu l'audace, en 1977, de se mobiliser devant la Casa Rosada, le Palais présidentiel occupé alors par les militaires, au plus fort de la répression. Elles sont devenues aux yeux du monde le symbole de la résistance à l'oppression des peuples.
Dans tous ces pays, des femmes et des hommes ont refusé le joug de la dictature, souvent au péril de leur vie. La journaliste Irène Alcántara de Beltrán et le photographe Francisco Leal, les personnages principaux “D'amour et d'ombre”, sont dans le sillage de ces êtres d'exception.

Alors qu'ils recherchent une adolescente enlevée en pleine nuit par des militaires, Irène et Francisco découvrent un charnier humain dans une mine désaffectée. Ils réalisent immédiatement qu'ils ont entre les mains la preuve des atrocités de la junte au pouvoir et que leur vie à tous les deux est à un tournant.
Ces jeunes gens ne sont pas issus du même milieu social mais partagent une même conception de la liberté et de la justice. Conscients des risques encourus, ils choisissent néanmoins de divulguer les horribles clichés par le truchement d'une sommité ecclésiastique de confiance.
La passion fusionnelle qui au fil des chapitres grandit entre la belle Irène et le dévoué Francisco triomphera-t-elle d'une adversité sans cesse à leurs trousses ?

L'écriture d'Isabel Allende est toute en fluidité et la noirceur de l'intrigue est quelque peu atténuée par les touches d'humour glissées ici et là.
Les antécédents familiaux d'Irène et de Francisco, longuement décrits, permettent au lecteur de cerner au plus près les traits de caractère de la bourgeoise rebelle et du prolétaire psychologue.
De nombreux personnages secondaires gravitent autour des deux héros et apportent de la densité à leur histoire, émouvante de bout en bout.

D'amour et d'ombre” est le témoignage poignant d'une chilienne marquée dans sa jeunesse par l'histoire bien sombre de son pays, période aussi noire que les lunettes de ce sinistre général paradant au milieu de ses troupes.
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