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ISBN : 207074311X
Éditeur : Gallimard (2009)


Note moyenne : 4.67/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Voici donc, au jour le jour, trois années de cette vie singulière qui commença pour moi le 17 juin 1940, avec le refus du discours de Pétain puis l'embarquement à Bayonne sur le Léopold II.
J'avais 19 ans. Après deux années de formation en Angleterre dans les For... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Bigmammy, le 22 juillet 2011

    Bigmammy
    C'est un livre terrible, si les mots ont encore un sens, sur la Résistance et sur les Français.
    Au commencement était un beau jeune homme de la grande bourgeoisie du Sud Ouest, élevé chez les Pères de Saint Elme d'Arcachon, choyé par une famille recomposée, mais aimante, bourré des préjugés de son époque (l'Action française, et hélas l'antisémitisme), mais bon fils de la France, et qui se lève sans hésiter pour la défendre quand elle est dans l'abîme. Avec quelques autres gamins, il s'embarque « tout naturellement » sur un rafiot belge le 21 juin 40, et se retrouve près de Londres dans l'unique bataillon des soldats de la France libre.
    Accueillis fraternellement par les Britanniques – l'inspection du Roi George VI devrait faire taire pour l'éternité les anglophobes - nos cadets se forment vite, à commander une section, ou, comme Cordier, à être parachuté en France.
    En juillet 42, il rejoint à Lyon un chef de la Résistance, dont il ne connaîtra l'identité qu'après la guerre. Il est son secrétaire, à la fois transmetteur, chiffreur, officier de liaison et chef de cabinet, au sens que prend cette fonction dans le corps préfectoral – mais ici, le préfet et sa préfecture sont clandestins !. Très vite, il se dévoue à ce patron organisateur et lucide, qui poursuit un seul but : unifier les mouvements de Résistance autour du Général de Gaulle (à l'époque contesté par les Américains, qui lui opposent l'évanescent général Giraud). L'essentiel du livre est consacré à cette période allant de l'été 42 à l'été 43, où Jean Moulin monte le Conseil de la Résistance.
    On sait combien il est difficile de rassembler des Français, mais on est indigné, en lisant Cordier, par le comportement de certains chefs des réseaux. Leur ambition personnelle l'emporte sur toute autre considération, y compris le but de guerre (chasser les Allemands). Au mépris de la sécurité de centaines de jeunes résistants de base, ces chefs « clandestins » passent leur temps en intrigues et conciliabules pour savoir s'il faut attribuer 2 ou 3 sièges à telle tendance, et s'il faut ou non admettre les anciens partis politiques au Conseil de la Résistance. Ces allées et venues font la joie de la Gestapo, tout juste réorganisée, qui n'a plus qu'à tendre ses pièges. Or justement, ce sont les deux patrons nommés par le Général de Gaulle, le général Delestraint, et Jean Moulin, qui se feront prendre et assassiner. Hasard ? Erreurs techniques ? Trahison de voyous infiltrés par les Allemands ? ou pire ? Nul ne saura jamais, le Général ayant à juste titre décidé de jeter le manteau de Noê sur toutes ces vilenies, mais la lecture du livre laisse un goût amer.

    Lien : http://www.bigmammy.fr
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  • Par nescio667, le 07 août 2010

    nescio667
    De juin 1940 à juin 1943, le parcours d'un jeune français qui refuse la reddition de son pays. Convaincu que la situation peut être renversée, désireux d'en découdre avec les Allemands, Daniel Cordier s'embarque pour l'Angleterre avec quelques autres amis. A l'arrivée, ils seront trimballés de camps de regroupement en camps d'entraînement et suivront des formations diverses, sous des ordres tantôt anglais, tantôt français. L'attente est longue avant de recevoir une affectation et lorsqu'elle arrive, l'impatience d'aller au combat grandit. Finalement, c'est en zone libre que Cordier sera parachuté et qu'il deviendra –de manière inattendue- secrétaire de l'émissaire spécial de De Gaulle. Jusqu'à la fin, Cordier ignorera la véritable identité de celui qui se fait appeler ‘Rex' et à qui très rapidement il s'attachera. La stature, l'intelligence et la culture de son ‘patron' vont le confirmer dans certains de ses choix et le faire doucement évoluer politiquement. Anti-républicain, anti-démocrate et admirateur d'une droite pure et dure (Maurras et l'Action Française) il va progressivement se rendre compte de l'inanité de ces doctrines et embrasser celles prônées par De Gaulle et -surtout- faire siens les idéaux d'égalité, de patience et de compréhension que lui renvoie son nouveau « maître » : Jean Moulin. Une plongée dans l'univers ultra-politisé de la Résistance française, au cœur de ses luttes intestines qui l'on trop souvent minée et à cent lieues de l'image d'Epinal qui voudrait que tous les résistants oeuvraient de manière désintéressée à la libération du pays.
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    • Livres 5.00/5
    Par bruniquj, le 16 août 2011

