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Critique de morganex


morganex
  08 avril 2018
Tout d'abord, merci à Babelio, Masse critique et aux Editions Gallimard.

"Les affinités" est un roman d'anticipation à très court terme. L'auteur examine les possibles à partir d'un sujet d'actualité: les réseaux sociaux et leur empreinte sur la société. Il extrapole à partir d'une question apparemment banale: peuvent t'ils obtenir suffisamment de force économique et sociale pour prétendre au pouvoir politique..? Et quelles seraient les conséquences de leur accession au plus haut niveau ..?

"Dragon déchu" de Peter F. Hamilton décrivait, entre autres, une société où la notion de patriotisme d'entreprise avait remplacé celle de patriotisme de nation. En gros, le citoyen mourrait sur le champ de bataille spatial au nom d'une entité boursière; l'ennemi étant celui d'en face, en allégeance financière à une autre, tout aussi immatérielle. Les frontières disparaissaient, l'actionnariat forcené légitimant tout, même le pire.

"Les affinités" de Wilson fonctionnent sur un postulat à peine différent. La situation de départ est néanmoins d'apparence beaucoup plus philanthropique, l'humanisme légendaire de l'auteur passant par là. "Les affinités" sont des groupes sociaux (5 principaux et 21 annexes de moindres importances) constitués à partir de tests bénévoles mais payants qui consistent, pour un individu donné, à définir à quel groupe sociétal il appartient. La somme des données amassées permet de l'intégrer (ou pas) à l'une des 26 affinités existantes. Ce qu'il est aidera ses affinitaires à oeuvrer dans le sens commun.

Il y a là quelque chose du gestalt fusionnel imaginé par Sturgeon dans "Les plus qu'humains" quand l'union fait la force. Chaque affinité est farouchement autonome, opportuniste, orgueilleuse et déterminée; se sent investie du devoir d'accoucher de la meilleure des sociétés possibles. Ce au profit de ses seuls sociétaires et paradoxalement au nom d'un objectif sociétal idéalisé différent d'un rêve à l'autre. Deux d'entre elles, les Taus et les Hets ont des ambitions sociale, économique et politique immodérées, elles rêvent de mainmise absolue. Des jeux d'influence sans pitié se trament dans l'ombre, le pouvoir ultime est si proche pour l'une des deux que la mort de l'un des affinitaires de base n'est rien, qu'un détail mineur appartenant à la victoire ou la défaite.

Ainsi se côtoient sur ce petit monde fermé qu'est notre Terre d'ici à quelques années à peine : un système géopolitique traditionnel au bord du conflit nucléaire en début de roman (il n'apparait qu'en background occasionnel), deux sociétés "affinitaires" sans frontières et sans pitié aucune l'une pour l'autre, des recalés aux tests (sans affinités diagnostiquées) et des réfractaires (presque des apatrides volontaires), des systèmes religieux qui... etc.

Le reste appartient aux péripéties imaginées par l'auteur.

Adam Fisk, en mal de positionnement familial et économique stable, passe les tests d'affinité. Diagnostiqué Tau, il intègre une communauté qui par les jeux d'entre aide, lui assure une assise sociale importante et reconnue. Il est désormais à cheval entre un ancien modèle social qu'il rejette, mais dans lequel subsistent encore certaines amitiés et amours importantes qu'il souhaiterait ménager, et un nouveau qu'il espère totalement sien et Tau. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Les forces de R. C. Wilson sont multiples.
Son oeuvre est reconnue, encensée, plébiscitée par le fandom SF via ses postulats de départ forts, étonnants, ambitieux, complexes, proches de ce sens of wonder qui est le Saint Graal du SF-fan. A peine lui reproche t'on parfois de ne pas vraiment aller jusqu'à l'extrême bout de ses idées (c'est dire leur force d'impact sur les sociétés qu'il décrit).
Il est en outre suffisamment "transfictionnel" pour enchanter le lecteur de littérature générale. Il inclut dans ses trames flamboyantes des héros à hauteur d'homme qui trimballent leurs problèmes d'hommes, qui interagissent aux rythme de leurs défauts et qualités. Wilson ne véhicule pas de super-héros, il brasse ses personnages dans des situations qui les dépassent.
S'ajoutent à ce portrait d'auteur un humanisme presque palpable et un talent d'écriture qui use de simplicité pour décortiquer des phénomènes sociétaux et (pseudos)scientifiques très complexes.

PS: il y a aussi un peu de "L'Oreille Interne" de Silverberg dans ce roman: dans le sens de la grandeur et de la décadence d'un don: solitaire chez Silverberg, collectif chez R.C. Wilson.

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