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Critique de lauredanse


Le narrateur, dont nous ne connaissons pas le prénom, a un frère jumeau, Bardo (Bernardo) qui vient de mourir par accident, le 15 mai 2010. On l'aurait bousculé dans le métro. La police n'a pas retrouvé la personne à l'origine de cet accident. Sur les images de vidéo-surveillance on ne voit qu'un homme avec une casquette et une écharpe aux couleurs du club de Fulham. Mais le narrateur s'interroge et doute que ce ne soit qu'un simple accident. Il veut se venger. Tout s'effondre pour lui qui était si proche de son jumeau. Ils aimaient tous deux Boris Vian et son frère était un poète. Bardo est son nom de poète. C'est une carte de celui-ci qu'il recevra trois jours après sa mort qui l'incitera à faire ses recherches. Il y était inscrit : « Nous cessons de grandir, Au somment des chutes dépassées, Pour émerveiller l'avenir, Nous changerons le passé ». « Nous changerons le passé » : c'est bien ce dernier vers qui lui donnera cette impulsion.

Bardo s'était rendu à Hambourg où il est mort, bien qu'il vivait à Ville d'Avray près de Paris, pour y voir son ex-compagne d'il y a 5 ans, Ophelia Lovelace, descendante du célèbre poète anglais Byron. Il avait était fou amoureux et gardait toujours en lui cette flamme « Elle était à la fois mon amante, mon amie, mon ennemie, ma soeur. Avec aucune autre fille je n'ai autant senti qu'elle devait être la mère de mes enfants, C'était instinctif. Mais elle n'était pas assez amoureuse de moi(…). » Bardo voulait des explications sur une énigme. Ils devaient dîner ensemble deux jours avant sa mort. le narrateur s'interroge sur l'éventuelle responsabilité d'Ophelia dans cet accident. C'est pourquoi, deux mois après les événements, il va vouloir parler à cette femme mais elle a quitté Hambourg. Il avait vu son frère le 20 avril, un mois environ avant sa mort. Bardo était tracassé, il parlait avec un enfant mort, un « enfantôme », prénommé Bardo comme lui et qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau « On dit que lorsqu'on rencontre son double, c'est que la mort est proche. On dit beaucoup de choses ».Mais qui est réellement cette apparition ? Cet enfant voulait tout savoir sur la rencontre entre Bardo et Ophélia, et sur leur amour. Et il va peu à peu, sans le montrer, l'amener à la vérité et là où il veut…

Dans ce roman, le narrateur veut une réponse a la question « Qui a tué le poète ? » et surtout aussi, pourquoi ? Ce qui le lance donc à la poursuite d'Ophelia jusqu'en Lituanie et retrace toute une histoire d'amour par les confidences de son jumeau, qui discute avec cet « enfantôme ». Comment ils se sont plusieurs fois rencontrés par hasard, comment ils ont été attirés l'un par l'autre, mais aussi comment Ophelia essayait de se protéger voulant échapper à ce destin, torturée par un passé douloureux qui l'empêche de vivre heureuse. Car oui c'est bien de destin ici dont on parle. Un destin tragique. D'ailleurs tout ce roman a pour toile de fond Shakespeare. Chacun des personnages a un rapport privilégié avec Shakespeare, de n'importe quelle façon qu'elle soit, un père professeur spécialiste dans le domaine, un poète admiratif de l'homme et de son oeuvre, une femme qui a vécu toute son enfance baignée dedans et cetera. Tous deux, Ophelia et Bardo, aiment Shakespeare, et cet amour les lie d'autant plus. Une relation très spéciale, avec une femme qui ne cesse de mentir, prétendant par exemple avoir une leucémie. Mais tous ces mensonges cachent en réalité un terrible secret. Secret qui détruit cette femme, la murant dans un passé sordide. Elle ne mentait pas par ennui, par jeu ou par excès d'imagination, ni par mépris, mais sans doute par une sorte de rébellion contre un passé violent dont elle ne disait mot. » Bardo ne saura pas tout de suite ce qui tourmente Ophelia mais il l'apprendra. Mais Ophelia fuira Bardo…

Le narrateur, lui, est accablé par la perte de son jumeau « Je ferme les yeux. Les parfums des bois s'élèvent en spirales ; souvenirs d'ivresses communes. J'aimerais que mon crâne s'extasie un peu, qu'il soit colonisé par un courant, comme les nerfs d'une feuille, qu'il me laisse au moins un peu de répit, le temps de raconter, de démêler, de pressentir autre chose que l'asphyxie à venir, le trop de passé.(…) Transformer ce récit en combat… ». Il n'était jamais seul « On ne m'a pas préparé. J'étais insouciant comme un chevreuil. Jen e connaissais pas la solitude. Je me tiens debout au milieu des arbres. Les larmes coulent depuis deux mois mais parfois je ressens une bouffée de joie sans cause. Une impression, un souvenir, un élément de Bardo dans l'air… ».

Il plane dans ce roman tout le poids d'un passé salace, qui fait d'ailleurs écho à l'histoire du poète Byron mais d'une autre manière. C'est une tragédie à la Roméo et Juliette même si la fin n'est pas du tout la même. C'est dans une légende qu'elle prend toute sa dimension et qui donnera la fin de cette histoire. C'est difficile de vous en parler car je ne veux rien dévoiler mais c'est un roman vraiment original, étrange, philosophique, avec de la télépathie, tout un questionnement sur la réalité de la Vie, sur ce que nous sommes et ce que nous voulons, sur la perception, une dimension poétique et incantatoire, un dénouement totalement inattendu et d'une grande qualité.

En conclusion, ce roman peut être considéré comme un thriller parce que nous avons un mort et une personne qui recherche un coupable (dont on saura l'identité inattendue), mais c'est surtout un récit philosophique sur la force des liens gémellaires, la force des liens parentaux et leurs conséquences, les tourments possibles d'une vie, une histoire d'amour tragique et une légende. Luis de Miranda dit : « Dans tous mes livres, romans ou essais, j'interroge nos perceptions, nos valeurs, nos habitudes, nos hasards et nos rêves, élaborant peu à peu le système ouvert et organique que j'ai appelé le créalisme. le point de départ, c'est notre capacité à créer du réel, qui fait depuis quelques décennies l'objet d'une prise de conscience collective. Ma philosophie est littéraire et ma littérature philosophique : je considère que les détails de notre quotidien peuvent être des révélateurs d'idéologies. Pour écrire, je pars de mon expérience, de mon corps, m'appuyant sur ma folie autant que sur ma sagesse. » Voilà qui peut vous éclairer sur la façon dont est écrit ce livre.

Une écriture ciselée, poétique pour un roman qui sonde l'âme humaine.
Lien : http://madansedumonde.wordpr..
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