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Critique de Kirzy


Kirzy
  09 juillet 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #1 °°°

Le voilà, mon premier coup de coeur de la rentrée littéraire, de la trempe d'un Né d'aucune de femme de Franck Bouysse.

L'histoire d'une lignée de femmes ( la grand-mère et la petite-fille ) qui renoncent à leur vie pour une terre, celle de la ferme du Paradis, comme une malédiction. Quasiment une tragédie grecque, presque un conte intemporel sous forme d'un huis clos au Paradis. La tension gonfle, l'angoisse sourde monte. Il est difficile de savoir quelle forme le Mal prendra, mais on sent une sorte de fatalité implacable qui va le faire surgir.

Chaque chapitre porte le nom d'un verbe «  Faire mal », « protéger », « construire », «  surmonter », «  grandir » ... «  venger », « surgir », « mordre », «  vivre » ... ils remontent des tréfonds des âmes pour parler de liberté, de fatalité, de renoncements, de passions, de trahisons, de vengeance dans un mouvement organique d'une rare densité.

Il y a beaucoup de chair dans ces pages, celles des corps qui s'aiment, celles des êtres qui souffrent. Les personnages de Cécile Coulon sont remarquablement caractérisés, d'une terrible humanité, psychologiquement intenses. Leurs tourments et leurs excès s'entrechoquent :

- la vieille Emilienne, la matriarche qui tient ferme l'exploitation agricole, elle dont le corps était celui « d'une ogresse affamée, d'une rudesse et d'une solidité à toute épreuve, capable de douceur comme de violence, capable de caresse comme de gifle, et tous autour d'elle s'appuyaient sur ce corps pour rester debout »

- Blanche, « depuis la mort de ses parents, elle restait aux yeux des autres une enfant seule que l'absence avait frappée au moment des naïvetés normales et nécessaires. Ce chaos avait fait de Blanche une guerrière de cinq ans ». Elle qui lorsqu'elle aime, c'est à la vie à la mort, pour toujours, droite dans son amour. Une héroïne absolue.

- Louis, le commis d'Emilienne, qui aime passionnément Blanche alors que pour cette dernière, « il n'avait aucun charme, aucun pouvoir érotique, il occupait la place d'un animal domestique, intelligent et docile. »

- Alexandre, le premier amour de Blanche, qui rapidement comprit que «  ses parents redeviendraient vite des gens dont on ne retient pas le nom, des gens qu'on appelle ceux qui ont la petite maison oui mais laquelle, la troisième avec le pré derrière, mais le pré n'est pas à eux, c'est tout de même dommage », celui qui construit son ambition de s'extraire de ce milieu dès l'enfance.

- Gabriel, le frère de Blanche, hanté par la tristesse, «  aussi frêle dans sa peau que gigantesque dans son chagrin » avançant sur le bas côté dans l'ombre de sa soeur et de sa grand-mère.

Tous inoubliables. Cécile Coulon veut que le lecteur ressente des choses pour eux, soit habité par eux. Et cela fonctionne parfaitement car cette très jeune auteure ( 29 ans seulement ) déploie une virtuosité narrative rare avec une écriture qui m'a râpé la couenne au plus profond et a fait vibrer chacune de mes cellules. Je me suis délectée de ses mots si bien lâchés, entre poésie et rudesse, violence tapie et lyrisme. C'est exactement ce que je recherche lorsque je lis, de l'organique, du tellurique, du vital. On sent à quel point l'auteure doit aimer Steinbeck, Faulkner, Tennessee Williams.

Cécile Coulon a dit qu'avec ce roman elle voulait arrêter d'être l'auteur très sage qu'elle est depuis 12 ans. Elle y est parvenue tant ce roman est plus noir, plus violent, plus sexuel aussi que ces précédents romans.

Un roman empli d'un souffle puissant, profond, hypnotique, à l'empreinte singulière.

Disponible à partir du 21 août
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