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Critique de Horizon_du_plomb


Horizon_du_plomb
  19 octobre 2019
« Je l'ai laissé comme cela, résolu dés le début, parfait à la surface, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser au tragique désordre des faces cachées dans ses profondeurs, au noeud d'entrailles qui se trouve au centre, que personne ne voit jamais » (parlant du Rubik's cube)

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc pour ce très beau cadeau, d'autant plus que vu la brique que c'est (800 pages écrites en assez condensé), je ne suis pas sûr que je l'aurais lu directement (comme je n'ai toujours pas lu Jérusalem par exemple) donc la MC a été un incitatif très intéressant pour dévoiler la lumière qui se cachait derrière la brique. Par conséquent, double merci comme un sourire lâché aux étoiles.

«  J'attendais que le drap retombe sur moi, lentement, qu'il prenne la forme de mon petit corps, sans se mouler sur chaque détail mais en dessinant des plis compliqués, grands et petits. »

« Mais comme la substance de leur corps est semblable à celle notre corps, la substance de notre pensée est similaire à celle des créatures qui ne sont que pensée. Pour parvenir à les connaître, il faut une pensée d'une autre nature et située sur un autre degré, la pensée d'un corps de pensée que nous ne pouvons concevoir pas plus que le sarcopte ne peut ni ne pourra jamais concevoir notre pensée. »

Lire comme on allume une bougie dans la nuit. Des nervures en couverture, citadelles de nerfs aux couleurs qui sortent de la page. Prenez garde, si vous vous penchez suffisamment sur ce livre, vous vous apercevrez peut-être que c'est lui qui vous regarde. C'est un livre qui décide de s'attaquer à la carie du monde sans la plomber comme le fait le savant, le peureux, le romancier, mais en la laissant béante, ouverte aux papilles de la conscience. Ces grattements d'écriture sur le mur aveugle, vierge de toutes visions, comme on creuse, comme on dort. Ce livre, c'est un homme qui se travestit et accouche de sa peur, qui revendique la paternité de ses sens avec pour seul instrument de travail la limite. Encore un livre qui se croit Bucarest-Babel, cet ancien monde de géants, mais la force de ces livres, c'est que chaque phrase, chaque paragraphe peut être un trésor en soi, étincelles d'un feu de joie.

« Il m'a si souvent semblé, durant ces instants que je n'aurais jamais imaginé pouvoir vivre, que je m'évadais enfin, que toutes les dimensions éclataient d'un seul coup dans une soudaine libération de moi-même. »

Si le début est spirituel, souvent plein de second degré, d'allégories, la suite rendra la gravité sensible, celle qui nait des dimensions-pages multiples croisées aux spirales-solénoïdes des cahiers. Les mots qui sont des sauts de poissons dans l'air si fin de pensées. Parfois, l'air est tellement condensé, tempête, qu'il emporte au loin. Le poisson se prend pour un ange. Pourtant, le poisson replonge toujours car les mots ont aussi leurs chaînes, leurs poids.

« S'il n'y avait eu les rêves, nous n'aurions jamais su que nous avons une âme. le monde réel, concret, tangible aurait été tout ce qui est, seul rêve à nous permis, et parce que seul, incapable de se reconnaître en tant que rêve. Nous doutons de lui parce que nous rêvons. »

Ces rêves figés dans l'ambre, je les ai partagés dans ma vie donc ils ne m'ont pas parus évanescents.

« Moi même, une goutte de graisse grésillant sur le poêle, tentant de te connaître. (…) Mes rides, qu'est-ce qui va les décrire ? »

« Comprendrai-je un jour, du fond de ma solitude, cet appareil d'un autre monde qu'est ma vie ? »

La vie est une école, sans fin autre que celle de l'enseignant qui se sait au final imposteur. Je l'ai aimé moi ce grand gamin qui ne fait que lire mais reste saisi par le ciel sans fin. J'imagine un écrivain qui se réveille, lève les yeux de son écran, et voit des centaines, des milliers de personnes qui l'observent en silence, toutes plus différentes les unes que les autres. Rapidement, elles s'estompent toutes selon un ordre cryptique, laissant l'écrivain à nouveau seul, en proie à ses doutes. Ce manuscrit, cerveau en bocal, n'a besoin d'aucune étiquette-prix pour se conserver au temps. Essence volatile provenue d'une solution dont l'immense envergure d'ailes balaie le réconfort de fin de lecture, ce moment du « j'ai lu » au son de mon souffle, ce frisson quand on sait que la clé est le fond de l'océan. Oui, le pouvoir de poser des mots sur l'univers n'est qu'une conviction maniaque, gargarisme du prisme logorithmique.

Les traducteurs ont rarement une voix mais Laure Hinckel nous partage un bout de son aventure ici : https://laurehinckel.com/
Merci à elle pour ce travail d'exception.

« car l'art est une foi. »

« La tache matérielle s'étendrait sur des surfaces inimaginables dans l'interstice presque nul à présent, entre les parois métaphysiques, elle ferait autant qu'une galaxie ou autant qu'un univers, mais elle resterait un accident insignifiant dans l'infinie crevasse. »

PS: La recherche de la séquence chiffrée page 666 du chapitre 42, moi je dis chapeau la mise en page de l'éditeur, à moins que tout ne soit déjà inscrit ;o)

PPS: Sans comparaison avec les spins si chers à l'IRM et son bourdonnement, on recherche toujours les monopôles magnétiques. Le fait qu'ils ne semblent pas exister provoque d'ailleurs une différence de symétrie dans les équations de Maxwell.
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