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Critique de AMR


AMR
  21 juin 2019
Pour la deuxième fois, je remercie Pauline Deysson qui me confie, pour lecture et chronique, Vivre, le tome deux de son ambitieuse saga dont les différents livres seront regroupés sous le titre général La Bibliothèque… Encore une fois, je suis très agréablement surprise par ce beau pavé à la couverture douce et veloutée, déjà en lui-même un bel objet autoédité, qui va rejoindre le premier volet sur mes étagères.
De Grandir, le premier opus, j'avais gardé une impression de densité et de complexité. Je savais d'avance que ma lecture de Vivre ne serait pas forcément facile mais j'avais hâte de connaître la suite des aventures d'Émilie, l'apprentie bibliothécaire et de voir comment allait évoluer ce « technomonde » étrange où les derniers livres de l'humanité sont, en fait, des rêves.

Ici, Pauline Deysson a choisi de revisiter plusieurs genres littéraires et de proposer différents niveaux de lectures toujours plus élaborés les uns que les autres.
Dans son rêve, Émilie, un peu à la manière du conte de Philippe Chatel dont elle partage le prénom éponyme, va évoluer au cours d'un véritable parcours initiatique entre conte de fées et récit de voyage. Une jeune princesse orpheline doit choisir entre plusieurs prétendants potentiels et prétexte un long périple de découvertes pour prendre le temps de connaître les pays de ses soupirants avant de se décider ; comme elle va devenir reine, elle visite les pays voisins de son royaume pour en découvrir les moeurs et prendre des leçons de gouvernance. le récit devient alors conte philosophique autour des notions de pays idéal et de bon ou mauvais gouvernement.
Pauline Deysson a inventé tout un univers avec des nations alliées ou ennemies, différentes cultures, des avancées technologiques, des antagonismes raciaux et religieux, etc. ; une très belle carte en début de volume permet de toujours se repérer dans l'espace et la géographie de terres, villes, fleuves, océans et montagnes aux noms évocateurs.
Présenté ainsi, Vivre s'annonce comme une belle aventure empreinte de fantasy où « l'imagination serait la seule limite »… car il ne faut jamais perdre de vue que le rêve est « truqué », l'un des pires ennemis d'Émilie depuis le début ainsi que la bibliothécaire s'y étant introduit en même temps que l'héroïne sans que le lecteur puisse découvrir, si ce n'est au dénouement, derrière quels personnages ils se dissimulent.

Mais ce livre est très loin de n'être que cela. J'ai mis plus de temps que prévu pour le lire car la trame narrative, toujours parfaitement maîtrisée est très dense et le foisonnement des thèmes et des problématiques évoqués se révèle vite impressionnant.
Par rapport au premier tome, l'auteure a su toutefois éviter les longueurs ; je ne me suis jamais ennuyée… L'ensemble est toujours captivant, étonnant : les péripéties les plus originales alternent avec des passages plus réflexifs et tout se tient, fonctionne d'un bout à l'autre du récit.
Il y a indéniablement un énorme travail en amont. C'est une posture qui me convient et que je salue ; j'aime la recherche et j'ai un profond respect pour les récits étayés, documentés. Pauline Deysson est extrêmement cultivée, méthodique et fantasque à la fois ; il faut une dose de folie pour mener à bien un tel projet avec trois tomes encore à venir.
L'écriture est très belle, soutenue, recherchée avec un indéniable sens du détail. J'ai été particulièrement sensible au détournement d'évènements avérés comme L'Exposition Universelle ou le sort réservé à la Vénus Hottentote, à l'inversion des rôles pour mieux faire passer les messages, comme quand ce sont les peuples de races blanches qui sont réduits en esclavage par ceux de races noires ou encore à la mise en perspective de traditions comme le carnaval au cours duquel tout est permis… Ce livre « n'a fait que mélanger les époques, les modes, les noms, les causes et les conséquences, mais les atrocités […], les bizarreries, les beautés, tout à réellement existé ». À sa manière, ce roman est un peu le miroir de notre monde, une vaste allégorie de nos travers privés et publics.
Enfin, l'évolution du personnage d'Émilie sur les deux premiers tomes est à la fois prévisible puisqu'elle est en apprentissage pour devenir Bibliothécaire et surprenante si l'on songe à certaines de ces décisions et actions dans le rêve. Mais je ne peux en dire plus, pour ne rien divulgacher…

Chère Pauline, je vous connais un peu sur les réseaux sociaux et je suis toujours intéressées par la qualité de vos publications. Avec ce tome 2, vous m'avez véritablement embarquée dans l'aventure de la Bibliothèque…
Je vais reprendre un peu la même conclusion que lors de ma chronique sur le premier volet : vous vous adressez à des lecteurs solides et persévérants qui ne lisent pas seulement pour se distraire et passer un bon moment. Il faut s'accrocher pour vous suivre, mais c'est un bonheur ! Continuez. J'ai déjà hâte « d'aimer » avec Émilie…
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