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Quién es ? de
Sébastien Doubinsky
Quand je vois Teresa, par exemple, et la pointe de ses hanches brunes décrochée sur le drap bleui par l’aube, j’ai envie de parler une autre langue, qui n’existerait que pour moi seul et qui pourtant serait universelle – comme un aboiement de chien ou un grondement de panthère – une langue qui exprimerait la beauté de cette hanche en même temps que la lumière de l’aube qui se lève, la fatigue de mon corps et la joie de mon esprit – qui engloberait toutes les autres et qui ne serait que pour moi, une langue où je pourrais me comprendre et avec laquelle il me serait enfin possible de parler, de dire les choses comme elles sont et non pas recouvertes de vieilles bâches comme les mots de tous les jours, des bâches tellement vieilles qu’on ne peut pas les ôter et ce qu’il nous reste est la forme des mots mais pas leur réalité – je suis sûr que si on parvenait à ôter ces bâches nous serions éblouis, émerveillés, terrifiés peut-être par ce que nous découvririons (…).
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Quién es ? de
Sébastien Doubinsky
J’ai plus tard rencontré d’autres Cahill et ils ont tous été pour moi la même énigme – celle de la vie – car est-ce vivre que se contenter de se lever, boire du whiskey et se battre dans un saloon, jour après jour ? – pour moi, c’est une répétition absurde, comme le soleil qui se lève et qui se couche – c’est appeler vie ce qui n’est que le contraire de la mort – et je pense que de là naît la violence des Windy Cahill et des autres Cahill du monde – une violence mauvaise qui leur sert de preuve de leur existence par la destruction de celle des autres – (…)
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Quién es ? de
Sébastien Doubinsky
(…) une motte de beurre m’avait valu une sacrée remontée de bretelles de la part du shérif Whitehill – il avait les joues violacées de colère et ses dents jaunes claquaient près de mon nez mais je n’étais pas terrifié – honteux, oui, de m’être fait prendre, c’était la première fois que je volais quelque chose – mais je le regardais s’énerver sur moi, sa main tordant mon oreille comme dans les dessins comiques des gazettes, je le regardais comme si j’étais en dehors de moi-même, mes yeux flottant loin de mon visage pour mieux s’imprégner de cette scène – Whitehill au visage violacé par la colère sous son grand chapeau blanc et son étoile cuivrée qui vibrait sur sa poitrine, accrochée au gilet de cuir en veau mexicain – c’était un homme d’une grande bonté et je ne laisserais jamais dire à quiconque que tous les shérifs sont des ordures – ce sont des hommes comme les autres qui ont juste accepté de se laisser transpercer par leur devoir et il y en a parmi eux qui le vivent comme une blessure permanente et ceux-là doivent être respectés et honorés comme des pères – bien entendu, les autres peuvent crever.
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Quién es ? de
Sébastien Doubinsky
Oui, peut-être avais-je peur finalement – Windy Cahill était un géant et lorsqu’il me claquait la nuque « pour rire » j’avais l’impression que tous mes os allaient être réduits en poussière et lorsqu’il me pinçait, mon bras gardait la marque bleue de ses doigts vicieux pendant plusieurs semaines – mais cette violence ne me faisait pas peur, j’y étais habitué pour ainsi dire, il suffit de regarder autour de soi pour réaliser que l’homme n’est pas un animal pacifique – non, ce qui devait me terrifier c’était ses mots – ses mots vides qui pourtant remplissaient l’espace de leur sens vide – ses mots creux comme des balles qui dévastaient tout sur leur passage – je tremblais sous leur choc, comme si ces paroles m’arrachaient mes vêtements et montraient à tous mes bras maigres, mes côtes saillantes, mes courtes jambes – me montraient à tous comme une petit corps ridicule où « Kid » devenait péjoratif, un petit corps destiné par sa fragilité même à être bousculé, pincé, maltraité.
Windy Cahill riait toujours quand il m’insultait et son rire était contagieux comme une peste invisible – tous étaient malades sauf moi, mais c’était de moi qu’ils riaient – les mâchoires grandes ouvertes, même si beaucoup d’entre eux avaient de la tristesse ou de la honte dans le regard – Windy avait déjà tué plus d’un homme et quand il était soûl il aurait fait peur au Diable lui-même – oui, ils riaient et les mots filaient vers moi comme des flèches pour s’enfoncer profond, profond entre ma peau et mes côtes, fouillant le cœur, l’estomac et les tripes, comme de l’acide.
« Bâtard » était son insulte préférée car il savait qu’elle me fauchait les jambes – quand on n’a pas de père les larmes vous viennent plus facilement aux yeux – « Bâtard ! » - c’était plus qu’une insulte, c’était la vérité.
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Quién es ? de
Sébastien Doubinsky
Après un tour sur le blog de Bartleby, (qui ferme donc dépêchez-vous de lire son article) je me suis laissée conquérir par son excellente interview de Sébastien Doubinsky concernant le livre de celui-ci "Quién es ?" titre reprenant les deux derniers mots prononcé par Billy The Kid avant de recevoir une balle en plein cœur.
Tout comme Bartleby, je trouve que "Quién es ? est un livre remarquablement construit, écrit et pensé".
