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Critique de clairejeanne


clairejeanne
  14 mai 2014
Eblouissante et clairvoyante Doris Lessing quand elle dissèque les "ressentis": les siens et ceux de sa mère essentiellement. Ce livre écrit dans les années quatre-vingt, qui vient seulement d'être publié en français, est un récit de la jeunesse de l'auteure et de sa relation - tumultueuse - avec sa mère. Une enfance originale, d'abord en Perse puis en Afrique, auprès de parents qui n'attendent pas du tout la même chose de la vie: le père, un ancien combattant de la première guerre mondiale, au cours de laquelle il a perdu une jambe et a été soigné par sa future femme, est tout le contraire du mondain; c'est un homme qui a une importante vie intérieure, une grande largesse de vue et d'esprit, mais finalement aucun sens pratique; comme beaucoup de ses compatriotes, il lui était impossible de revivre en Angleterre après la fin de la guerre. La mère, Emily Maude, est issue de la grande bourgeoisie anglaise: "Ma mère était le produit d'un lieu et d'un temps: Londres, la Grande-Bretagne, l'Empire britannique". Elle était très intelligente et plutôt rebelle dans sa jeunesse, elle décida par exemple de faire des études d'infirmière contre l'avis de son père; et on retrouvera cette attitude plus tard, mais de sa part à elle et contre ce que veut faire sa fille. Elle aime les belles tenues, les mondanités, rêve d'une vie dans la société londonienne. Enceinte, elle attendait un garçon et ce fut ... Doris. le petit frère, Harry né deux ans et demi plus tard, fut lui, passionnément aimé; "Le vrai problème, c'était qu'elle n'avait pas d'affinité avec moi. Ce n'était pas sa faute. Je ne puis imaginer quelqu'un moins capable que moi de lui plaire. Mais elle ne l'aurait jamais reconnu. Une mère aime son enfant, un enfant aime sa mère - un point c'est tout !" Une ferme loin de tout en Rhodésie, un mari affaibli, de plus en plus malade qui s'obsède sur la recherche de l'or au lieu de travailler à sa ferme, des enfants qui ne souhaitent rien tant que courir dans la jungle comme des petits sauvages ... D. Lessing reconnaît à sa mère une force et un courage hors du commun pour lutter contre tout ce que la vie lui fait endurer; c'est ce qui est aussi très intéressant dans ce récit, le regard de l'adulte qui éclaire et adoucit les souvenirs de l'enfant; "A présent, je comprends très bien son état d'esprit. Elle souffrait de ce mal fréquent chez les gens arrivés au milieu de leur vie, qui ont l'impression que tout leur échappe. Il lui semblait qu'elle ne pouvait rien saisir ni retenir." Et jusqu'à la fin de la vie de sa mère, D. Lessing vécut d'une façon qui l'ulcérait et qu'elle croyait destinée à la blesser. C'est un récit sans concession que nous livre Doris Lessing qui prend clairement sa part de responsabilité dans l'échec de cette relation; comme le constat d'une impossibilité dès le départ qu'il puisse y avoir jamais entente entre elles deux.

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