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Par cathcor, le 20/05/2013
Blaise Cendrars
Le mensonge est une autre vérité.
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Par stcyr04, le 23/05/2013
La main coupée de
Blaise Cendrars
Je m’empresse de dire que la guerre ça n’est pas beau et que, surtout ce qu’on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d’autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d’ensemble mais au hasard. A la formule marche ou crève on peut ajouter cet autre axiome : va comme je te pousse ! Et c’est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j’ai assisté je n’ai rapporté qu’une image de pagaïe. Je me demande où les types vont chercher ça quand ils racontent qu’ils ont vécu des heures historiques ou sublimes. Sur place et dans le feu de l’action on ne s’en rend pas compte. On n’a pas de recul pour juger et pas le temps de se faire une opinion. L’heure presse. C’est à la minute. Va comme je te pousse. Où est l’art militaire là-dedans ? Peut-être qu'à un échelon supérieur, à l’échelon suprême, quand tout se résume à des courbes et à des chiffres, à des directives générales, à la rédaction d’ordres méticuleusement ambigus dans leur précision, pouvant servir de canevas au délire de l’interprétation, peut-être qu’on a alors l’impression de se livrer à un art. Mais j’en doute. La fortune des armes est jeu de hasard. Et, finalement, tous les grands capitaines sont couronnés par la défaite, de César à Napoléon, d’Annibal à Hindemburg, sans parler de la guerre actuelle où de 1939 à 1945 - et ce n’est pas fini! - tout le monde aura été battu à tour de rôle. Quand on est là, ça n’est plus un problème d’art, de science, de préparation, de force, de logique ou de génie, ça n’est plus qu’une question d’heure. L’heure du destin. Et quand l’heure sonne tout s’écroule. Dévastation et ruines. C’est tout ce qui reste des civilisations. Le Fléau de dieu les visite toutes, les unes après les autres. Pas une qui ne succombe à la guerre. Question du génie humain. Perversité. Phénomène de la nature de l’homme. L’homme poursuit sa propre destruction. C’est automatique. Avec des pieux, des pierres, des frondes, avec des lance-flammes et des robots électriques, cette dernière incarnation du dernier des conquérants. Après cela il n’y aura peut-être même plus des ânes sauvages dans les steppes de l’Asie centrale ni des émeus dans les solitudes du Brésil.
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Par nadejda, le 13/04/2012
L'Homme foudroyé de
Blaise Cendrars
Et alors, j'ai pris feu dans ma solitude car écrire c'est se consumer...
L'écriture est un incendie qui embrase un grand remue-ménage d'!dées et qui fait flamboyer des associations d'images avant de les réduire en braises crépitantes et en cendres retombantes. Mais si la flamme déclenche l'alerte, la spontanéité du feu reste mystérieuse. Car écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres.
(Lettre à Edouard Peisson, Aix-en-Provence le 21 août 1943)
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Par ballad, le 11/11/2011
La vie dangereuse de
Blaise Cendrars
« Il est si rare d’être seul et d’être heureux. »
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Par Grapheus, le 12/06/2010
Moravagine de
Blaise Cendrars
L'amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d'angoisse des amants, cet état d'attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l'absence de l'être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d'humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l'amour-propre sont en jeu, l'honneur, l'éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l'imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu'à la complète inhibition, la complète annihilation de l'âme, jusqu'à l'atonie des sens, jusqu'à l'épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu'à la sécheresse du cœur, ce besoin d'anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d'effusion, d'adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l'hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l'amour d'après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d'une main sûre le tableau clinique du masochisme ?
Blaise Cendrars
Moravagine, p.61
Le Livre de Poche, n° 275, Paris, 1960
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Bourlinguer de
Blaise Cendrars
Je rencontre un jour Picasso devant chez lui, rue de La Boétie, où il était venu se mettre dans la gueule du loup, comme disait si drôlement le père Laffitte, l'éditeur.
- Monte chez moi, me dit Picasso, je ferai ton portrait. Je ne travaille plus que pour la postérité.
- Merde alors pour la postérité ! lui répondis-je. Je ne monte pas.
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Par petch, le 11/04/2013
Blaise Cendrars
Si l'on a baptisé Jules Renard «l'oeil», j'appellerai Picasso le «regard».
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Par Villoteau, le 19/12/2012
La Main coupée, suivi de : La Main coupée (1918) et de La Femme et le Soldat de
Blaise Cendrars
Je lui parlais allemand.
- Debout, lui dis-je, et tâche de marcher droit ! On les met.
