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Critique de Jerry_Can


Jerry_Can
  09 janvier 2018
Le visage tanné par un soleil dont la rousseur a gagné la chevelure. Les traits ridés pareils à la terre craquelée, assoiffée de pluie. Et le ciel rendu pâle par l'astre incandescent, égaré dans un regard qui n'espère rien d'autre que le gîte et le couvert. Fabiano est à l' image du Brésil nordestin, sec et sauvage. Sa vie entière  est conditionnée par le sertão. Comme son père, il fait partie de ceux que la misère a choisi de soumettre à ses exigences. Exerçant la profession de vacher, il demeure sous les ordres des propriétaires terriens. Lui, c'est un autre homme qui l'exploite. Et s'ils appartiennent à la même espèce, son patron, contrairement à lui, a de l'instruction et la condition des gens bien-nés.  Fabiano n'est riche que de la sagesse des bêtes qui savent courber l'échine et passer leur rage sur le mors. Chef de famille, il entraîne son épouse, sinha Vitória, leurs deux garçons et Baleine, leur chienne famélique dans une indigence difficilement concevable. Ensemble, ils souffrent la soif lorsque la sécheresse décime le Nord du Brésil ou voit les inondations détruire le peu qu'ils parviennent à arracher à la terre à force de labeur. Ensemble, ils taisent leur douleur et pratiquent l'économie des mots. Peut-être parce qu'il y a des moments où même les mots sont insuffisants pour décrire la fatigue, les gorges asséchées, les corps meurtris et le vertige de la faim. Peut-être parce que ces mots, ils ne les connaissent pas, peut-être pour simplement pour économiser leurs forces ou dispenser les autres d'un verbiage inutile.
Roman publié en 1938, Vies arides, fait montre d'une modernité rare. L'écriture dépouillée et percutante s'allie à un découpage en courts chapitres apportant rythme et musicalité ; un effet contrastant fortement avec la vie des protagonistes englués dans une impitoyable pauvreté. A tour de rôle, chacun évoque son ressenti dans des introspections souvent poignantes.
L'auteur, Graciliano Ramos, qui s'est inspiré de son entourage pour créer ses personnages, excelle dans le registre réaliste. Sans fioritures, il exprime les pensées les plus secrètes de chacun des membres de cette famille -jusqu'à la chienne Baleine -  s'appropriant ainsi leur for intérieur avec grande justesse. Témoin impuissant, le lecteur se heurte de plein fouet aux drames successifs entraînant  Fabiano et sa famille dans une existence harassante. Soumis aux caprices de la nature et aux intransigeances des exploitants agricoles, Fabiano et les siens sont de la race des résignés, de ceux qui savent éteindre l' espoir d'une vie meilleure. Ils sont les forçats que la vie n'a pas épargnés,  pour lesquels chaque jour passé est un jour de moins à lutter. Ils sont des grains de poussière rejetés par les vents contraires, foulés et insignifiants. Ils incarnent ce Nordeste aride et sauvage; terre inclémente où les plantes épineuses blessent peaux et  âmes avec la même ardeur.
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