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Critique de LeScribouillard


LeScribouillard
  11 mai 2019
Antoine Lefort n'est pas un aristocrate comme les autres. le jour, il est le patron des entreprises Lefort, les plus gros fabricants de dirigeables du Second Empire. La nuit, il est le Baron Noir, mystérieux justicier en exosquelette venant défier l'empire du crime.
Le Paris uchronique de Olivier Gechter n'est pas non plus un Paris uchronique comme les autres. Au lieu de posséder un point de divergence, il en possède peut-être une bonne dizaine, et s'amuse par-dessus tout ça à y mêler personnages et faits réels, de sorte que seul l'historien éclairé saura voir où commence la fable.
L'idée de mélanger super-héros et steampunk est un atout pour le livre qui, s'il a sans doute déjà été usité, ne se voit guère. L'idée de faire un super-héros français à l'âge d'or du feuilleton, pourquoi pas également, car c'est de là que c'est parti mine de rien (Nyctalope, Fascinax… enfin merde, quoi, nous les français on invente le cinéma, la science-fiction, les ancêtres de Marvel et DC… Un peu de rémunération !). Alors si on me promettait un réalisme technologique par-dessus le marché, je ne pouvais que me jeter sur ce recueil de trois novellas et ressentir malgré tout un arrière-goût mitigé.

Impression gobale

L'univers du Baron Noir est bien évidemment inspiré à fond par celui de Batman, entre technologies, milliardaires, bastons sur les toits et univers nocturnes (il y aura même une Catwoman avec toute sa… ahem, fascination charnelle). Mais au-delà de ce petit côté comics, l'autre grande inspiration reste celle de Rocambole avec un style lors des moments d'action pompeux et tout en hyperboles au point que j'avais parfois l'impression de lire du Superdupont. Je ne pense pas être le seul à ne pas trop apprécier le mélange…
Le niveau « réalisme technologique » est lui aussi assez inégal. Vous savez que j'ai rien contre un cocktail fantasy / steampunk de temps en temps, ou de l'aventure débridée avec des personnages à hauts-de-forme, mais je rouspète souvent qu'on ne voit pas assez le « vrai » steampunk, celui se penchant vraiment sur toutes ces trouvailles mécaniques et essayant de voir comment elles auraient vraiment pu exister. Si les explications autour des dirigeables sont très précises et documentées (et pour cause : elles se basent sur des inventions ayant réellement existé), en revanche certaines trouvailles plus que fantaisistes de la part des superméchants font vraiment tache à côté.
Mais bon, si à part ça, ce « volume 1864 » reste un bon divertissement et qu'il propose de sacrées aventures, allons-y malgré tout ! Qu'y a-t-il au menu ?

L'ombre du maître-espion

Antoine Lefort commence tout juste à jouer les justiciers. Un certain Clément Ader vient lui proposer de nouveaux modèles de dirigeables. Ceux-ci s'avèrent extrêmement prometteurs… jusqu'à ce qu'on découvre que de mystérieux individus s'apprêtent à voler les plans.
Une histoire sympathique mais sans grand frisson. On bute du méchant et de l'automate à vitesse grand V sans se demander si c'est bien ou si c'est mal. L'humour vient sauver un tableau qui aurait été trop morose sans, avec également une imagination assez débridée.

Bel-Ange

On attente à la vie de Napoléon III. L'assassine semble une anarchiste folle et sans pitié, pourtant même s'il n'ose pas se l'avouer, le Baron Noir se remet en question à cause d'elle : est-il vraiment le héros qu'il croit, ou un esclavagiste en plus à la botte d'un système hypocrite ?
Une histoire avec déjà un peu moins de manichéisme, comme vous avez pu vous en douter. L'humour, déjà bien présent dans le texte précédent, se trouve partout ici, pour contrebalancer le côté sombre omniprésent. Reste néanmoins une révélation finale peu convaincante, une trame prévisible de A à Z, et le coup du méchant qui s'écrie : « Aha ! Tu es tombé dans mon pièèège, car c'était moi depuis le début ! Et je ne vais pas te tuer même si j'ai toutes les raisons de le faire ! »

La bataille de Cherbourg

Lors d'une bataille de la guerre de Sécession, un croiseur anglais venant porter secours aux américains se fait attaquer par un sous-marin hautement technologique. On suspecte tout de suite la France, fleuronne de l'industrie et la scène s'étant déroulée non loin de Cherbourg. Mais la vérité est plus complexe…
On nous sort un peu de Paris et ça ne peut pas faire de mal. Avec des trames géopolitiques de plus en plus alambiquées, le Baron Noir étend son univers de manière à la fois complexe et crédible. L'humour anglais fait son oeuvre à travers le très bon personnage de Phileas Fix, et on commence à avoir un peu moins le côté baston décérébrée qui plombait L'Ombre du Maître-Espion. J'ai également trouvé que le style allait s'affinant.

Postface

Olivier Getcher nous explique ses différents points de divergence ainsi que ce qui lui a toujours causé problème dans le steampunk et l'uchronie, et je ne peux que le rejoindre là-dessus. Il reconnaît également avoir été un peu trop fantaisiste sur certains plans, et le fait d'avoir un recul critique sur son oeuvre est pour moi essentiel à n'importe quel écrivain, quand bien même il ne parvient pas à corriger ce sur quoi il s'est planté.

Conclusion

Recueil d'aventures sympathiques mais loin d'être parfaites, le Baron Noir rend hommage à toutes sortes de trucs pour le meilleur et pour le pire. Outre la reprise de grosses ficelles, les combats peu immersifs laisseront perplexes certains quand certaines facilités technologiques agaceront les puristes du steampunk « dur ». Restent de grandes qualités telles que le jeu entre uchronie et Histoire ou l'humour dans lequel baignent les péripéties. Notez aussi qu'il s'agit d'un fix-up adapté à un grand panel de public, entre les fans et les non-fans de super-héros, ceux qui voudront un steampunk plus technique et ceux qui en voudront un plus débridé, entre un public plutôt jeune et un autre plus mature. Après je dis ça, hein, c'est pour votre culture…
Lien : https://cestpourmaculture.wo..
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