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Par zorazur, le 31/10/2012
A mon corps désirant : Ou la main du feu de
Alberto Ruy Sánchez
C'est l'heure où, à Modagor, le soleil prend les amants par surprise. Il n'interrompt pas leurs baisers inassoupis, il les illumine. L'élan amoureux qui les lie depuis la nuit par le baiser est un lien invisible, fil d'air qui, sans jamais se rompre, les confond, fait d'eux un seul et mille corps à la fois.
Ils s'aiment minutieusement de leurs yeux affamés, de leurs bras d'eau vive, des doigts de leur langue, d eleur folle pituitaire insatiable. Leurs lèvres à vif ont réponse à tout et révèlent totu sans le dire.
Ils ne savent plus depuis quand ils s'explorent sans trève, se délectent l'un de l'autre, se reconnaissent, ne se reconnaissent plus, se reconnaissent tels qu'ils ne se sont encore jamais reconnus. Leurs baisers scandent les durées intérieures, les éons de leurs corps aux milliers de pores entrouverts, aux milliers de bras, de jambes, de doigts entrelacés ; les baisers et quelques paroles tressées avec ardeur, calligraphies doucement formées d'un seul trait sûr. De leur peau émanent les feux fuyants de l'amour.
Le soleil cadence une autre durée, extérieure, celle de la révolution du globe, des instruments et des machines qui marquent les heures, mais aussi celle du mouvement des planètes, de l'attraction mutuelle des amants changés en pierre d'aimant, quand l'un devient la pleine lune de l'autre et sa plus grande marée.
La lumière du soleil qui peu à peu les atteint cède à leur peau un surcroit de chaleur, de volubilité, imprime à leurs lèvres un sourire renouvelé et leur souffle à l'oreille que la nuit, leur nuit, n'est pas finie. Elle est passée dans leur peau avec chaque mouvement de leurs hanches ; ils l'ont poussée dans l'orifice où elle est restée, ombre épaisse et lisse, très noire, sous le suc luisant qui les unit et d'où elle ne veut plus sortir. Elle bat au rythme de leur sang, respire par leurs plis.
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Par zorazur, le 02/11/2012
A mon corps désirant : Ou la main du feu de
Alberto Ruy Sánchez
La première chose à faire pour tâcher de comprendre le désir d'une femme, c'est, il me semble, de mettre la main sur elle – certes, on touche d'abord quelqu'un du regard, de la voix, et par d'autres moyens mis en jeu pour entrer en contact avec sa peau, chose simple, pourrait-on croire, mais en fait très compliquée, parce qui sait où commence exactement la peau d'une femme et où elle finit vu qu'elle s'étend et se rétracte de manière telle que pour les uns elle passe inaperçue, et pour les autres demeure un mystère.
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Neuf fois neuf choses que l'on dit de Mogador de
Alberto Ruy Sánchez
Pour diverses raisons et déraisons, on l'appelle aussi "La ville des désirs". On croit qu'elle a été créée par des marins en quête d'un port en eau calme. Ou par ceux qui naviguent sur l'autre mer de Mogador, celle de sable : les caravaniers qui traversent le Sahara et désirent ardemment, eux aussi, un havre où se remettre de leurs épreuves. Elle a ainsi été présente dans l'esprit et les sens des navigateurs du sel et du sable bien avant d'être là où l'on peut la voir à présent. Encore que, même à présent, quand on va vers elle, pendant la longue traversée des eaux ou des dunes, on la réinvente .
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Neuf fois neuf choses que l'on dit de Mogador de
Alberto Ruy Sánchez
C'est pourquoi les ciels de Mogador sont considérés comme des entités quasi inconcevables mais représentées par des êtres qui sont autant d'échos de l'eau, de la terre, de l'air et du feu, aussi longtemps qu'ils se désirent, s'attirent et se repoussent. La musique des sphères est à Mogador musique du désir.
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Par zorazur, le 02/11/2012
A mon corps désirant : Ou la main du feu de
Alberto Ruy Sánchez
Une fois encore je me suis posé sérieusement la question : qu'est-ce qu'un texte ardent ? En quoi peut bien consister la chaleur des mots, et à quoi tient la sensualité de ce qu'on écrit ? Comme j'ai toujours été quelqu'un qui se laisse davantage guider par ses obsessions que par la discipline, la question réapparaissait tel un oiseau migrateur, une pluie tropicale en fin d'après-midi, ou l'une de ces difficultés sur lesquelles on ne manque jamais de buter.
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