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Critique de Kirzy


Kirzy
20 septembre 2022
°°° Rentrée littéraire 2022 # 20 °°°

Dès les premières pages racontées avec une très vivante première personne, on apprend que le narrateur Stéphane est en galère à Jérusalem. Décidé à faire inscrire ses grands-parents comme Justes parmi les Nations, il s'y rendait pour présenter au centre Yad Vashem le tableau qu'un peintre juif aurait donné en remerciement à son grand-père résistant qui l'avait caché pendant la deuxième guerre mondiale. Mais voilà que le comité d'expert de Yad Vashem déclare que le tableau a été volé, qu'il s'agit d'une spoliation de bien juif, et que le peintre a été dénoncé puis déporté à Auschwitz où il a été assassiné. Une fois de retour en France, il décide de mener son enquête pour laver le déshonneur de sa famille. Mais comment débusquer la vérité plus de 70 ans après ? Les Israéliens se sont-ils trompés ?

Après un démarrage un peu laborieux dans sa présentation des faits, le récit bascule dans une enquête passionnante et rythmée de la région parisienne ( où vit sa tante qui lui a donné le tableau ) à Jérusalem, en passant par l'EHPAD d'Alès où séjourne le dernier résistant du réseau de son grand-père. Les derniers témoins étant rares, il va écumer les archives : celles du Musée de la Résistance et de la déportation à Toulouse ou encore celles du Centro Sefarad à Madrid.

A travers cette enquête et quelques chapitres judicieusement placés révélant la réalité des événements de 1943 – en l'occurrence le parcours du peintre juif et son épouse à partir des Cévennes - c'est tout un pan de l'Histoire qui est raconté : celui de la fuite des juifs en Espagne et des réseaux de passeurs via les Pyrénées. On découvre ainsi que malgré les diatribes antisémites de Franco, marquées par un antijudaïsme catholique, l'Espagne a servi de pivot pour des milliers de réfugiés juifs, notamment à partir de 1943 lorsque la victoire des Alliés semblant inéluctable, Franco a jugé préférable de se montrer souple sur sa politique de visas, n'empêchant pas l'arrestation de réfugiés illégaux, juifs ou pas, dans des camps de concentration comme celui de Miranda, avec un trafic d'oeuvres d'art très actif. Très habilement la vérité se révèle, bien différente de ce que pensaient au départ Stéphane ou les experts de Yad Vashem.

Pour finir de harponner le lecteur à suivre ces aventures rocambolesques, Benoît Séverac a choisi comme guide un personnage fort attachant de loser recouvrant sa dignité. Stéphane voit dans le tableau du peintre juif légué par son grand-père une occasion de réparer une incompréhension, lui qui a cherché en vain l'affection de ce papy dur et taiseux au point de ne jamais évoquer son rôle de résistant actif. Lui qui est au chômage sans réelle perspective de réinsertion veut transmettre à ses filles la fierté d'appartenir à une famille de Justes. Je regrette juste que l'auteur ait surchargé le récit avec les déboires conjugaux ( un peu vaudevillesques ) de Stéphane, cela alourdit le propos sans l'enrichir alors que le lecteur lui est avant tout captivé par la résolution de l'affaire historique, vraiment captivante.

Les notes et remerciements de l'auteur en fin d'ouvrage sont très touchants. Benoît Séverac y dit qu'il a imaginé son récit, totalement fictif, à partir de l'histoire du peintre autrichien juif Willy Eisenschitz qui a été hébergé dans la demeure cévenole de ses propres grands-parents. On comprend pourquoi la sincérité de l'auteur se distille aussi efficacement dans son roman, empreinte d'un vrai souci humaniste. Il est parvenu à digérer une grosse masse de documentation historique pour créer un roman très réussi accessible au plus grand nombre pour découvrir tout un pan de l'Histoire.
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