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Critique de Nicolas9


Que nous le voulions ou non, nous avons généralement des contacts quotidiens avec nos semblables. Pourtant, ces relations se limitent trop souvent à la superficialité. L'obligation de faire bonne impression, inculquée dès l'enfance, se transforme ici en une autocensure castratrice.

Cet ouvrage traite des liens sociaux et, à ce titre, il a une portée très étendue. Raison pour laquelle j'ai décidé de vous parler surtout des pages consacrées à l'amitié. En ce temps de confinement, elles m'ont le plus fait réfléchir. J'invite donc les impatients à sauter trois paragraphes pour s'épargner les lieux communs qui suivent. Leur rôle est d'assurer la cohérence du décor.

Isabelle Filliozat distingue (à la hache !) quatre niveaux pour les rapports sociaux :

Premièrement, « le rituel ». Grosso modo, à ce premier stade on se contente de saluer un voisin dans l'escalier et on lui demande comment il va. « Le rituel permet d'entrer en relation en prenant un minimum de risque », explique sobrement la psychologue clinicienne.

Deuxième niveau, « le passe-temps ». Il s'agit cette fois d'échanger avec des connaissances ou des proches sur des sujets prévisibles comme la météo, le sport voire (soyons fous !) l'actualité politique. « C'est une phase nécessaire pour vérifier si nous nous accordons suffisamment avec notre interlocuteur et avons envie d'aller (éventuellement) plus loin dans la relation. » En effet, « parler de choses et d'autres permet de réduire l'angoisse de la rencontre. »

Troisièmement, « l'activité ». Par exemple, nous organisons une randonnée. Les objectifs de la journée sont relativement clairs, chaque personne conviée peut théoriquement se faire une idée de ce qui l'attend. En l'occurrence, le ciment du groupe sera le « marcher ensemble » avant le « parler ensemble ».

Mais, attention : être corporellement en mouvement ne va pas empêcher l'établissement d'un dialogue entre les participants, au contraire ! En effet, l'énergie cinétique ainsi dégagée peut désinhiber les marcheurs et les rendre plus ouverts à la discussion. Alors, même si le but premier de l'activité est de « remplir notre réservoir de gratification sans avoir à prendre de vrai risque relationnel » (sic !), elle peut déboucher sur une certaine intimité (4e niveau). Et c'est là que le raisonnement devient particulièrement intéressant.

Or, comment définir l'intimité ? Pour l'auteur, elle signifie « déposer le masque social, montrer ses émotions et ses besoins, oser exposer sa vulnérabilité ». Depuis combien de temps n'avons-nous plus vécu un tel moment ? Pour beaucoup d'entre nous, une éternité, je peux en témoigner...

Pourtant, nous aspirons tous à un rapport de coeur à coeur avec l'autre, ami ou amant, peu importe. Il n'en demeure pas moins qu'oser « nous exposer face à autrui sans masque, juste être, sans essayer de dissimuler ses fragilités ou ses faiblesses, sans tenter de paraître sous notre meilleur jour... cela peut être assez intimidant, voire terrorisant. »

Alors, quelle attitude faut-il adopter lorsque quelqu'un prend le risque de se confier à nous ? Il faut impérativement « le voir au-delà de l'apparence. Être sensible à ses émotions, à ses blessures comme à ses richesses intérieures. » Marshall Rosenberg aurait sans doute ajouté avec sagesse « simplement l'écouter de tout son coeur et de toute son âme, lui permettre de vider son sac en évitant au maximum les “bons conseils” et les tentatives de relativiser son malheur ».

Car ce faisant, on n'est plus dans l'empathie, mais dans l'interprétation (à notre échelle) d'une souffrance dont nous n'avons généralement aucune idée. Avec le risque de jouer les éléphants (bien-pensants) dans un magasin de porcelaine...

Pour paraphraser I. Filliozat, disons que l'intimité ne se résume pas à une situation, mais qu'elle est avant tout un état de conscience et d'ouverture du coeur. D'ailleurs, « l'intimité est extrêmement ressourçante. Elle renforce l'estime de soi et le sentiment d'appartenance. Pendant et après une vraie rencontre, on se sent chaud, heureux, plein. Chaque fois que nous vivons un tel instant, la question du sens de la vie ne se pose plus, parce que nous sentons la réponse en nous. »

Cessons de nous mentir: nous sommes tous en quête d'existence et d'individualité. « Parce que nous n'osons pas être simplement nous-mêmes, nous allons extorquer des signes de reconnaissance en mettant des masques et en déguisant nos sentiments... Ce camouflage prend de l'énergie » sans rien nous offrir en retour.

Ne serait-il pas préférable de prendre le risque d'ÊTRE au lieu de toujours chercher à PARAÎTRE ?

Au plaisir de lire vos commentaires et repères bibliographiques sur cette question centrale et trop souvent escamotée de notre existence.
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