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Critique de Gwen21


Gwen21
  18 octobre 2012
Après bien des hésitations, je me lance ! Je vais (enfin) écrire une critique sur le roman qui occupe la première place de mon top littérature depuis 20 ans et que nulle autre oeuvre ne semble pouvoir détrôner.

Rien que ça ? vous direz-vous mais en réalité, sachez que je ne disposerai jamais dans mon vocabulaire d'assez de superlatifs pour faire l'éloge du moins noir des romans des Rougon-Macquart.

"Au Bonheur des Dames", c'est tellement de choses à la fois, qui trouvent tant de résonances en moi même si un siècle et demi me sépare de son récit. C'est un roman atemporel parce que précurseur ; c'est un roman dont la trame évoque non seulement l'évolution d'une très belle histoire d'amour, dans toute sa complexité sentimentale et psychologique mais aussi la mutation profonde de toute une société, bouleversée dans ses valeurs et dans son rapport à la consommation. Une société de plus en plus confiante dans son affirmation neuve des goûts individuels comme des aspirations collectives.

"Au bonheur des Dames" est quasiment un huis-clos dont le personnage principal n'est aucunement Denise, cette jeune et frêle orpheline normande jetée dans le grand Paris moderne pour s'y faire une place, ou Mouret, ce golden boy du commerce qui soumet les femmes par sa profonde connaissance de leurs faiblesses. Non, le personnage principal du roman est le magasin Au Bonheur des Dames lui-même, devenu grâce à la magie distillée par la plume experte de l'auteur, un être vivant et pensant dont les organes sont les rayons, eux-mêmes palpitants de la vie de leurs vendeurs, de leurs clientes et de leurs marchandises. le microcosme gigantesque de ce magasin de Nouveautés parisien (actuel Bon Marché- Rive Gauche) dépasse le simple cadre d'un récit ; il est le récit.

Aux indisposés de la description qui n'assimilent pas que la description, exercice si difficile qu'il est volontiers abandonné par des Marc Levy et des Guillaume Musso au profit d'une "prose" facile et vulgarisée, est l'outil majeur dont un auteur dispose pour donner vie et relief à son oeuvre et à ses personnages, je donne cet avertissement : oui, vous trouverez dans ce roman des pages et des pages de descriptifs, tous plus flamboyants les uns que les autres, témoignages finement ciselés de la passion que l'auteur a voulu communiquer à ses lecteurs via son style.

Ceci dit, revenons à l'oeuvre...
La nature de la relation amoureuse qui unit Mouret et Denise est romantique. Ces amants représentent pour moi l'un des couples les plus émouvants de la littérature mondiale. La sensibilité, la pureté, le courage et la persévérance de Denise en font une héroïne digne d'être aimée. Son orgueil, sa beauté, sa puissance et son abnégation font de Mouret un héros digne d'être aimé par une femme telle que Denise.

La narration est également très bien soutenue par un panel de personnages secondaires extraordinaires qui sont aussi fouillés dans leur comportement et leur psychologie que les personnages principaux. Baudu, Jean, Clara, Mme Desforges, les clientes, le financier, Bourras, Pauline... sont tous criants de réalité et participent pleinement à la grande fresque haute en couleurs offerte par Emile Zola à ses lecteurs.

En replaçant le roman, écrit en 1883, dans son contexte historique et politique, le lecteur pourra également apprécier toute la portée d'une satire sociale omniprésente et visionnaire, inscrite en filigrane tout au long de l'oeuvre et qui caractérise toute la série des Rougon-Macquart.
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