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Critique de Pois0n


Pois0n
  03 mars 2019
Vendu comme un thriller (c'est même écrit sur la couverture), Un appartement à Paris n'en est finalement même pas l'ombre. N'espérez pas y trouver le moindre suspense, la moindre tension, et encore moins trembler pour les protagonistes. On est même à peine dans le polar, bien que l'histoire soit parsemée d'enquêtes. Oui, d'enquêteS avec un S, car plus d'un mystère et d'un drame entourent le peintre Sean Lorenz.

Le fantôme de l'artiste maudit plane tout au long du livre, commençant à hanter Gaspard et Madeline à la seconde où ceux-ci pénètrent dans son ancienne maison, où se trouvent encore tous ses biens. Cette plongée en apnée dans l'intimité d'un inconnu suscitera la curiosité aussi bien du dramaturge désabusé que de l'ancienne flic. Chassez le naturel... Avant même qu'ils ne s'en rendent compte, les voilà lancés dans une véritable chasse au trésor à travers Paris, suivant les petits cailloux laissés par le peintre, faisant plus ample connaissance avec lui et son œuvre.
Cette première enquête suit le cheminement croisé des deux héros, reconstituant chacun de son côté le parcours de Lorenz, donnant au récit des allures de biographie fictive. Mais ce puzzle d'une vie n'est jamais lassant à lire, les personnages croisés par Gaspard et Madeline se révélant hauts en couleur. A l'image des toiles de Lorenz.

Car si la plume de Guillaume Musso se révèle simple et accessible, presque sans fioritures en dehors de l'avalanche de références culturelles qui émaillent le récit, la voilà qui devient plus étoffée voire même poétique dès qu'il est question de décrire les œuvres de ce maître imaginaire de l'art contemporain. A tel point que l'on n'a aucun mal à les visualiser, comme si les tableaux, les tags, prenaient soudain forme devant nos yeux. Et, mine de rien, ça immerge complètement dans le récit, en rendant tangible ce qui est par nature insaisissable : l'essence même d'une œuvre d'art.

Mais l'art n'est finalement pas au centre de cette histoire.
Brièvement évoqué à travers les projets de Madeline ou les souvenirs de Gaspard, le véritable thème se révèle à travers la seconde enquête, celle de la disparition du fils du peintre : la parentalité. A ce stade, Un appartement à Paris prend (enfin !) des allures de roman policier, même si les recherches ne sont en fin de compte qu'un prétexte pour balayer la question de la famille sous tous les angles.
Adoptive, soudée, éclatée ; aimante, indifférente ou tortionnaire ; les réponses aux questions des deux fouineurs se trouvent souvent bien plus loin qu'à la date des faits qui les intéressent. Et quand l'auteur introduit vaguement un tueur en série, il est trop tard : tout ça remonte à loin, les personnages ne se sentent pas plus impliqués que ça, il n'y a pas ou plutôt plus de danger pour personne. La troisième quête, celle des réponses, n'arrive que tardivement et, bien que son dénouement soit satisfaisant et offre au roman une jolie conclusion, on regrettera son côté un peu expédié.

Un appartement à Paris n'est donc pas du tout ce à quoi l'on pouvait s'attendre d'après la quatrième de couverture. Vous vouliez des secrets, des cadavres dans les placards ? Que pouic. Vous aurez plutôt une intrigue à tiroirs, où l'on décortique la vie d'un homme avant d'achever la quête de réponses qu'il n'a pas pu mener à bien. Grâce à ses enchaînements d'évènements, Guillaume Musso parvient à rendre son récit suffisamment accrocheur pour qu'il se lise tout seul, malgré une absence de tension. C'est l'anti-cliffhanger : le rythme est lent, posé, mais l'histoire avance tout du long de façon régulière. Le seul vrai gros point négatif, c'est qu'on nous répète à tout bout de champ et malgré un paquet de contre-exemples qu'avoir un gamin, c'est merveilleux, ça change la vie, patatipatata. Outre le fait d'être un poil gonflant à la longue, c'est surtout souvent contradictoire avec les évènements du livre !

Un appartement à Paris n'est donc pas du tout un thriller, pas complètement un polar, mais un roman somme toute bien foutu qui parle d'art, de famille et de l'éclatement de celle-ci à travers une enquête toute simple où les personnages sont autant à la recherche de réponses que d'eux-mêmes.
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