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Critique de migdal


migdal
  27 janvier 2021
Où commence la fiction, où s'interrompt l'auto biographie, voici la question laissée sans réponse au terme de cet ouvrage aussi instructif qu'émouvant.

Yanne DIMAY, se masque derrière Marianne DULAC, venue une quinzaine de jours en Terre Sainte, du 7 au 20 septembre 2009, à l'occasion de la prise de voile de sa nièce Emilie.

Notre touriste ne se contente pas de visiter les lieux saints, mais curieuse et emphatique, elle multiplie les échanges et les rencontres avec les personnes les plus variées et découvre le puzzle israélo palestinien avec ses communautés chrétiennes, juives, laïques et musulmanes, ses contrastes entre les villes et les campagnes et les exigences d'une politique sécuritaire pouvant s'apparenter par ses excès à un apartheid.

Du chauffeur de taxi, pas toujours enregistré, au professeur de médecine, nous parcourons l'éventail des situations et découvrons progressivement le confinement des palestiniens et l'aspiration de la jeunesse à faire tomber les murailles.

Professeur de français, Marianne offre ses services aux facultés pour développer un programme d'ateliers d'écriture. L'auto biographie est plus que probable et Yanne DIMAY a un réel talent et une plume vive et élégante pour nous faire partager les excursions, les rencontres, les interrogations et les découvertes de Marianne DULAC.

Parallèlement, Alice, une bi-nationale de mère belge et de père palestinien, fugue le 11 septembre, jour programmé de son retour en Europe et s'enfouit au coeur de la Palestine en s'engageant dans une école maternelle sous le pseudonyme Dima. Au fil des jours, elle est prise dans un engrenage mortifère et embrigadée par un groupe de jeunes rêvant de commettre une opération terroriste « shopping à Mamilla ».

Le père d'Alice, Marwan AL AWDHA, conseiller du Ministre de la Sécurité palestinienne, collabore avec la Sécurité Israélienne…

Rentrée à Paris, Marianne DULAC est sollicitée par la mère d'Alice pour chercher sa fille ; en janvier 2010, Marianne revient en Israël débuter ses ateliers d'écriture. Qui localisera Dima ? Marianne, la sécurité palestinienne ou la police israélienne ? Pourront ils intervenir avant l'attentat suicide ? Cette partie du livre est probablement romancée. Elle est passionnante et émouvante car quel parent peut être certain que son adolescent ne sera jamais tenté de commettre une gosse bêtise ? Yanne DUMAY analyse avec beaucoup de finesse la psychologie d'Alice et celle de son père et de sa mère divorcés et vivant dans deux mondes différents. L'embrigadement progressif de celle qui devient Dima est observé avec acuité et avec un regard neutre et objectif, qui force l'admiration.

Ceci dit, revenons au but initial et providentiel du voyage de Marianne DULAC, appelée par sa nièce Emilie, à être témoin de sa prise de voile en l'Abbaye Bénédictine d'Abu Gosh le samedi 19 septembre 2009. Raison, je l'avoue, qui m'a fait cocher ce titre lors de l'opération Masse Critique de décembre.

Et bien notre professeur, après avoir confondu congrégation dominicaine et bénédictine en page 131, passe du vendredi 18 au dimanche 20 en oubliant cette mémorable journée, en omettant de préciser que le village d'Abu Gosh, c'est probablement l'Emmaus de l'évangile, que l'abbaye bâtie par les croisés est une enclave française, et même mieux, oserai je dire, une enclave normande, puisque cette abbaye a été fondée par l'Abbaye du Bec Hélouin.

Surprenant anachronisme, Marianne DULAC, le 20 septembre 2009, « trône près du cénotaphe du père Lustiger » … or ce mémorial (financé par le CRIF) a été inauguré le mercredi 23 octobre 2013, soit quatre années plus tard, pour rappeller :
«Je suis né juif, j'ai reçu le nom de mon grand-père paternel, Aron.
Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les apôtres.
J'ai pour saints patrons Aron le Grand Prêtre, Saint Jean l'Apôtre et Sainte Marie pleine de Grâce.
Rien n'est impossible à Dieu.»
Cardinal Jean-Marie Aron Lustiger

Ceci laisse deviner que soit Yanne DIMAY n'est pas allée à Abu Gosh, soit s'y est rendue des années plus tard, et sème un doute sur la réalité de Soeur Claire Marie.

Si rien n'est impossible à Dieu, tout est possible à une romancière, et la faiblesse (à mes yeux) du chapitre Abu Gosh, ne doit pas occulter la qualité et l'originalité de cet ouvrage.

Si demain ce roman est adapté pour la télévision, puis je suggérer que l'on substitue à l'Abbaye d'Abu Gosh, le Monastère de l'Emmanuel à Bethléem ? Les religieuses bénédictines melkites ont leur monastère bordé par le mur israélien et clôturé par le check point qui sépare Jérusalem de Bethléem !

Merci à Babelio de m'avoir révélé Yanne DIMAY et son éditeur Riveneuve, deux superbes découvertes. Cette pierre dans le coeur m'a ramené avec bonheur en Terre Sainte et évoqué plusieurs amis y vivant.

Puisse l'accord de paix entre Israël et les Emirats Arabes Unis ouvrir la voie à une paix entre israéliens et palestiniens et prolonger ainsi la démarche exemplaire de Yanne DIMAY.
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