Ça c'est un fait, ce petit roman est formidablement bien écrit utilisant au mieux la richesse et la beauté de la langue française.
Cependant, je ne peux comme Bartleby affirmer que "Quién es ?" est "une pépite que tous les chercheurs d’or plongés dans les torrents boueux de la littérature française contemporaine doivent extraire et placer en bonne place dans leur bibliothèque." Et ce, pour deux principales raisons :
- La lecture avait pourtant bien commencée. Entraînée par l'impeccable écriture et la richesse des idées soulevées, je n'étais pas insensible à la grande liberté que Sébastien Doubinsky s'est offerte avec la ponctuation et la forme stylistique (utilisant les tirets à profusion pour suivre le cours des pensées de Billy). Néanmoins le choix de l'auteur, à savoir de très nombreuses digressions pour exposer les faits, a freiné très nettement mon enthousiasme (arrivée au 2/3 du livre).Bizarrement ce qui allégeait la lecture et en accélérait le rythme au commencement est devenu pesant. Et j'en reviens à une idée que j'ai souvent eu en littérature : le mieux est l'ennemi du bien.
Si ce livre avait été plus long, pas sûr que je l'aurais terminé (pas sur non plus que l'auteur aurait fait un tel choix de construction s'il avait décidé d'y mettre plus de pages, enfin je l'espère).
- Tout au long de la lecture j'ai senti, non pas le poids des pensée de Billy The Kid mais bien celles de Sébastien Doubinsky. Terrible sensation de dichotomie, qui m'a fait regarder Billy comme un simple faire-valoir, un réceptacle pour diffuser les réflexions de Sébastien. Réflexions extrêmement judicieuses et très intéressantes mais que j'ai eu beaucoup de mal à placer dans la tête de Billy The Kid car le Billy de Sébastien Doubinsly semble être le fils naturel de Sénèque et d'Emile Cioran !
Nous savons tous que Sénèque et Cioran n'auraient pu avoir un fils puisque 1915 ans les séparent (entre autres inconvénients...d'être nés - oui je sais, elle est bien lourde celle-là ) mais s'ils avaient pu se retrouver, s'aimer etc... ils auraient eu un gamin comme ce Billy The Kid, un gosse d'une vingtaine d'année, s'interrogeant sur le temps et son utilisation, le concept de liberté, celui du choix, celui du hasard ou de la destinée, celui de l'Autre dans toute sa complexité, sur la force des mots, leur pouvoir.
Bref, autant de réflexions très captivantes que j'ai eu beaucoup mal à placer dans le cerveau d'un voleur de chevaux ayant à peine dépassé la puberté.
C'est l'écueil que je redoutais après avoir lu le billet de Bartleby, écueil que Sébastien Doubinsky avait réussi à m'éviter durant les 70 premières pages, dû à sa parfaite maîtrise de la langue et une construction narrative ménageant plutôt bien le suspense.
Dommage...
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Quién es ? de
Sébastien Doubinsky
(…) mais moi, j’ai quatre noms et pas de père – un « bâtard », comme criait Windy Cahill, ce salopard – oui, un bâtard, un orphelin comme cette nation tout entière et même si ce mot me déchirait, j’aurais aussi pu le revendiquer avec fierté – car ma mère avait ainsi choisi de me concevoir avec la liberté en personne – et quel plus beau cadeau une mère peut-elle faire à un enfant ? – c’est un cadeau que je chéris aujourd’hui plus que tous les autres, mais à l’époque de Windy Cahill je n’avais que quinze ans et je n’avais pas encore compris sa valeur – (…)
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Par brigetoun, le 23/08/2011
vies parallèles de Nikolaï Bakhmaltov de
Sébastien Doubinsky
La guerre est une chose terrifiante, mais c’est une terreur tellement absolue que l’on ne s’en rend même pas compte. C’est un peu comme lorsqu’on se fait si mal que l’on ne sent plus la douleur. Beaucoup de soldats qui ont eu un membre arraché ont raconté cette expérience. C’est un chaos de chaque instant, un brouillard de mort et de feu dont on se sent à la fois victime et responsable.
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Par brigetoun, le 23/08/2011
vies parallèles de Nikolaï Bakhmaltov de
Sébastien Doubinsky
Le père, la mère, les domestiques, le salon, la maison, la rue du Prince Alexandre, Odessa, l’Ukraine, le monde entier disparaissent à jamais dans l’âme de Nikolaï, remplacés pour toujours par un voile noir, pendant éternellement devant ses yeux, un voile de deuil, jamais porté,
jamais oublié.
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Par brigetoun, le 23/08/2011
vies parallèles de Nikolaï Bakhmaltov de
Sébastien Doubinsky
Ils s’imaginent tous que c’est facile d’aller d’île en île, de pays en pays, à la recherche d’un lieu qui soit enfin à soi, et qui, bien entendu, n’existe pas. Ulysse, lui, il avait un palais. Nous, par contre...
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Par brigetoun, le 23/08/2011
vies parallèles de Nikolaï Bakhmaltov de
Sébastien Doubinsky
Apparemment, il avaient tiré en l’air. Les ouvriers leurs jetèrent toutes sortes de projectiles, mais les hommes tirèrent à nouveau, dans la direction des ouvriers cette fois, créant une énorme confusion.