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Critique de BazaR


BazaR
  04 juillet 2016
Dans son livre « 1914 », Jean-Yves le Naour racontait de nombreuses histoires nous permettant de saisir la Grande Guerre dans tous ses aspects. Il a eu la bonne idée d'en extraire quelques-unes et de les décliner en albums BD.

Celui-ci nous permet de mieux connaître François-Ferdinand, cet archiduc d'Autriche-Hongrie dont l'assassinat à Sarajevo par des nationalistes pro-Serbes fut le détonateur de l'une des pires boucheries de l'Histoire. Cet homme a des facettes attachantes et d'autres puantes (mais dans le ton de l'époque).
Il adore sa famille et a d'ailleurs fait une mésalliance en épousant sa Sophie adorée et désargentée, au grand dam de son empereur d'oncle François-Joseph. L'étiquette, la tradition le gonflent carrément et – comme un saumon remontant le courant de l'opinion – il n'est pas en faveur de la guerre. En revanche, il est coléreux, déteste les Hongrois et est particulièrement xénophobe. La leçon de géopolitique qu'il donne à son fils est culte (« les Anglais sont un peuple de boutiquiers sans âme, les Français condamnés à la médiocrité par le culte de l'égalité, les Russes des barbares, les peuples des Balkans un ramassis de brigands et de sauvages, etc. »).

La préparation du voyage officiel à Sarajevo et la journée de l'attentat sont contées en détail. On voit tout de suite la stupidité qui a consisté à organiser la visite le jour de la fête nationale serbe ; autant cracher au visage des nationalistes. Et tant qu'on y était, on publiait la nouvelle plusieurs semaines à l'avance pour bien laisser le temps aux éventuels assassins de s'organiser.
On reste confondu devant la série de bourdes de l'organisation. Par exemple, après une première tentative d'assassinat ratée, les autrichiens ont la possibilité d'ordonner le déploiement de troupes qui campent à proximité dans la ville. le Général Potiorek s'y refuse pourtant, arguant que le règlement interdit les haies d'honneur par des troupes en tenue de campagne.

En elle-même, la mort de François-Ferdinand et de sa femme ne firent pas pleurer dans les chaumières de la Cour. Elle favorisait même les plans de guerre de l'état-major autrichien. le Naour tourne d'ailleurs le récit de telle façon qu'on se demande vraiment si l'empereur n'a pas envoyé son neveu exprès à la mort, en comptant sur les conséquences qui eurent lieu. François-Joseph n'appréciait pas son héritier, et ce dernier le lui rendait bien.

L'album n'est jamais ennuyeux et le Naour a un certain talent de dialoguiste. le dessinateur Chandre, en revanche, est le point faible. La ligne claire est poussée trop loin, abimant de beaux décors et ayant du mal à stabiliser les visages qui, cependant, ne manquent pas d'émotions. Les dessins éclairent toutefois sur les costumes, les uniformes et styles de vie d'une Belle Époque finissante où la calèche côtoyait les premières automobiles.
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