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Par Pingouin, le 20/05/2012
Contre la pensée unique de
Claude Hagège
De plus, en voulant, comme on en a le projet, généraliser l'enseignement de l'anglais dès les premières classes de l'école primaire, on ne se soucie pas de savoir si le français lui-même est suffisamment connu des écoliers français, et si sa bonne connaissance n'est pas un préalable absolu à tout apprentissage multilingue précoce.
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Par Pingouin, le 19/05/2012
Contre la pensée unique de
Claude Hagège
Le consentement docile de l'Europe soumise à la pression culturelle américaine est d'autant moins justifié, et la dépendance européenne d'autant plus surprenante, que l'Europe est elle-même une source essentielle de la culture américaine. Elle devrait voir dans le reflet, plus ou moins heureusement recomposé, qui lui est renvoyé de son image l'occasion de la renouveler au lieu de s'égarer dans le mimétisme et la stérilité.
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Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
Inuit : (...) les inuits vivent dans des conditions dont on peut se représenter la rudesse, par un climat qui atteint couramment -45°C, sur une calotte glaciaire qui n'offre aucune végétation. L'absence de repères, les incessantes variations de lumière, les forces oppressives de la nature contre lesquelles ces hommes sont en lutte constante, tel est l'ordinaire de leur existence. De là les efforts permanents pour défendre et maintenir la vie, au milieu d'une faune dont ils ne tirent assistance, mais aussi subsistance, que moyennant un travail opiniâtre de chaque jour. Les inuits ont donc déployé des merveilles d'imagination et de raffinement pour investir l'immense poésie dont ils sont capables dans le bien le plus précieux qu'ils possèdent : leur langue.
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Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
À l'article Navajo (langue des indiens du même nom) : (...) beaucoup de verbes usuels n'ont littéralement pas d'expression en soi. Ainsi, alors que la plupart des langues ont un verbe "donner", le navajo (...) propose une vingtaine de verbes différents selon que l'on donne un objet souple, comme une lanière, long, comme un bâton, susceptible d'être rassemblé en paquet, comme du foin (...). L'étude des langues nous apprend à embrasser la diversité des modes d'appréhension du monde : ce qui paraît insignifiant aux uns est capital pour les autres, ce que la langue des uns ne mentionne même pas, celle des autres en décrit sans répit les plus menus détails.
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Par Ecureuil, le 15/07/2012
Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
[Le "Rapport du Conseil supérieur de la langue française sur les rectifications de l'orthographe", publié en 1990,] propose des modifications [orthographiques] sur divers points. Il est divertissant, autant qu'instructif, d'en dire quelques mots, car sur tous ces points, les amoureux de la langue française qui sont aussi des amoureux de son orthographe, pour autant qu'ils la connaissent bien, ne peuvent que trouver mille aliments à une sainte révolte d'idolâtres offensés.
(Orthographes française et anglaise, p. 528)
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Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
Mais chacun sait qu'on ne se contente pas d'additionner, on soustrait, ou extrait, également, et à ces opérations sont parfois sous-jacents de savants calculs : en yoruba (langue de la famille kwa parlée au Nigéria), 45 se dit « cinq soustrait à (3 × 20 dont sont extraits 10) », et en oriya (Inde), 275 propose à l'imagination arithmétique un ingénieux sentier (à vrai dire promptement assimilé par les locuteurs autochtones) : « un quart (de 100) extrait de 3 × 100 » !
(Comptage p. 125)
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Par Ecureuil, le 15/07/2012
Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
Divers noms de langues australiennes du sud du pays, comme le wembawemba, le jodajoda, le madimadi ou le wadiwadi, sont, en fait, des dénégations avec répétition du mot négatif, c'est-à-dire signifient, dans les langues en question, "non non !", pour la simple raison que les usagers, interrogés, ne comprenaient pas ce que les étrangers demandaient, et le manifestaient ainsi !
(Noms des langues, p. 498)
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Par Ecureuil, le 26/06/2012
Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
"le médecin a examiné ma jambe"
"le plombier a examiné mon lavabo"
[...]
L'opposition de l'aliénable et de l'inaliénable, même si elle est absente de la morphologie d'une langue comme le français, n'est pas tout à fait absente de ses structures si on les étudie de près. La jambe et le lavabo sont tous deux accompagnés du même possessif "ma" dans les deux exemples donnés plus haut, et rien ne permet donc, apparemment, de distinguer ma jambe et mon lavabo. Pourtant, si l'on peut dire "je me suis cassé la jambe", les francophones autres que ceux qui vivent en Provence ou en Gascogne auront quelques réticences à dire "je me suis cassé le lavabo".
Cela signifie que si l'on emploie une structure prenant pour modèle "je me suis" et contenant un article défini, on ne peut pas, en français autre que méridional, traiter un objet de possession aliénable de la même façon qu'un objet inaliénable, possédé de manière inhérente et naturelle, comme une partie du corps [...].
(Inaliénable, p. 327)
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Par Ecureuil, le 26/06/2012
Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
[En langue inuit] on peut dire, par exemple :
kusanartu-nik sapangar-sivoq (beau-INSTRUMENTAL.PLURIEL perle-il.a.acheté)
"il a acheté de belles perles".
La traduction exacte de cette étonnante phrase donnerait en français, si c'était possible "il a acheté-perle au moyen de belles"
ce qui veut dire que l'on a ici trois phénomènes très rares : d'une part, le nom désignant l'objet acheté est incorporé au verbe, ce qui est inusité en français, où on ne peut pas dire "perle-acheter" ; d'autre part, l'adjectif se rapportant à ce nom, ici "kusanartu" (beau/belle) qui qualifie "sapangaq" (perle) est détaché du groupe de cohésion qu'il constitue avec ce nom ; enfin, cet adjectif ainsi extrait prend une marque d'instrumental pluriel, qui donne son sens pluriel à "sapanga", alors même que ce dernier mot est incorporé au singulier !
(Inuit, p. 346)
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Par Ecureuil, le 21/07/2012
Dictionnaire amoureux des langues de
Claude Hagège
En Bulgarie, jusqu'au début des années 1990, qui virent la fin du régime communiste, la norme proscrivait l'usage du parfait , temps [qui en bulgare permet d'indiquer un fait passé dont on n'est pas certain] pour référer aux évènements postérieurs à 1923, [année de l'arrivée au pouvoir des communistes, ces faits] étant vus par la doctrine officielle comme nécessairement avérés [...]
(Témoignages, p. 637)
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