AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
>

Critique de latina


Alfredo et Karl, père et fils, sont très différents : Alfredo est un passionné de mécanique et il retape des matelas, c'est son métier. Karl, au contraire, adore lire et ne manifeste aucun intérêt pour ce qui est manuel. Il devient donc pensionnaire au collège puis élève au séminaire.
Alfredo élève son fils comme il peut depuis la mort de sa femme, et s'occupe de son père, Carlo.
Carlo, Alfredo, Karl : 3 générations masculines se débrouillant, prenant la vie à bras le corps, tant bien que mal, dans ce petit village des Ardennes belges, où Armel Job a l'habitude de placer ses intrigues, de façon toujours fine et teintée d'humour. Mais d'intrigue, ici, il n'y en a point ! Nous nous contentons de suivre, de façon assez chaotique, le déroulement de la vie de chacun et quelques faits marquants, c'est tout.
Cela m'a un peu déçue, car j'étais habituée avec cet auteur à être emportée par l'histoire, au lieu de me laisser dériver au gré du courant... « de la salade ! » est un de ses premiers romans, si pas le premier, ceci est peut-être la raison de cela.

Mais bien lui en a pris de continuer à écrire ! Que cette critique ne vous dégoûte pas d'Armel Job, je m'en voudrais, car il est et il reste un de mes auteurs préférés !
Voici pour preuve quelques morceaux choisis qui montrent déjà son talent pour la formule, pour la description de l'atmosphère et des travers des gens, sa connaissance de l'être humain formulée avec une feinte naïveté et même ses questions philosophiques pertinentes mais déguisées :
« Chez la mère souvent, le second enfant ravale le mystère de la naissance. le premier est un miracle, l'autre est un drôle qui vous réveille la nuit. Les larmes de l'ainé l'émouvaient. Celles des suivants agacent. Au fond de l'âme, on reproche au nouveau venu d'avoir défait nos illusions. On passe de l'ère de la grâce au temps de l'élevage. »

« Alfredo vivait dans le présent. le temps qu'il n'avait pas vécu était à ses yeux dépourvu de tout attrait. de l'histoire apprise à l'école du village, il n'avait retenu que les frontispices qui précédaient les titres de quelques chapitres. Il y avait Jules César dont il pouvait citer la phrase fameuse : « de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves », un serf qui retournait « la glèbe nourricière » sous la muraille d'un château fort, un festin à la cour de Bourgogne, Bonaparte à Liège, le doigt sur le décret de reconstruction du quartier d'Amercoeur et enfin le roi Albert scrutant à la jumelle la plaine inondée derrière l'Yser. L'histoire de l'univers se résumait à ces cinq chromos. César était une espèce de sportif qui avait admiré la prestation de l'équipe nationale, les pauvres travaillaient, les riches ripaillaient, Bonaparte avait tout l'air d'un garçon coiffeur montrant le tarif des coupes et le roi d'un Bruxellois occupé à regarder les hérons et les martins-pêcheurs dans la vallée.

« Voilà que Karl se demande qui a été témoin des tentations du Christ au désert, ce que pensait la femme de saint Pierre quand son mari l'abandonnait, comment on n'a même pas songé à faire témoigner Lazare sur l'au-delà, jusqu'à quel moment de la digestion il faut considérer la présence réelle du Christ dans la sainte hostie.
Le président du séminaire a convoqué Karl. Les professeurs sont inquiets. Ils en viennent à se demander si Karl ne sème pas le trouble dans le coeur de ses condisciples. »

Que celui qui est sensible à cette façon d'écrire n'hésite pas à pousser la porte des romans d'Armel Job ! Je l'y encourage !

Commenter  J’apprécie          190



Ont apprécié cette critique (19)voir plus




{* *}