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Critique de Pois0n


Pois0n
  17 avril 2018
D'habitude, je me fie davantage aux critiques négatives que positives lorsqu'un livre m'intéresse, et à plus forte raison lorsque celui-ci sort de mes genres de prédilection. Las, j'y ai fait une entorse pour le Montespan, attiré.e par la promesse d'un roman historique sans langue de bois. … Eh bien, l'on ne m'y reprendra plus !

Le Montespan de Jean Teulé n'a pas pour vocation d'être une biographie pointue, plutôt un « roman inspiré de la vie de », et on le comprend dès les premières lignes, narrant la fin d'une soirée de beuverie qui tourne très mal. Les noms d'oiseaux fusent dans la plus grand confusion, mettant en exergue ce qui s'avérera être le plus gros défaut du livre : sa narration. Entre phrasé désuet et modernité, langage précieux et tournures de phrases étranges, l'ensemble est étrangement inégal, donnant l'impression d'un auteur parfois très, très fatigué en fin de soirée (). Les chapitres sont, à l'instar des phrases, très courts. Consacrés à des moments précis de la vie du marquis et parfois sans vrai repère temporel pour permettre de situer l'action ; d'une page à l'autre, il peut donc aussi bien s'écouler quelques jours que plusieurs années, on ne sait pas toujours. Bref, en un mot comme en cent, c'est tout simplement mal écrit. Quant au côté grossier évoqué par d'autres lecteurs ici même, il n'est, curieusement, pas le coeur du problème. Alors oui, le langage employé est souvent assez cru, et là où l'ensemble du livre manque pas mal de détails (en particulier historiques, un comble !), on a droit à une description aussi précise qu'il est humainement possible de le faire de la Montespan taillant une pipe au Roi-Soleil, digne de ce qu'on peut trouver dans certaines romances érotiques de ma bibliothèque. Mais bon, les scènes osées relativement nombreuses sont (presque) justifiées par le contexte, même si elles n'arrangent pas le mauvais goût ambiant.

Car ce qui transparaît le plus dans le roman de Jean Teulé, c'est qu'il y a bel et bien « quelque chose de pourri au royaume de France ». Et pour faire passer le message, tous les moyens sont bons, quitte à ce que les seuls détails donnés tombent dans le voyeurisme. Ici, ça ne parle pas de dents gâtées pour l'amour du petit détail historique, ça parle de dents gâtées, de gens qui se pissent dessus, d'un homme assailli par des lancers de matière fécale (dont on nous donne même la consistance et l'origine). Bref, ne pas lire après avoir mangé. Alors oui, on apprécie l'absence de langue de bois sur la difformité des enfants du Roi ; oui, c'est une bonne chose d'avoir cassé l'image de glamour de la haute société versaillaise (qui ne l'était pas) ; mais à côté du reste, le texte s'avère souvent bien plus vulgaire que nécessaire. La palme revenant aux dernières lignes du roman, où  : à ce stade, c'est de l'humiliation posthume, aussi morbide que répugnante.

Vraiment, l'histoire du plus célèbre cocu de l'histoire de France méritait un meilleur traitement. En l'état, il est assez difficile d'apprécier et l'ironie de la situation, et le personnage pourtant dépeint avec sympathie (mari aveuglément épris, père dévoué, seigneur certes désargenté mais proche de ses serfs...), contrairement à la noblesse qui en prend vraiment plain la poire. Jean Teulé aura également réussi à rendre le fils particulièrement détestable.
Et quid du côté supposément drôle de l'histoire ? Eh bien, on sourit parfois mais pas souvent, le seul passage vraiment amusant étant le chapitre consacré à Charles II d'Espagne. le reste () n'a vraiment rien de poilant : comme tout le reste, c'est vulgaire pour être vulgaire.

Bref, aussi malaisant que désagréable à lire, il n'y a vraiment, mais alors vraiment rien à sauver dans le Montespan.

Pour une fois que je quitte les rivages de la littérature de genre (SFFF et romance principalement donc), je m'attendais tout de même à une certaine qualité littéraire, surtout dans le cadre d'un roman historique. Râpé : au lieu de ça, j'ai eu droit à un Closer version dix-septième siècle, à savoir du sensationnel nauséabond tirant chacun de ses protagonistes vers le bas.
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