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Biographie :

Historienne et traductrice

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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Je n'aime pas raconter ça, mais j'ai dû le raconter l'autre jour à une gamine qui me disait : "Vous ne deviez pas avoir peur !" pour lui montrer qu'on avait peut souvent. Et aussi, parce que, quand j'ai été malade, en 1950, je me suis dit : "On va mourir et les jeunes ne sauront pas ce qui a été fait pour que notre pays reste la France. Et l'histoire, dans vingt ans, elle va être racontée comment ? Par la bourgeoisie ? Ils vont la raconter à leur manière - on voit maintenant les livres qu'ils ont faits sur la Deuxième Guerre mondiale ! Nous n'avons pas le droit de mourir et de garder ça pour nous !"



Martha Desrumaux
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
C'est ce qui a été le plus douloureux. On était séparé des familles. On avait des nouvelles très rarement, par hasard, avec des complications...

Comme j'avais changé plusieurs fois de région, je travaillais avec des camarades que je ne connaissais pas. Il y avait des moments où cette solitude pesait. Par exemple, quand je montais à Paris, tous les mois. J'y restais deux jours. Sur ces deux jours, j'avais deux ou trois rendez-vous d'un quart d'heure ou d'une demi-heure. Le reste du temps, j'allais au cinéma ; quand il faisait beau, j'allais m'asseoir dans un square. On trouvait peu de livres intéressants... C'est pourquoi il était si précieux de recevoir un accueil chaleureux. Ces gens qui ont eu un rôle obscur ont eu un rôle admirable, car c'est grâce à eux que la Résistance a pu tenir.



Yvonne Dumont
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Les malheureux gars ! C'étaient des enfants, pour moi. Ils m'avaient dit : "Quand ce sera fini, on vous fera une belle fête ! A ce moment-là, c'est pas vous autres qui paierez, ça sera pour nous ! (Évidemment, M. Duvallet les hébergait pour rien).

Christian est mort en déportation, au mois de décembre, à Buchenwald, à bout de souffrances. Il n'était pas fort...

Albert Bouannet est mort aussi. Il a été libéré par les Russes, il vivait encore. Mais il était tellement faible qu'il n'a pas pu résister...

Mallet, on n'a jamais su. Un beau soir, au mois de septembre-octobre, après la Libération, j'ai revu l'Alsacien.

Je lui ai dit :

- Comment ? Vous revoilà ?

- Oui !

- Mais... Vous aviez été pris avec Dédé !...

- Oui, mais je suis arrivé à me débrouiller, je me suis sauvé.

- Mais... Comment ? Expliquez-moi comment vous vous êtes sauvé.

- Ben, oui. Ils nous embarquaient sur des bateaux. Et puis, ma foi, alors que j'étais sur le partir, je me suis sauvé.

Et ce jour-là, justement, les parents de Dédé sont arrivés à la maison. Je leur dis : "Tenez, voilà le monsieur qui a été pris avec Dédé." Il leur a dit : "Vous savezw votre garçon... Il n'est pas perdu. Vous verrez qu'à Rouen, à l'ambassade de Belgique, ils vous donneront des nouvelles de lui. Il est en Belgique." Pensez-vous, c'était pas vrai. En tous cas, on ne l'a jamais revu.

Jacques Bourrot, il est mort il y a cinq ans, pauvre gars ! A quarante-deux ans !

Le Russe a été libéré. Pierre s'est engagé pour l'Indochine. Il a fait quinze ans de service. Et puis, il s'est installé à Rambouillet, il travaille pour l'armée, il répare des camions.

Pour les cinq qu'on connaissait le plus, parce qu'il y en a qui sont partis et qu'on ne sait pas s'ils sont encore en vie, on fait dire une messe tous les ans, en septembre, c'est pour nous l'anniversaire de la Libération.



Suzanne Letondeur
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Au départ, ce qui a mis les femmes dans le mouvement, ce sont les conditions dans lesquelles elles se sont trouvées du fait de l'Occupation. Ça a été une chose très brutale, ce changement de vie. Il y avait des millions d'hommes prisonniers, et des femmes, qui n'y étaient pas préparées, se sont trouvées du jour au lendemain, sans soutien, avec leurs enfants, chefs de familles. Il fallait gagner le pain des gosses, elles en avaient la charge sur tous les plans...

Au début, les motivations de la plupart des femmes étaient des motivations économiques, non politiques. Mais en agissant, elles ont pris conscience. Beaucoup de leurs actes peuvent paraître élémentaires, mais ils ont gêné l'Occupant. D'abord, elles réclamaient des galoches, elles allaient demander le droit de correspondre avec leurs prisonniers, de leur envoyer des colis, elles exigeaient des bons de lait, etc.

Quand on parle de la Résistance, on a un peu trop tendance à ne voir que les actes héroïques, et non ce caractère populaire.



Yvonne Dumont
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Notre désespoir, c'était les soldats noirs avec leurs fusils, parce que nous pensions : "Les Allemands n'aiment pas les Noirs, ils en ont une peur bleue. Le Nazisme n'a rien arrangé en matière de racisme. Si c'est Noirs ont des armes,ça va être le grand massacre ! Même si on leur refile des "bleus" (à ce moment-là, beaucoup d'hommes portaient des"bleus"), avec la couleur de leur peau, ce sera très difficile !" Nous avons réussi à faire comprendre à quelques-uns qu'ils devaient lâcher leurs armes et les cacher, et, à quelques autres, nous avons pu passer des treillis, mais nous n'en avions pas autant qu'il en fallait, et de toute manière, il y en avait des quantités qui ne comprenaient rien. J'ai retrouvé après, au Plessis-Robinson, des bandes qui erraient... Des malheureux ! Nous parlions dans le vide. Cette impression d'impuissance... C'était horrible.



