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Critique de enjie77


enjie77
  08 mars 2019
L'intrigue se situe en Espagne, sous Franco, en 1969. Minaya, jeune étudiant madrilène participe à une manifestation d'étudiants où il est repéré par la police et incarcéré. Pour se faire oublier à sa sortie de prison, Minaya demande l'hospitalité à son oncle Manuel qui demeure dans la ville de Magina, sous le prétexte d'écrire la biographie du poète communiste Jacinto Solana, grand ami de Don Manuel depuis l'enfance, et que ce dernier a hébergé à sa sortie de prison, assassiné par la police franquiste en 1947, et qui avait lui-même entrepris de rédiger ses mémoires sous le titre de « Beatus Ille ».

Toute la trame du récit s'articule autour du mystère de la mort par balle de la belle Mariana Rios au lendemain de ses noces avec Don Manuel et la découverte, par Minaya, de la valise de Jacintho Solana dans laquelle reposent des manuscrits et un petit cahier bleu accompagné d'une douille.

Que s'est-il passé en mai 1947 au cours de la dernière nuit vécue par Marianna, quels sont les évènements qui ont amené à retrouver le corps sans vie de cette jeune femme, abattue d'une balle au milieu du front. Nous sommes du côté des Républicains mais les oppositions avancent masquées. Est ce une balle perdue ou un acte délibéré?
La grande demeure de Don Manuel fait partie des personnages de ce récit. On imagine aisément l'atmosphère de cette majestueuse demeure aristocratique avec son patio, son grand escalier, sa bibliothèque et au dernier étage, les appartements de la mère de Don Manuel, Dona Elvira. Utrera, sculpteur, bénéficie aussi de l'hospitalité de Don Manuel. Cette belle demeure bourdonne de la présence du médecin de famille, Médina et de la visite d'Orlando, peintre, ami de tous.

La ville de Magina participe aussi à l'étrange ambiance du récit, elle qui fut témoin de tous ces évènements dont un lynchage sur la place du Général Orduna. Les pierres comme les fenêtres ont mémorisé les drames et les joies et elles se font, avec la vieille horloge, dépositaires de l'histoire de Magina avec toutes ses indiscrétions.

Hébergé sur les lieux du drame, Minaya, très curieux de ce passé, tente de reconstituer cette énigme en retrouvant et en sollicitant tous les protagonistes de l'époque et c'est là que dès le début de la lecture, les difficultés de compréhension pour le lecteur se font sentir. La période va de 1937 à 1969 et toute l'écriture se compose de conversations directes et indirectes, de rétrospectives, de changement d'interlocuteurs et du narrateur. Il faut une grande capacité de concentration pour les centaines de premières pages mais au fur et à mesure de la lecture, les situations et les enjeux s'éclairent.

Ce n'est pas une enquête ordinaire, c'est beaucoup plus que cela, c'est l'histoire d'un traumatisme jamais vraiment cicatrisé que cette guerre civile espagnole et c'est l'histoire du tragique de l'être humain, de ses passions amoureuses qui finissent mal. « Les histoires amours finissent mal en général » !

Certains passages sont terriblement évocateurs de la répression qui a régné pendant et après cette guerre, des exécutions sommaires et des lynchages.

Antonio Munoz Molina possède une écriture magnétique. C'est bien la première fois que je me retrouve fascinée devant un récit dont le sens m'échappe dès les premières pages. Je suis très sensible à l'esthétique et c'est ce qui a retenu toute mon attention. Ce sentiment de retrouver l'esthétique de Marcel Proust, de longues phrases à savourer, une lecture lente qui s'étire, des portraits, des situations décrites toutes en subtilité. A la différence de Proust qui possède, à mes yeux, une écriture limpide, Molina élabore un récit très complexe, un véritable puzzle, un enchevêtrement de destinées et de sentiments humains qui permet de parvenir à un dénouement inattendu.

Beatus Ille est le premier roman d'Antonio Munoz Molina que je découvre. A présent que je me suis familiarisée avec son écriture, que je me suis glissée dans son écriture, je vais continuer ma découverte de cet auteur peu ordinaire.
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