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Critique de Sachenka


« Ainsi, le vieil Antonio Ortiz, le sacré bougre, le bouc génial, étonna encore une fois le monde ! » Ces mots, qui ouvrent le roman Sautant sur les montagnes, donnent le ton. À Paris, en 1960, un peintre mondialement connu a retrouvé l'inspiration. On le croyait fini et le voilà qui revient à nouveau. Et sa jolie (et jeune !) maîtresse n'est pas étrangère à ce regain. Ces impressions sur le génie des pinceaux, c'est à travers le regard des autres qu'on les découvre. En effet, dans la première moitié du roman, la colonie artistique se prépare à aller à son vernissage à la galerie Barba. Il y a bien son agent André Gageot puis le jeune Giulio Barba, le petit-fils du propriétaire de la galerie, lequel était un ami d'Otriz. Alain Piot, un jeune artiste qui aimerait bien prendre la place « […] je le hais, je suis incapable d'aucun autre sentiment que la haine à son égard, je le hais et peut-être que cela me soulagerait si je pouvais le lui jeter à la face. » (p. 27) Suivent Pierre Laurens, historien de l'art, Jean Clouard, cinéaste, la duchesse d'Uzerche, présente à toutes les mondanités, même William White, le dramaturge américian de passage dans la capitale française. Et bien d'autres encore, prêts à sauter sur toutes les occasions qui se présentront.

Sautant sur les montagnes, c'est un roman foisonnant. Considéré du point de vue d'Ortiz, c'est axé sur les doutes liés au travail de créateur, au travail d'artiste. La peur de n'avoir plus l'inspiration, ses rêves, ses espoirs, ses tiraillements. Sur les muses, aussi. Il est fort probable que Jerzy Andrzejewski les partageait-il, même si lui se consacrait à l'écriture. Toutefois, considéré du point de vue de tous les autres personnages, c'est essentiellement une critique acerbe mais assez juste sur le monde de l'art, sur la place qu'il occupe dans la vie de beaucoup de gens mais surtout sur celle que l'argent accapare. Certains n'y voient qu'un gagne-pain (quand ce n'est pas l'art lui-même, c'est tout ce qui y est rattaché : du critique qui espère que les lecteurs achèteront le journal le lendemain à l'acteur qui espère croiser le réalisateur qui l'embauchera dans son prochain film), d'autres une monnaie d'échange, une façon de démontrer leur libéralité, d'étaler leur culture. Même quand il est évident qu'elle n'est pas là.

Pendant toute cette journée importante, la narration se promène de personnage en personnage, évoluant selon l'individu sur lequel elle s'attardait à faire connaître la pensée. Entrer ainsi dans leur tête, entendre ce que tous pensent les uns des autres, joussif ! Chapeau à l'auteur qui a réussi à trouver une voix, un vocabulaire et un niveau de langue à chacun. Dans certains cas, je lui trouvais un rythme très proche de celui de l'oral. Je me demande si, à sa parution au début des années 1960, quelques personnalités se sont reconnues dans des personnages. Et, puisque l'auteur n'y va pas de main morte, plusieurs ont dû grincer des dents devant ce portrait peu flatteur.

Aussi, Andrzejewski ne pouvait écrire sur le monde des arts sans disséminer un peu de sa culture. En effet, même si l'occasion est un vernissage, ceux qui y participent sont des artistes au sens large, ou des gens qui gravitent dans l'univers des arts. Tout s'entremêle. C'est l'occasion de glisser un mot sur Martin Eden, de Jack London, sur le mythe de l'éternel retour, de Mircea Eliade, sur les films de Visconti, sur Marlon Brando et Ingrid Bergman, etc. Baigner dans un pareil univers doit être enivrant mais un travail de tous les instants. Gardons le sourire !
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