- Je ne peux pas bouger, me fit-il. Je dois avoir la jambe cassée.
- Cela ne m’étonne pas, lui répondis-je en regardant en l’air pour mesurer la hauteur d’où il était tombé. Tu as fait un beau plané. Il ne fallait pas y aller, mon vieux.
Merde, voilà que je devais maintenant trimbaler monsieur sur mon dos. Je le chargeai tant bien que mal. Et nous voici partis l’un portant l’autre, la monture ployée en deux, le blessé lourd comme un mort qui se laisse aller, un drôle d’équipage, ahanant2, sacrant, jurant, chutant, tombant sur les genoux, se prenant les pieds dans les taupinières, se relevant. Jamais je n’oublierai cette équipée avec ce Boche qui me pissait dans le cou un sang chaud, douceâtre, gluant et écoeurant. Cette fois-ci j’eus beaucoup de mal à traverser les barbelés car je m’y étais mal engagé. Je dus décharger mon blessé et me frayer une nouvelle voie à coups de cisaille, puis revenir sur mes pas, rechercher le pauvre type et repartir à la sauvette car j’avais fait beaucoup de bruit et je n’en revenais pas qu’avec toutes ces allées et venues, personne dans aucun camp ne nous eût encore remarqués. Enfin je le balançai dans notre trou d’obus. J’avais eu chaud. C’était un dur. Durant tout le trajet, il n’avait pas poussé un gémissement.
- Qui est-ce ? me demanda Ségouâna en se penchant sur le blessé allongé au fond du trou et qui serrait les dents.
- Tu pourras le lui demander toi-même.En tout cas, c’est ton homme. Il a ta balle dans le ventre. D’abord on va le panser et puis on l’emportera dès qu’il fera nuit. Arrange un brancard avec nos fusils, moi je vais voir ce qu'il a.
La blessure du ventre n’était pas belle, j’y mis un tampon. Puis je lui pansai l’épaule.
- Ne t’en fais pas, pauvre vieux, ça n’est rien. On sera bientôt rendus et tu fileras à l’hôpital, veinard. Je ne te fais pas mal, non ? Comment t’appelles-tu ?
Il s’appelait Schwanenlaut. J’ai oublié son prénom. Il était de Hambourg. Il travaillait dans une banque. Il avait fait un stage en Angleterre pour apprendre l’anglais. La suite de notre conversation eut lieu en anglais. […] Le pansement était terminé. Nous installâmes notre homme sur la civière improvisée, prenant grand soin de soutenir sa patte cassée, une fracture de la cuisse gauche, pour ne pas le faire souffrir inutilement.
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Par Villoteau, le 05/01/2013
La Main coupée, suivi de : La Main coupée (1918) et de La Femme et le Soldat de
Blaise Cendrars
Être un homme. Et découvrir la solitude. Voilà ce que je dois à la Légion et aux vieux lascars d’Afrique, soldats, sous-offs, officiers, qui vinrent nous encadrer et se mêler à nous en camarades, des desperados, les survivants de Dieu sait quelles épopées coloniales, mais qui étaient des hommes, tous. Et cela valait bien la peine de risquer la mort pour les rencontrer, ces damnés, qui sentaient la chiourme et portaient des tatouages. Aucun d’eux ne nous a jamais plaqués et chacun d’eux était prêt à payer de sa personne, pour rien, par gloriole, par ivrognerie, par défi, pour rigoler, pour en mettre un sacré coup, nom de Dieu, et que ça barde, et que ça bande, chacun ayant subi des avatars, un choc en retour, un coups de bambou, ou sous l’emprise de la drogue, de l’alcool, du cafard ou de l’amour avait déjà été rétrogradé une ou deux fois, tous étaient revenus de tout. Pourtant ils étaient durs et leur discipline était de fer. C’était des hommes de métier. Et le métier d’homme de guerre est une chose abominable et pleine de cicatrice, comme la poésie.
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Par Aaliz, le 19/05/2012
Moravagine de
Blaise Cendrars
On ne pourra donc jamais me fiche la paix et me laisser vivre à ma guise, comme je l'entends ! Si ma liberté gêne quelqu'un ou le monde, moi, je m'en fous, vous savez, on peut me fusiller, je préfère ça. D'ailleurs, ça ou autre chose, ou rien, ça m'est égal. Etre ici, ou ailleurs, en liberté ou en prison, l'important c'est de se sentir heureux ; d'extérieure, la vie devient intérieure, son intensité reste la même et, vous savez, c'est bizarre où le bonheur de vivre va parfois se nicher.
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