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Critique de alouett


alouett
17 septembre 2014
Xavier Mussat débarque à Angoulême en 1989 pour suivre une formation en Arts Pla. Une fois le diplôme en poche, n'ayant nulle part où aller réellement, il décide de s'y installer. Après avoir participé à un collectif BD en 1994, il décroche un poste dans une société qui fait de l'animation ; il aura notamment l'opportunité d'intervenir sur la réalisation de Kirikou et la sorcière. Au bout de deux ans, sur un coup de tête, il démissionne afin de pouvoir se consacrer entièrement à la réalisation d'une bande dessinée autobiographique (Sainte famille, paru en 2002 chez Ego comme X) ; l'événement déclencheur de ce premier album fut la reprise de contact avec son père.

C'est dans ce contexte artistique et personnel qu'il fait la rencontre de Sylvia. Cette jeune femme paumée s'incruste dans son cercle d'amis. Attiré par cette dernière, il va progressivement s'éloigner de toutes ses connaissances et se consacrer presque entièrement à elle. Une étrange relation platonique s'installe entre eux. L'ambiguïté de la jeune femme orchestre leurs rencontres. Quant à Xavier, il s'est mis en tête de l'aider à se sortir de cette période de doutes (personnels, professionnels…) et met inconsciemment ses projets artistiques en latence. Au fil des mois, leur couple se structure maladroitement sur des bases bancales.

L'album s'ouvre en 2006, au moment où l'auteur quitte Angoulême pour aller s'installer à Paris. Il est enfin parvenu à prendre la résolution de tourner définitivement la page de cette relation pourtant terminée depuis plusieurs années. Entre temps, il a terminé son ouvrage autobiographique (Saint famille) mais n'a pas de perspectives professionnelles concrètes.

Carnation est le récit d'une relation destructive et ravageuse. Ce témoignage est un exutoire. L'auteur a trouvé-là le moyen de panser les dernières cicatrices infligées par cette liaison et réalise un dernier inventaire des moments marquants de ce couple éphémère.

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La part de symbolique est omniprésente dans la narration. Eprouvé par cette relation affective, Xavier Mussat reprend le fil de son étrange couple sans chercher à l'embellir, sans l'enlaidir d'amertume… il me semble qu'il est parvenu à le faire avec suffisamment de recul. Son incompréhension reste inchangée.

Ce récit autobiographique se focalise sur le lien autodestructeur qui s'est tissé progressivement. Egoïste et profiteuse, son ex-compagne suscite un mélange d'attraction-répulsion avec lequel on doit composer pendant la lecture. Je ne suis pas parvenue à ressentir une quelconque forme d'empathie pour elle ; agacée par son ambiguïté et son inconsistance, j'ai eu du mal à tenir compte de sa souffrance psychique. Elle cherche ses limites et ne parvient pas à faire croire à sa pusillanimité. Elle mène une quête d'identité qui semble vaine. Pour autant, elle m'a fascinée. Impossible d'anticiper ses actions, ses réactions, elle dit tout et son contraire. On essaye de la cerner. L'auteur a eu le même mouvement à son égard, il s'aide de nombreuses suggestions verbales et graphiques pour rendre compte de cela. Les non-dits permanents laissent le lecteur face à ses propres interprétations et conclusions. Il se heurte à un échec et les quelques 240 pages de l'album qui ne nous suffiront pas pour la comprendre. Ce qui donne du corps et délimite un peu cette femme, c'est finalement l'apparence que l'auteur lui donne. Fine et féline, aussi mystérieuse que belle, on la sent dangereuse et dans une incapacité totale d'identifier ses propres désirs…

Les métaphores visuelles de l'album sont atypiques et singulières. Dès la première page, le lecteur est témoin d'un échange entre le narrateur et un vautour. Je m'attendais donc logiquement à ce que le rapace soit un personnage récurrent dans le récit mais il n'en est rien… pas de façon directe du moins. Cependant, le côté morbide est omniprésent dans le récit.

La veine graphique n'est pas sans me rappeler des auteurs comme Charles Burns ; peut-être cette comparaison hâtive tient-elle au fait que l'on est face à un emploi permanent de la métaphore (essentiellement visuelle). le ton est donné dès la première de couverture où l'auteur dissèque symboliquement cette femme pour tenter de la comprendre. Comment est-elle faite ? de quoi est-elle faite ? Comme lui, on aimerait pouvoir faire de cette femme une souris de laboratoire, vérifier que tout est à sa place, chercher ce qui dysfonctionne… On essaye, comme lui, de trouver la cause de ce déraillement psychique afin de rationaliser les choses et contenir sa propre incompréhension. Cette femme est le genre d'individus qui force à se remettre en cause. Les propos de Xavier Mussat ne répondent à rien et laissent les questions intactes, vierges de toute explication. En fin de compte, pourquoi a-t-il mis autant de temps à accepter l'échec de cette relation ? D'ailleurs, la démarche de l'auteur est-elle réellement d'observer les faits pour tenter de se les approprier enfin ? Et pourquoi n'y a-t-il aucune pudeur dans la manière de rendre compte de ses sentiments ?
Lien : http://chezmo.wordpress.com/..
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