Imago de
Nathalie Le Gendre
Les sept clans qui composaient le peuple K’awil possédaient chacun une spécialité, mais chaque membre devait être polyvalent, tout particulièrement les hommes qui évoluaient dans cette société matrilinéaire. Dès qu’ils s’unissaient, ils intégraient le clan de leur épouse et devaient donc s’adapter à n’importe quel foyer.
Neï trotta sur la corniche qui séparait les maisons troglodytiques du vide, puis descendit jusqu’à la petite cascade qui dévalait vers un arbre tordu dont les racines baignaient dans une piscine naturelle. Là, elle s’aspergea la nuque, se frotta les bras, les mains, les pieds – sa peau très mate luisait sous le soleil déjà puissant -, puis lissa ses cheveux vers l’arrière. Elle n’avait qu’une hâte : achever la dernière étape de l’Argynnis, le rite du papillon, qui lui permettrait d’entrer dans le monde des adultes, et ne plus avoir à enrouler sa chevelure sur sa tête en une savante coiffure. Cet ultime rite s’appelait l’imago.
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Par Angelis, le 25/11/2011
Dans les larmes de Gaïa de
Nathalie Le Gendre
Le décor
Le bouton rouge... Je dois appuyer sur le bouton rouge...
2030. L'humanité est engagée dans un conflit sans fin dans lequel les armes les plus radicales sont utilisées : chimiques, bactériologiques, nucléaires. Dix ans de guerres, de souffrances, d'abominations. Durant toutes ces années, les cerveaux les plus vicieux ont été mis à l'épreuve pour élaborer, aveuglément, des plans fous, des solutions finales dans le but de déterminer un vainqueur...
Une seule issue est possible...
La main se soulève lentement, hésitante... Puis se crispe, déterminée, comme les serres d'un vautour. L'index se détend subitement et effleure d'une caresse mortelle le bouton rouge... Encore un bref instant d'incertitude, mais à quoi bon ? Et le doigt enfonce la touche couleur de sang...
Adieu...
Vomi par les satellites tueurs, un déluge de feu s'abat sur l'humanité.
Alors, dans un dernier sursaut, la Terre pousse un mugissement terrible. Un bruit assourdissant s'intensifie, perce les ténèbres et la brume des cendres humaines.
Elle, que les humains appelaient Gaïa, la Terre-Mère, sent gronder en son sein la révolte. Elle, qui a enfanté les premiers êtres, nourri leurs enfants tout en acceptant leurs faiblesses, leur égoïsme, décide de ne pas se laisser anéantir. Elle, qui a tant supporté pendant des siècles, refuse de se laisser impunément brûler vive sans réagir !
Mutilée, Gaïa souffre, rage, hurle...
Avec une force inouïe, elle se rebelle. Elle gonfle ses poumons, elle tonne, son sang jaillit des volcans, provoquant tremblements de terre, raz-de-marée, cyclones.
Prenant le pas sur la colère, la douleur se propage. Gaïa pleure toutes les larmes de son corps et engendre des océans dans lesquels s'abîment les continents. Elle s'arrête juste à temps pour ne pas sombrer dans son propre chagrin, dans sa propre furie, et fait naître du fluide de ses entrailles les contours d'un continent destiné à ses enfants survivants... s'il y en a.
Tel un grain de poussière illuminé flottant dans l'océan des larmes de Gaïa, une bulle de vie se dirige au gré du vent, de la mer et de ses courants, vers ce petit bout de terre vierge et sauvage...
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