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Critiques de Thomas Szasz (2)
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Les criminels de paix

Nous connaissons tous la notion de crimes de guerre, mais qu'en est-il des crimes de paix, ceux commis au nom du maintien de la paix et du bon ordre social?

Dans ce volume, Franco Basaglia et Franca Ongaro Basaglia ont rassemblé les écrits de plusieurs philosophes, sociologues, psychologues ou autres de l'époque. A la différence de leurs livres que j'ai lus précédemment, celui-ci est avant tout politique et cela ne le rend pas moins intéressant, loin de là. Nous y retrouvons entre autres Michel Foucault, Ronald David Laing, des entretiens avec Jean-Paul Sartre, bref, des grands.



Challenge XXème siècle 2019
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Les Rituels De La Drogue

[Ed. d'origine : Ceremonial Chemistry – The Ritual Persecution of Drugs, Addicts and Pushers, New York, 1974 – trad. française épuisée : Les Rituels de la drogue, chez Payot et Rivages]



Cet essai est un procès à charge de la vague répressive et prohibitionniste qui, au début des années 1970, a sévi aux États-Unis contre les drogues et les drogués. Partant de l'analogie entre cette vaste campagne politico-médiatique conduite sous la direction de la médecine, en particulier de la psychiatrie, d'une part, et la chasse aux sorcières menée jadis par l'Inquisition, de l'autre, l'auteur file la métaphore, au cours de plus de 200 pages, de la guerre de religion : la prise de drogues illégales constituant une contre-religion persécutée par celle, officielle et soutenue par une « pharmacocratie » scientiste, rationaliste et à tendance totalitaire, qui a détrôné le judéo-christianisme et qui promeut ses propres drogues légales (le tabac, l'alcool et médicaments psychotropes).



Les points forts de cette théorie sont les suivants :

1. La prise de drogues est un rite religieux auquel aucune société ne peut se soustraire. L'usage ou le non-usage de tout produit psychoactif relève d'une « chimie rituelle », et ses conséquences ne dépendent pas de la pharmacologie mais de l'usage et notamment du cadre rituel. Aussi, l'addiction n'est-elle en aucun cas chimique – comme le montrent de nombreux témoignages des premiers usages y compris de l'héroïne et de la cocaïne reportées dans la longue annexe chronologique qui atteste des usages de l'opium depuis le VIe millénaire av.-J.Ch. – et les effets des substances varient également selon les cultures et même les individus. Le livre s'abstient donc de toute étude pharmacologique :

« Les drogues qui donnent de l'accoutumance sont aux drogues ordinaires (qui n'en donnent pas) ce que l'eau bénite est à l'eau ordinaire. Lorsque nous identifions certaines drogues « qui donnent de l'accoutumance » et les plaçons dans la même classe que d'autres médicaments, tels les antibiotiques, les diurétiques, les hormones etc., nous commettons une erreur semblable à celle qui consisterait à distinguer un type d'eau appelée « bénite » et placée dans la même classe que l'eau distillée ou que l'eau lourde. » (p. 15).

2. Le remplacement de la morale religieuse judéo-chrétienne par le scientisme médical a métamorphosé les comportements individuels réprouvés – les péchés – en « psychopathologies » et en « perversions ». Ainsi, par ex., de la masturbation, de l'homosexualité, mais aussi du délire – recherché ou non – et de l'abus de drogues. De ce fait, la psychiatrie considère comme malades et impose le traitement voire l'enfermement à des catégories de personnes, les psychotiques, les drogués, etc. qui ne désirent pas nécessairement être « soignées ». Par ailleurs, la lutte contre certaines substances s'opère en parallèle avec la promotion d'autres, et cette promotion est particulièrement évidente dans les cas de colonisation d'autres peuples (cf. les Guerres de l'opium, l'alcoolisme des Indiens d'Amérique, etc.) et de domination de populations marginalisées. Dès lors, l'opposition à cette forme de pouvoir relève non pas de la promotion d'un produit ou de l'interdiction d'un autre, mais de l'invocation du principe de tolérance religieuse.

3. Une analyse philosophique de la légitimité ou illégitimité à guérir relève aussi du phénomène religieux : il est montré que durant la longue période allant de l'Antiquité à la médecine « scientifique » moderne, les sorcières « blanches » (contrairement aux « noires »), et parfois les Juifs, étaient principalement chargés du soin de la très grande majorité de la population. Leurs persécutions pour cause d'illégitimité – dans les deux cas et selon des modalités différentes – manifestent la même forme d'intolérance. La naissance de la psychiatrie pour étudier et contrôler les déviances du comportement, la lutte contre les drogues illégales et plus récemment contre les déviances alimentaires révèlent des similitudes profondes. Dès lors, est posée la question de la légitimité du pouvoir médical et en particulier de la psychiatrie, grande pourvoyeuse de drogues légales.

4. La « pharmacocratie » a également des répercussions sur la question du libre arbitre. La perspective morale fondée sur la « tentation » et la « tempérance », même atténuée par la « possession diabolique », concède davantage de place à l'autonomie de l'individu que la perspective médicale en termes d'addictions, de pathologies, de pulsions, de déterminismes biologiques ou sociologiques. D'où une tendance accrue à un totalitarisme orwellien qui se feint bienveillant pour la victime, au détriment d'une transformation accrue du produit (et du dealer) en « boucs émissaires », ce qui correspond aussi à l'étymologie sacrificielle du terme « pharmakos ».



Les thèses de cet essai me paraissent séduisantes. Néanmoins, deux points faibles la fragilisent : l'absence ne serait-ce que d'un début d'analyse pharmacologique (comme indiqué), et surtout le fait de ne pas être allé plus loin justement dans l'aspect rituel et religieux de la prise de drogue : l'anthropologie du chamanisme a suffisamment montré que le détournement des produits d'un usage ritualisé – le tabac, la coca, l'opium, mais aussi l'alcool, dans notre propre contexte culturel – ainsi que la disparition du cadre initiatique ont justement produit des ravages qu'il est malhonnête d'occulter... À vouloir faire un pas de plus dans la métaphore religieuse, on pourrait considérer la drogue elle-même comme une « puissance » (au sens de Tobie Nathan) qui « s'approprie l'âme » de certains individus.



Table :



Première Partie – Pharmakos : le bouc émissaire



Chap. Ier : La découverte de l'accoutumance

Chap. II : Le bouc émissaire comme drogue et la drogue comme bouc émissaire

Chap. III : La médecine : la foi de celui qui n'a pas de foi

Chap. IV : Communions sacrées et non.



Deuxième Partie – Pharmaco-mythologie : la médecine comme magie



Chap. V : Guérisons légitimes et illégitimes : la persécution de la sorcellerie et de la « droguerie »

Chap. VI : L'opium et les Orientaux : des boucs émissaires idéaux pour les Américains

Chap. VII : Drogues et diables : la cure par la conversion de Malcolm X

Chap. VIII : Abus de nourriture et « nourritouromanie » : du contrôle de l'âme au contrôle du poids



Troisième Partie – Pharmacocratie : la médecine comme contrôle social



Chap. IX : Médecine missionnaire : guerres saintes contre drogues impies

Chap. X : Cures et contrôles : panacées et pan-pathogènes

Chap. XI : Tentation et tempérance : nouvelles considérations sur la perspective morale

Chap. XII : Le contrôle de la conduite : autorité vs. autonomie



Annexe : Histoire synoptique de la promotion et de l'interdiction des drogues.
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