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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
1er septembre 1942 : Ce soir *Rex (Jean Moulin) demeure songeur. Je sais qu’il pense aux Juifs. Après un moment, faisant allusion aux bourreaux, il ne peut s’empêcher de lâcher : « Quels salauds ! » C’est la première fois que j’entends un gros mot dans sa bouche. Comme je ne sais que répondre, il reprend : « Vous joindrez les lettres pastorales au prochain courrier. Il faut tout faire pour répandre la vérité sur ces crimes. Il faudrait une lame de fond pour réveiller l’opinion et arracher ces malheureux à leur sort. Hélas, que pouvons-nous ? C’est dans une telle occasion que la Résistance révèle son impuissance. »
Il reprend les termes mêmes de Bidault, et je sens dans sa voix une profonde indignation.
p. 519
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Est-ce la cause de l'automne ? Le drame d'Alger a ouvert une période de désarroi, aggravée ces derniers jours par la triste lâcheté de Gide et Valéry, mes maîtres révérés.*Rex avait demandé à *Lorrain de les contacter afin d'obtenir leur adhésion à de Gaulle. L'initiative de *Rex agitait un grand espoir, et je ne doutais pas que ces deux gloires deviennent les recrues les plus spectaculaires de la France libre.
Quelle ne fut pas ma déconvenue lorsque je transmis leur refus à *Rex : Gide, parce qu'il estimait avoir atteint l'âge où les engagements sont clos ; Valéry, parce que Pétain l'avait accueilli sous la Coupole et qu'il jugeait inélégant d'apporter une caution à son adversaire, même s'il disait être de tout cœur avec de Gaulle.
Ces défections m'ont scandalisé. Mes camarades chasseurs, ceux de la Résistance offrent leur vie pour la victoire. D'autres offrent leur “cœur”… impuissant.
p. 700
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Samedi 28 novembre 1942 : Sabordage à Toulon. A 7 heures, je sonne chez *Rex (Jean Moulin). Je lui apporte une nouvelle effrayante parue dans les journaux : hier, à 5 h 25, la flotte française s'est sabordée à Toulon. L'amiral de Laborde a appliqué les ordres donnés en juin 1940 par l'amiral Darlan.
*Rex commence sa toilette, signe qu'il a dû se coucher tard. A l'annonce du sabordage, il s'arrête le visage barbouillé de savon, et réclame les journaux qu'il étale sur le lit. Ses traits manifestent stupéfaction et crédulité : “Comment des officiers français ont-ils pu faire ça ? C'est un crime contre la France ! Le dernier que peut commettre Vichy, après tant d'autres. Les misérables. “
Il retourne à sa toilette : “Si les Français ne comprennent pas maintenant que le Maréchal est un traitre, c'est à désespérer du patriotisme !”
p. 669
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Par luocine, le 11/01/2010
Alias Caracalla de
Daniel Cordier
J’ai envie de l’embrasser pour le remercier de tout : son présent, son retour, l’homme qu’il est Mais *Rex n’est pas quelqu’un que l’on embrasse. En dépit de son sourire et de sa gentillesse, son regard creuse un abîme entre nous.
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
De votre conduite dépendra la vie de vos camarades. Vous n'avez pas le droit de la mettre en jeu. La guerre clandestine que nous conduisons en métropole n'est pas celle pour laquelle vous avez été préparé. Elle se vit seule et sans uniforme. La règle exige que vous n'ayez là-bas que peu de contacts avec vos camarades ou vos chefs, seulement pour des questions de service. De plus, il vous est interdit de revoir vos amis d'autrefois et encore plus votre famille. Vous n'aurez pas de réconfort moral, que vous apporte l'armée régulière, d'être entouré à toute heure par vos camarades de combat. Vous vivrez seul, prendrez seul vos repas, etc. Vous entrez en solitude. Pas de dimanche, de samedi, pas de permission. Vous êtes au front vingt-quatre heures sur vingt-quatre, parce que la police et la Gestapo vous traqueront jour et nuit.Vous pouvez être arrêté à tout moment. Ces deux conditions, solitude et danger permanent, sont très dures à supporter : votre mission aggrave l'isolement puisque vous serez en exil dans votre pays.
Gallimard 2009, Folio n° 5206, p. 289
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Je me souviens de scènes pénibles, à Pau, après l'annonce de la capitulation du roi des Belges. Dans la rue, les passagers des voitures immatriculées en Belgique étaient insultés. La population refusait de les héberger, de les nourrir et se jouait d'eux en ricanant. Certains, se vantaient de leur vendre 5 francs une carafe d'eau du robinet : le prix d'un repas !
Folio, n° 5206, p. 91
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Nous admirons l'héroïsme des Russes qui luttent victorieusement contre les Allemands encerclant Stalingrad. Bidault manifeste un regret : ” Ma seule réserve, c'est que la victoire renforcera la dictature communiste. ” *Rex enchaine : ” Souhaitons que les Alliés n'arrivent pas trop tard.”
Les deux hommes me paraissent bien pessimistes : ni l'un ni l'autre ne semblent croire à un Débarquement prochain en France. Pourquoi ? ” Parce que c'est long, dit *Rex, et compliqué à préparer et que les Russes n'ont pas encore détruit l'armée allemande.” Une course de vitesse est engagée entre les Alliés : ” S'ils occupent l'Europe avant les Anglo-amricains, ce sera catastrophique”, ajoute-t-il. Bidault acquiesce. Je n'ose rien dire, mais pense qu'ils se trompe tous les deux.
Folio n°5206, 1-1-1943, p. 734
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Je livre mes réflexions à Philippe Marmissolle lorsqu'il me rejoint. Habitué à mes humeurs, il ne se départit pas de son calme. En dépit de ma véhémence, il pense autrement : ” Le vengeance n'est pas pour demain.Il faudra d'abord rentrer en France. Attends d'être arrivé en Angleterre pour voir comment ça tourne. Tu penses trop à la politique. C'est quand même Gamelin qui était le chef des armées. Il a perdu en quinze jours une guerre qu'il prépare depuis dix ans. Il n'y pas que les traitres, il y a aussi les vieux cons.”
Folio n° 5206, p.85-86
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Quand j'entre dans le bureau de la revue, (La France libre) l'homme à l'œil malicieux qui se lève et vient à moi la main tendue n'est autre que Raymond Aron. (…) “Puisque vous retournez en France, je vous demande un service pour la liberté : dites aux résistants qu'à la Libération, ils devront s'opposer par tous les moyens aux ambitions du Général. Sinon, ce sera la catastrophe pour le France. ”
Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p. 377
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Alias Caracalla de
Daniel Cordier
Alors que je déjeune seul Chez George, une de mes cantines londoniennes, je vois arrivé Guy Vour'ch, dont je suis sans nouvelles depuis mon entrée au BCRA. (…) Il est accompagné de Guy Hattu, qu'il me présente comme l'e neveu de Bernanos. Tous deux travaillent à Radio-Gaulle, une petite station pirate censée émettre clandestinement en France occupée.
Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p. 372