    bruniquj
    Pour qui s'intéresse à cette période de l'histoire, ce livre est une merveille. Daniel Cordier décrit précisément son parcours qui l'amena à quitter Bayonne pour l'Angleterre (en espérant en fait arriver en Afrique du Nord) en juin 1940 jusqu'au mois de juin 1943.
    La partie centrale du livre est celle pendant laquelle il côtoya Jean Moulin tous les jours puisqu'il était son secrétaire. Fascinant exercice de mémoire 60 ans après les faits.
    Ce livre est captivant de bout en bout.
    Quelques regrets néanmoins. J'ai en fait ressenti une certaine frustration car le livre s'achève le 23 juin 1943, 2 jours après l'arrestation de son patron. Pourquoi ne pas avoir continuer à évoquer la suite, même succinctement (Daniel Cordier resta à Paris jusqu'en mars 1944) ? Ses relations avec le successeur de Jean Moulin ? Ses relations avec les chefs des mouvements (Frenay, d'Astier de la Viguerie, ...) qui combattaient Jean Moulin de son vivant ? Cela aurait été intéressant. Peut-être est-ce évoqué dans un autre de ces livres ?
    Autre frustration : on s'attache aux personnes évoquées, les seconds rôles, les sans-grades mais qui faisaient fonctionner la résistance. Leur sort n'est pas toujours évoqué et j'aurais aimé savoir ce qu'ils étaient devenus. Ainsi de Suzette, la belle Suzette, dont D. Cordier nous dit qu'elle a été arrêtée au même moment que le Général Delestraint mais sans évoquer son sort.
    Ces frustrations n'entâchent pas ce livre, magnifique, qui permet de mieux comprendre qui était Jean Moulin, ce que furent les dissensions au sein de la Résistance, ce que firent tous ceux qui ont eu le courage de combattre les nazis et leurs associés.
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    • Livres 5.00/5
    Par atchoum, le 17 janvier 2013

    atchoum
    Lecture très instructive et agréable. Pas d'envolées lyriques mais un récit très précis de l'année que l'auteur a passée auprès de Jean Moulin, comme secrétaire particulier.
    Instructif car ce récit est bien loin des récits traditionnels mettant l'accent sur l'héroïsme de la résistance. On est ici dans le réél, dans le quotidien, beaucoup moins glorieux mais beaucoup plus humain. le quotidien de Jean Moulin était en grande partie consacré à des aspects beaucoup plus terre-à-terre qu'on ne se l'imagine: problèmes logistiques, gestion des ressources humaines, gestion des influences, des égos, des ambitions. Finalement le lot de tout gestionnaire qui monte une organisation.
    Son travail avait un objectif et des impacts hors du commun mais les difficultés qu'il rencontrait étaient en fait bien ordinaires, bien banales. C'est ce contraste qui est bouleversant.
    L'héroïsme n'est pas absent pour autant. Disons que cela a pour effet de ramener l'épopée de la résistance a une échelle plus humaine, plus appréhensible. Une oeuvre nécessaire de démystification pour qui n'a pas vécu cette période trop souvent sublimée par les écrivains et les historiens.
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    • Livres 5.00/5
    Par luocine, le 11 janvier 2010

    luocine
    Sans aucune hésitation, je mets Alias Caracalla dans mes préférences. Ce n'est pourtant pas un roman. C'est parfaitement écrit, cet essai nous permet de suivre, jour après jour, les efforts de Jean Moulin pour unifier la résistance.
    C'est peu de dire que tous les coups sont permis. J'ai lu ce livre en me documentant sur l'internet pour mieux comprendre ce qui s'était passé dans ces années là. Et comme dans le site que j'indique, j'ai perdu un ami lorsque disparaît Jean Moulin.
    En filigrane du récit on voit l'évolution de Jean Cordier, son engagement derrière Maurras son évolution face aux trahisons de sa famille politique, et sa prise de conscience des ravages de l'antisémitisme. Cette passage est souvent cité tant il est sobre et en même temps très beau.
    J'ai passé trois semaines intenses loin du monde présent, mais j'ai mieux compris les conséquences sur la politique de notre pays. La page est aujourd'hui tournée mais pour comprendre l'opposition de Mitterrand au Général de Gaulle, je pense qu'il faut lire ce livre. Il n'en parle pas : Mitterrand n'est pas encore dans la résistance quand le livre s'achève mais l'opposition de de Gaulle aux partis traditionnels est très bien décrite. Les hommes des partis de la III° république ont dû ressentir tout son mépris face à leur inaction et à leurs divisions.

    J'ai été également très sensible à l'effort de mémoire que fait cet homme de 90 ans aujourd'hui pour se souvenir exactement de ce qui s'est passé. Pendant ces trois années sans aucun doute les plus importantes de sa vie. On le sent taraudé par un souci de vérité à l'heure près. À travers son regard, la résistance semble bien fragile et le fait d'hommes autant isolés que déterminés à combattre.


