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Critiques de Pierre-Louis Mathieu (2)
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Gustave Moreau, l'assembleur de rêves
  18 janvier 2019
Gustave Moreau, l'assembleur de rêves de Pierre-Louis Mathieu
La magie d'un peintre. Un univers onirique, symbolique. Une vision différente presque un autre monde.Des licornes, des monstres mythiques, des personnages bibliques.Un énorme souci du détail, c'est raffiné.

Le seul hic : c'est un tout petit livre mais vous avez énormément de tableaux (c'est à cause des droits d'auteur m'a expliqué le libraire sans ça il serait beaucoup plus cher. C'est vrai qu'il coûte moins de vingt euros.)

Une très jolie promenade dans l'univers de Gustave Moreau.
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Gustave Moreau, l'assembleur de rêves
  31 décembre 2014
Gustave Moreau, l'assembleur de rêves de Pierre-Louis Mathieu
Je me sens avec Gustave Moreau comme avec un parent "éloigné" à qui on rend visite une fois de temps en temps seulement parce qu'il est trop bavard ! Je pensais en savoir assez sur sa vie et ce petit livre m'étonne et me ravit par quelques histoires insoupçonnées que j'ignorais. On sait aussi qu'avec Gustave Moreau la porte reste toujours ouverte au 14, rue De La Rochefoucauld, Paris neuvième. Son ancienne demeure devenue le musée qui porte son nom.



La vie de Gustave Moreau se prête assez bien à la découpe méthodique de la chronologie retenue par Pierre-Louis Mathieu. Cette chronique des moments-clés de la carrière de l'artiste, en tranches courtes et très vivantes, est soigneusement composée autour des obsessions artistiques du peintre et s'appuie sur une large présentation iconographique. Bien loin d'être barbante elle réussit au contraire à faire partager au lecteur l'originalité totale d'une création, un peu "encombrée" il faut bien dire, dont l'étrangeté fascine tout autant qu'elle dérange, selon les goûts, mais indiffère rarement.



L'auteur s'attarde un peu sur l'enfance et la jeunesse de Gustave, réservant une place importante au père (Louis Moreau, architecte aux idées libérales) dans l'éducation artistique de son fils ; mais également à la mère, musicienne, restant toute sa vie à ses côtés, sa confidente jusqu'à sa mort en 1884. C'est en sa compagnie qu'il découvre l'Italie à l'âge de quinze ans. Elève des beaux-arts, il fait deux tentatives infructueuses (1848-1849) pour le Prix de Rome auquel il renonce, cherchant ensuite la reconnaissance du côté des Salons : sa première exposition en 1852, la dernière en 1880.



Son séjour en Italie de 1857 à 1859 est décisif pour sa formation et l'évolution ultérieure de sa carrière ; il y prend Degas sous son aile alors que celui-ci cherche à s'émanciper de la peinture académique. "Oedipe et le Sphinx" va révéler Gustave, inconnu du public, au Salon de 1864 à trente-huit ans. La suite est un enchaînement connu de succès ou de revers, de hauts et de bas, mais Gustave Moreau, restera malgré tout fort de sa notoriété et adulé par un public de connaisseurs et d'initiés. le peintre couvert d'honneurs et de médailles (Légion d'honneur en 1875, académicien en 1888) est en même temps un homme extrêmement réservé et discret. Cet éternel célibataire pour qui "le mariage éteint l'artiste" reste cependant indéfectiblement lié et fidèle à Alexandrine Dureux rencontrée en 1859 et morte en 1890.



Très bien. Mais le plus intéressant est ailleurs. A sa mort en 1898 Gustave Moreau lègue à L'Etat sa demeure (achetée par ses parents en son nom en 1853 et réaménagée à la fin de sa vie en futur musée), 14 rue De La Rochefoucauld à Paris, et ce qu'elle contient, mobilier, réserves et tout l'oeuvre en gestation : ébauches, esquisses, croquis et autres dessins (plus de 10000 références). A charge pour l'Etat de présenter le travail d'une vie tel qu'il se présente. Ce musée/domicile/atelier, créé par l'artiste lui-même, dont le premier conservateur fut le peintre Georges Rouault, devenu le chouchou de la fin de sa vie, ouvrira ses portes en 1903 après bien des hésitations du légataire, compte-tenu de l'aspect inachevé de l'ensemble légué. Par ce geste étonnant "l'assembleur de rêves" ouvre ainsi les secrets de ce laboratoire dont la visite s'impose surtout si on le déteste !



