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Par Grapheus, le 12/06/2010
Moravagine de
Blaise Cendrars
L'amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d'angoisse des amants, cet état d'attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l'absence de l'être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d'humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l'amour-propre sont en jeu, l'honneur, l'éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l'imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu'à la complète inhibition, la complète annihilation de l'âme, jusqu'à l'atonie des sens, jusqu'à l'épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu'à la sécheresse du cœur, ce besoin d'anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d'effusion, d'adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l'hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l'amour d'après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d'une main sûre le tableau clinique du masochisme ?
Blaise Cendrars
Moravagine, p.61
Le Livre de Poche, n° 275, Paris, 1960
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Par ballad, le 11/11/2011
La vie dangereuse de
Blaise Cendrars
« Il est si rare d’être seul et d’être heureux. »
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Par Fremen, le 29/03/2010
Moravagine de
Blaise Cendrars
L'important c'est de se sentir heureux, d'extérieure, la vie devient intérieure, son intensité reste la même et vous savez, c'est bizarre où le bonheur de vivre va parfois se nicher.
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Par nadejda, le 27/11/2010
Blaise Cendrars
La sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré et pour être désespéré il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde. (Une nuit dans la forêt)
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Moravagine de
Blaise Cendrars
L'ESPRIT D'UNE ÉPOQUE En 1900, je terminais ma médecine. je quittai Paris au mois d’août pour me rendre au sanatorium de Waldensee près de Berne en Suisse. Mon maître et ami, le célèbre syphiligraphe d’Entraigues, m'avait chaleureusement au docteur Stein, directeur, chez qui je entrer comme premier assistant. Stein et sa maison étaient alors célèbres. Frais émoulu de la Faculté et jouissant d'une certaine notoriété de bon aloi que ma thèse sur le chimisme des maladies du subconscient m'avait value chez les spécialistes, j'étais impatient de secouer le joug de l'Ecole et de porter un coup éclatant à l'enseignement officiel. Tous les jeunes médecins ont connu ça. je m'étais donc spécialisé dans l'étude des soi-disant « maladies, » de la volonté et, plus particulièrement, des troubles nerveux, des tics manifestes, des habitudes propres à chaque être vivant, causés par les phénomènes de cette hallucination congénitale qu'est, à mes yeux, l'activité irradiante, continue de la conscience.
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Par ballad, le 11/11/2011
La vie dangereuse de
Blaise Cendrars
« Ses traits étaient crispés par la souffrance et quand la douleur lui faisait pousser un hurlement je voyais ses lèvres se tendre, découvrir ses dents de jeune loup, une veine qui se gonflait à la racine du nez lui barrer le front, ses narines se pincer. Il fermait les yeux et une sueur d’angoisse lui mouillait le cou et les tempes. »
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Par nadejda, le 27/01/2011
Les Confessions de Dan Yack de
Blaise Cendrars
Au front aussi, des petits oiseaux venaient se poser sur les barbelés et ils chantaient malgré la pluie, malgré la bise. Ils nous annonçaient le printemps. Alors que même les fleurs des champs ne paraissaient pas tellement le sol était bouleversé entre les lignes, les oiseaux chantaient. Je me souviens lorsque nous emportâmes d'assaut la crête de Vimy une alouette s'égosillait. Moi, je me suis arrêté dans ma course, alors que mes camarades culbutaient déjà dans les tranchées allemandes pleines d'explosions et de cris de carnage, je me suis arrêté pour écouter chanter cette alouette. Elle restait suspendue en l'air, à portée de caillou. La trajectoire des balles, des shrapnells, des obus, des feux de barrage des mitrailleuses, tissait une cage invisible autour d'elle. L'oiseau battait des ailes et chantait. Je souriais, ébloui. C'était des trilles d'amour. Le printemps.
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Par brigetoun, le 08/05/2010
Bourlinguer de
Blaise Cendrars
A gauche, comme un nid de serpents, une maisonnette envahie par les ronces, les jets, les lances, les mille tiges, les épaisses ramures tourmentées comme des ceps, le tronc, gros comme la cuisse, d’un rosier grimpant furieux de sève et redevenu sauvage et dont les nœuds emmêlés et inextricables retombent du toit et des fenêtres crevés en une lourde masse sombre et parfumée qui se dénoue comme une chevelure broussailleuse sur une terrasse en balcon, à moitié effondrée, qu’elle écrase de tout son poids avant de rebondir dans une ravine, un vallon de verdure qui coule jusqu’à la mer ; à droite, au sommet d’un petit épaulement, d’une espèce de butte artificielle, de motte crevée par d’énormes racines qui ont remué et mis au jour deux, trois blocs de pierre d’un monument antique enfoui sous terre, un pin millénaire
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Par ballad, le 11/11/2011
La vie dangereuse de
Blaise Cendrars
« Juliette, ma tortue de Madagascar, tournait dans la pièce, jusqu’à ce qu’elle eût trouvé sa place favorite, qui est entre mes deux pieds, sous la table. Un bon feu de bois brûlait dans la cheminée. Ma cigarette fumait. Le silence était absolu, car je n’ai pas d’horloge. »
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Par hema6, le 15/02/2011
Le lotissement du ciel de
Blaise Cendrars
La liberté, le bonheur du genre humain ? Mais c'est du fric qu'il s'agit, et de rien d'autre, du fric pour financer la guerre, et rien d'autre, et l'alimenter, et le genre humain peut toujours crever, faute de pain, esclave des machines et sous la coupe des politiciens et des fonctionnaires, qui ne brandissent plus le fouet comme les maîtres de naguère pour faire se courber les échines, mais on fait avancer les robots qui broient entre leurs mâchoires automatiques les réfractaires et les individus et dont l'anus également automatique, ne pisse pas du sang, ne rend pas des excréments mais éjecte des rondelles d'or en série, nettes, astiquées, brillantes, hypnotiques, exactement calibrées et du même poids : l'Unité.
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