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Critique de paulotlet


paulotlet
  03 novembre 2013
Le 18 juin 1858, le biologiste Charles Darwin reçut une lettre qui le laissa sans voix. Un jeune collecteur d'insectes lui écrivait d'Indonésie pour lui soumettre un article dans lequel il émettait une hypothèse originale pour expliquer la variation des espèces. Selon lui, l'évolution était liée à un phénomène de sélection naturelle. Pour en arriver à cette conclusion, il avait observé la distribution des espèces et leur variation au cours de plusieurs années d'expéditions en Amérique latine et en Asie. A l'époque, Darwin affinait sa théorie depuis dix ans et ce qui n'était pour son correspondant qu'une géniale intuition commençait à prendre forme scientifique. Darwin dirait plus tard que c'était comme s'il lisait sa propre théorie. Piqué au vif, il se mit immédiatement au travail, publiant en 1859, ce qui restera son chef d'oeuvre: L'Origine des espèces.

Le jeune naturaliste s'appelait Alfred Wallace. C'était un autodidacte qui avait commencé sa carrière comme géomètre arpenteur puis s'était lancé dans l'aventure, voyageant dans le monde entier pour trouver des insectes et des oiseaux rares qu'il envoyait à un agent pour qu'il les vende aux musées et aux collectionneurs fortunés. Et cet homme là avait compris ce que tant de naturalistes de par le monde cherchaient en vain. Il écrirait au soir de sa vie: " L'idée me vint, comme elle était venue à Darwin, dans une intuition fulgurante; elle fut ensuite longuement mûrie - et transcrite avec les divers développements et applications qui m'apparurent sur le moment - puis recopiée sur papier fin et envoyée à Darwin - tout cela en l'espace d'une semaine. J'étais alors (...) un jeune homme pressé; lui, le chercheur patient et scrupuleux, préférait travailler à la pleine démonstration de la vérité qu'il avait découverte au lieu de s'assurer une reconnaissance immédiate".

A travers la figure un peu oubliée d'Alfred Wallace, Peter Raby ressuscite tout une époque, tout un monde. Extrêmement documenté, l'ouvrage évoque d'abord ce milieu étrange des collecteurs, nécessaires à la science mais méprisés par de nombreux universitaires parce qu'autodidactes. Ces jeunes explorateurs, en cheville avec des marchands londoniens prenaient des risques insensés pour mettre la main sur tel papillon rare ou telle espèce de paradisier au plumage flamboyant. Curieux de tout, il finissaient leurs carrières dans les cercles savants d'entomologistes ou de botanistes dont ils assuraient souvent le secrétariat.

Raby montre aussi que de nombreux scientifiques étaient depuis le début du siècle à la recherche d'une théorie de l'évolution. C'était un des débats les plus chauds dans ce milieu partagé depuis tant d'années entre évolutionnistes et catastrophistes. Au fond, Wallace savait ce qu'il cherchait.

L'ouvrage est passionnant parce qu'il nous montre Wallace dans son épaisseur, dans sa complexité. Un personnage souvent brillant mais volontiers entêté, prêt à défendre les idées les plus en pointe sur le plan politique ou scientifique, socialiste avéré et naturaliste de renom mais capable de se fourvoyer, parfois de manière grotesque comme lorsqu'il soutenait le spiritisme. Raby s'interroge aussi sur les raisons qui ont poussé à maintenir la figure de Wallace dans l'ombre. Il étudie très rigoureusement l'hypothèse d'un complot des amis et descendants de Darwin pour le faire disparaître des mémoires. Cette thèse, défendue par plusieurs historiens, part du principe que Wallace aurait eu l'antériorité de la découverte sur Darwin. En bon historien, Raby fait parler les archives, il confronte les souvenirs des uns et des autres, il convoque la correspondance Darwin - Wallace et analyse leur relation au cours des vingt-trois ans durant lesquels ils se sont côtoyés et sa conclusion est tout empreinte de bon sens. Quoiqu'il en soit, c'est bien Darwin qui a publié les textes fondamentaux et donné au monde une théorie définitive. Quant à l'oubli, n'est-il pas lié aux obsessions de nos sociétés qui aiment les grands hommes et ne partagent pas facilement les honneurs? Au total, ces 400 pages se lisent comme un roman et on plonge dans la communauté scientifique de l'Angleterre victorienne avec beaucoup de bonheur.

Il faut souligner l'engagement éditorial des Editions de l'Evolution qui publient cette biographie de Wallace en français. Il s'agit du premier ouvrage qui lui est consacré disponible dans notre langue, nul doute que cela vienne combler un manque.
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