Et sa peinture ? Gustave Moreau "met des chaînes de montres aux dieux de l'Olympe", selon le mot de Degas. Moreau se voulait avant tout peintre d'histoire et il entendait en renouveler le genre. Mais c'est la peinture de paysage qui était en vogue à son époque. Formé à l'atelier de François-Edouard Picot, il en retint les préceptes classiques : prévalence du dessin, de l'esquisse, du modèle, mise au carreau et copie des maîtres. Admirateur de Mantegna très tôt copié au Louvre et plus tard attiré par Delacroix, c'est surtout Théodore Chassériau (1819-1856), son ami, qu'il admirait (notamment les décors de la Cour des Comptes malheureusement détruits pendant la Commune de Paris). À retienir également son amitié pour Eugène Fromentin. Abondamment et justement cités, les trois contemporains à avoir le mieux parler de son oeuvre sont Théophile Gautier, Emile Zola et J. K. Huysmans pour la pertinence d'analyses qui épatent toujours. Gustave Moreau, dont la peinture a inspiré "A rebours" (1884) reste le peintre favori de la génération "fin de siècle".



Son oeuvre laisse souvent le spectateur sur le carreau. Les bras vous en tombent de tant de références mythologiques et religieuses ou littéraires accumulées et parfois mêlées sur une même toile. Profusion d'ornements ou de décors hétéroclites faisant appel aux arts égyptien, persan, indien, hellénistique ou romain. A vous donner le tournis quand ce n'est pas tout bonnement étouffant. La dimension onirique de sa peinture a pourtant de quoi séduire (amateurs de Fantasy peut-être ?) tant elle suscite de visions hallucinatoires ou cauchemardesques. Mais trop souvent les énigmes qu'elles suggèrent tournent à l'hermétisme. D'où l'impression d'une peinture usant de trop d'artifices. L'ignorance saisit devant tant de références tombées dans l'oubli, car pour être tout à fait honnête, c'est aussi parce que nous ne savons plus lire cette peinture que nous la qualifions d'obscure. Ce livre donne donc une furieuse envie d'aller revisiter les mythes et les littératures anciennes des quatre coins du monde sources de toutes nos imaginations.



Un autre des mérites du livre est de faire découvrir au lecteur les multiples talents de l'artiste. En 1879, Antoni Roux, un de ses amateurs passionnés, passe commande à Gustave Moreau d'un travail où on ne l'attend pas du tout : une illustration des Fables de la Fontaine en aquarelles. Travail où s'est distingué un autre Gustave (Doré). L'exercice qui l'occupe de 1879 à 1884 est une réussite totale ; préférant, comme on s'en doute, mettre en scène des personnages de la mythologie plutôt que des animaux, ou introduisant des motifs orientaux (l'une des sources De La Fontaine était un brahmane indien, Bidpay), il irrite son commanditaire qui l'incite à recadrer son travail. Se rendant alors au jardin des plantes de bon matin et croquant les animaux sur le vif pour le satisfaire (août/septembre 1881), il produit soixante-quatre aquarelles qui sont de purs chefs-d'oeuvre, toutes aujourd'hui dans des collections privées.



Pas facile dans un siècle où cohabitent David, Géricault, Ingres, Delacroix, Courbet, Manet, Monet, pour n'en citer que quelques uns, d'inscrire sa propre singularité. Et pourtant Gustave Moreau y réussit avec brio restant également le professeur sensible, généreux et attentif, de quelques jeunes talents ayant pour nom Rouault, Matisse ou bien Marquet. Gustave, notre plus proche parent éloigné ?

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