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Critique de Petitebijou


Petitebijou
  14 juin 2013
Première rencontre avec ce poète suisse totalement inconnu pour moi jusqu'ici.

Dans « le mot joie », il explique : « (…) il y avait du vrai dans tout cela ; mais il manquait l'essentiel : la plénitude(…), et plus que le mot « joie », c'est bien celui de « plénitude » qui me semble donner au plus juste la tonalité de ce recueil. Parus en 1983, sous la plume d'un homme d'expérience (l'auteur est né en 1925), les poèmes capturent une certaine idée de lenteur, d'une immobilité fugace, le mouvement esquissé ou qui va prendre son élan plutôt que l'instantanéité juvénile de l'action. L'enfance est parfois suggérée mais toujours à distance, un peu comme un souvenir figé.
La nature est célébrée comme élément du paysage, sous le signe de vibrations presque imperceptibles : la brume enveloppante, les nuages dans leur course calme, tandis que le poète-marcheur harmonise son rythme intérieur à l'univers qui l'entoure.
J'ai entendu ces poèmes comme une méditation à haute voix, un monologue serein non exempt de question.
J'ai eu un peu de mal à m'accorder au rythme de la parole : une représentation de la nature aussi statique ne me séduit pas vraiment. Beaucoup de ces poèmes m'ont évoqué l'image d'un grand lac placide. Pourtant, ici ou là, surgissent des couleurs sonores, une lumière jaune naissante et un soleil « enfin moins timoré », mais l'évocation se fait sans éclat, toujours minimaliste.
Parfois, affleure la douleur, la blessure : un « chanteur ne chantera plus », il faut « recoudre », mais la souffrance murmure plus qu'elle ne crie, feutrée, pudique.
Même le poème intitulé « Plaintes pour un compagnon mort », moins terrestre que ce qui précède, ne se répand aucunement en tristesse liquide. Au contraire, les mots invitent au silence, comme si la douleur du survivant était un blasphème à celle du défunt. J'avoue être un peu restée en dehors de cette poésie tellement discrète qu'elle finirait presque par signifier la vanité du mot.
Je n'ai pas été étonnée de trouver, près de la fin du livre, un texte appelé « A Henry Purcell ». J'avais senti, lisant les pages précédentes, le goût du poète pour la musique, sans doute musicien lui-même. Malgré cela, je dois dire que cet hommage poétique au compositeur anglais ne m'a absolument pas touchée ou fait résonner quelque chose en moi, ayant déjà peu d'inclination pour ce musicien : les images célestes et astrales n'ont en rien ravivé en moi les harmonies de Purcell. C'est ainsi avec la poésie : on vibre, même furtivement, ou pas du tout, là où un autre lecteur se sentira ému.
Au bout du compte, j'ai bien aimé cette rencontre, mais je pense qu'il me faudra d'autres visites auprès des mots de Philippe Jaccottet pour que je puisse l'apprécier à sa juste valeur, car, au-delà de l'éloignement que j'ai pu éprouver, j'ai tout de même découvert une belle vision, un souffle discret et un immense amour des mots.
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