Madeleine Marzin
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Je me suis vu confier la "Rebecca". C'était un instrument qui captait et retransmettait le signal émis par un avion, indiquant ainsi notre position exacte au pilote.

Nous avons attendu des heures, il faisait un temps affreux, la pluie tombait sans arrêt. Je vérifiais régulièrement la batterie de mon engin. Rien n'arrivait. Soudain, je me suis aperçue que la batterie de la "Rebecca" était à plat. Et c'est alors, juste à ce moment, qu'est arrivé l'avion ! J'aurais fait n'importe quoi pour que la "Rebecca" marche. L'avion a tourné, tourné au-dessus des nuages : ne pouvant voir les lumières et ne captant pas la lettre code, il a fini par repartir. Nous sommes rentrés à Montréjeau complètement effondrés. Nous ne pensons même plus aux miliciens ! Pourtant, le danger était le même qu'à l'aller !



Anne-Marie Comert
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Puis, la première action que nous avons faite pour montrer que nous étions bien contre l'envahisseur a eu lieu à Lille, en juin. Il y avait près de la gare une maison dont les Allemands se servaient pour leur propagande. Tous les matins, ils appelaient la population devant une grande photo d'Hitler et disaient : "Est-ce que vous voulez du saucisson ? ou du pain ? Que ceux qui en veulent lèvent la main !" Il n'y avait plus rien dans Lille, et les gens levaient la main. Le lendemain, dans les journaux, on lisait : "La population de Lille a salué Hitler."

Quand on a vu ça, avec deux jeunes, j'ai dit : "Il faut qu'on fasse quelque chose." (J'avais retrouvé les initiatives des grandes grèves du textile, quand il fallait lutter contre les"jaunes", qui allaient travailler pendant que nous faisions grève.) On a rempli des bouteilles de goudron. Puis, on a été voir un copain qui habite pas loin de la gare et on lui a dit : "Vous allez mettre sur votre table des tasses avec un fond de café, des cartes, deux cendriers avec des restes de cigarettes, et vous nous attendrez, et vous ferez comme si nous étions là depuis le matin."

Alors, le soir, pendant que je tenais les vélos, les deux jeunes copains ont jeté le goudron dans les vitrines de cette maison de propagande, puis nous sommes repartis à vélo chez le copain. Comme on n'entendait rien, on s'est dit : "C'est qu'on n'a pas été poursuivis." Alors, on a continué toute la nuit à jouer aux cartes. Mais le lendemain, les journaux ! Les Allemands n'étaient pas fiers ! Ça a été notre premier travail.



Martha Desrumaux
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Après, je suis repartie vers le sud, pour rentrer en France en bateau. On ne voulait pas prendre les sanitaires, alors je suis partie avec l'atelier. Je conduisais un camion de la Légion. Ensuite, le commandant d'une compagnie d'anti-chars m'a dit : "Vous allez apprendre à conduire un canon." Alors j'ai conduit un camion qui tirait un canon anti-char.



Susan Travers
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
J'ai été condamnée à mort, comme André Dalmas, Edgar Lefébure, Meunier et Benoît, ce dernier, par coutumace. Nous avons été jugés trois semaines après l'arrestation, alors que les autres camarades communistes ont attendu des mois en prison - parfois dix-sept ou dix-huit mois - leur jugement. Condamnée à mort pour association de malfaiteurs et complicité d'assassinat. A la prison de la Roquette, on m'a mise au cachot. A Paris, on voulait une exécution rapide. Mais comme j'étais la première femme condamnée à mort pour faits de Résistance, Vichy a reculé. Nos avocats ont pu obtenir que je ne sois pas exécutée, mais ils ont demandé en vain la grâce des autres. Pétain a répondu : "Je sais qu'ils sont innocents, mais il faut des exemples, ils seront exécutés." Ils ont été guillotinés le 23 juillet 1942. La guillotine, en principe, était réservé aux "droit commun".



Madeleine Marzin
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nanashi   22 novembre 2020
Des femmes dans la résistance de Nicole Chatel
Les camarades, membres du Parti, que nous avions dans toutes les mines, leur ont expliqué qu'il fallait faire plus et qu'ils devaient aider ceux qui, chaque jour, luttaient contre l'envahisseur par différents moyens, par exemple la montée de la dynamite. Ils sortaient de la dynamite dans des bouteilles Thermos que j'avais achetées. Personne ne le supposait. C'étaient leurs bouteilles... Et les mèches, ils les mettaient dans leurs chaussures, et ils ne se lavaient pas en remontant, ils rentraient chez eux comme ça !

C'est là que vient le rôle des femmes. Les femmes de mineurs voyaient que leurs maris rapportaient des choses de ce genre. Elles devaient les cacher, ou les transporter, ou les donner à quelqu'un qui venait les chercher, comme Henria Wasquez, qui avait la liaison avec des femmes de mineurs pour prendre la dynamite et chez qui on transformait le matériel devant servir aux sabotages.

Les femmes de mineurs, celles du Nord comme celles du Pas-de-Calais, elles ont joué un rôle important, en soutenant leurs maris dans leur action et en y participant. A Denain, au Puits-Bernard, en particulier, les femmes se sont mises devant le Grand Bureau. Quand les Allemands sont venus avec les mitraillettes, elles n'ont pas bougé. Mais, après, ils ont mis le paquet, elles ont du courir partout. Elles ont eu une audace formidable, les femmes, comme ça, de se rassembler à côté de leurs maris.



Martha Desrumaux
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