    Lien : http://luocine.over-blog.com/
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Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 15 avril 2013
    Un ouvrage illustré d'émouvantes reliques, lettres, caricatures, photos de famille, qui soulignent les vies multiples de ce fils de la Provence nourri au lait du radical-socialisme, devenu préfet sans renoncer à son amour du dessin et des avant-gardes.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par cequejelis, le 11 décembre 2011

    1er septembre 1942 : Ce soir *Rex (Jean Moulin) demeure songeur. Je sais qu’il pense aux Juifs. Après un moment, faisant allusion aux bourreaux, il ne peut s’empêcher de lâcher : « Quels salauds ! » C’est la première fois que j’entends un gros mot dans sa bouche. Comme je ne sais que répondre, il reprend : « Vous joindrez les lettres pastorales au prochain courrier. Il faut tout faire pour répandre la vérité sur ces crimes. Il faudrait une lame de fond pour réveiller l’opinion et arracher ces malheureux à leur sort. Hélas, que pouvons-nous ? C’est dans une telle occasion que la Résistance révèle son impuissance. »

    Il reprend les termes mêmes de Bidault, et je sens dans sa voix une profonde indignation.

    p. 519
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  • Par cequejelis, le 27 novembre 2011

    Est-ce la cause de l'automne ? Le drame d'Alger a ouvert une période de désarroi, aggravée ces derniers jours par la triste lâcheté de Gide et Valéry, mes maîtres révérés.*Rex avait demandé à *Lorrain de les contacter afin d'obtenir leur adhésion à de Gaulle. L'initiative de *Rex agitait un grand espoir, et je ne doutais pas que ces deux gloires deviennent les recrues les plus spectaculaires de la France libre.
    Quelle ne fut pas ma déconvenue lorsque je transmis leur refus à *Rex : Gide, parce qu'il estimait avoir atteint l'âge où les engagements sont clos ; Valéry, parce que Pétain l'avait accueilli sous la Coupole et qu'il jugeait inélégant d'apporter une caution à son adversaire, même s'il disait être de tout cœur avec de Gaulle.
    Ces défections m'ont scandalisé. Mes camarades chasseurs, ceux de la Résistance offrent leur vie pour la victoire. D'autres offrent leur “cœur”… impuissant.

    p. 700
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  • Par cequejelis, le 28 novembre 2011

    Samedi 28 novembre 1942 : Sabordage à Toulon. A 7 heures, je sonne chez *Rex (Jean Moulin). Je lui apporte une nouvelle effrayante parue dans les journaux : hier, à 5 h 25, la flotte française s'est sabordée à Toulon. L'amiral de Laborde a appliqué les ordres donnés en juin 1940 par l'amiral Darlan.

    *Rex commence sa toilette, signe qu'il a dû se coucher tard. A l'annonce du sabordage, il s'arrête le visage barbouillé de savon, et réclame les journaux qu'il étale sur le lit. Ses traits manifestent stupéfaction et crédulité : “Comment des officiers français ont-ils pu faire ça ? C'est un crime contre la France ! Le dernier que peut commettre Vichy, après tant d'autres. Les misérables. “

    Il retourne à sa toilette : “Si les Français ne comprennent pas maintenant que le Maréchal est un traitre, c'est à désespérer du patriotisme !”

    p. 669
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  • Par cequejelis, le 11 juin 2011

    De votre conduite dépendra la vie de vos camarades. Vous n'avez pas le droit de la mettre en jeu. La guerre clandestine que nous conduisons en métropole n'est pas celle pour laquelle vous avez été préparé. Elle se vit seule et sans uniforme. La règle exige que vous n'ayez là-bas que peu de contacts avec vos camarades ou vos chefs, seulement pour des questions de service. De plus, il vous est interdit de revoir vos amis d'autrefois et encore plus votre famille. Vous n'aurez pas de réconfort moral, que vous apporte l'armée régulière, d'être entouré à toute heure par vos camarades de combat. Vous vivrez seul, prendrez seul vos repas, etc. Vous entrez en solitude. Pas de dimanche, de samedi, pas de permission. Vous êtes au front vingt-quatre heures sur vingt-quatre, parce que la police et la Gestapo vous traqueront jour et nuit.Vous pouvez être arrêté à tout moment. Ces deux conditions, solitude et danger permanent, sont très dures à supporter : votre mission aggrave l'isolement puisque vous serez en exil dans votre pays.

    Gallimard 2009, Folio n° 5206, [p. 289]
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  • Par cequejelis, le 15 octobre 2011

    Nous admirons l'héroïsme des Russes qui luttent victorieusement contre les Allemands encerclant Stalingrad. Bidault manifeste un regret : ” Ma seule réserve, c'est que la victoire renforcera la dictature communiste. ” *Rex enchaine : ” Souhaitons que les Alliés n'arrivent pas trop tard.”

    Les deux hommes me paraissent bien pessimistes : ni l'un ni l'autre ne semblent croire à un Débarquement prochain en France. Pourquoi ? ” Parce que c'est long, dit *Rex, et compliqué à préparer et que les Russes n'ont pas encore détruit l'armée allemande.” Une course de vitesse est engagée entre les Alliés : ” S'ils occupent l'Europe avant les Anglo-amricains, ce sera catastrophique”, ajoute-t-il. Bidault acquiesce. Je n'ose rien dire, mais pense qu'ils se trompe tous les deux.

    Folio n°5206, 1-1-1943, p. 734
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