AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Asphalte


Livres les plus populaires voir plus


Dernières parutions chez Asphalte


Dernières critiques
michfred
  24 janvier 2022
Demain la brume de Timothée Demeillers
Quel pays illustre mieux que l'ex Yougoslavie les ruptures fratricides et meurtrières d'un équilibre politique qui se rompt ?



Ivan, dit Jimmy, est croate , Nada serbe et Damir son cousin aussi. Ils ont vingt ans, aiment le rock, se retrouvent tous les étés à Vukovar pour rire, bronzer, écrire ou faire de la musique en rêvant de la gloire que leur apportera leur dernier tube dont le titre provocateur leur donne des airs de Sex Pistols yougoslaves, "Fuck you Yu"...



Yu, pour Yougoslavie, leur pays à tous les trois, qu'ils malmènent affectueusement en paroles pour accélérer sa modernisation, son évolution protégée du grand frère russe par la houlette de Tito.



Mais Tito, justement, meurt. Et soudain Nada se sent serbe, Jimmy par opportunisme rallie la scène croate qui a besoin d'un chantre national et Damir fuit à l'étranger ne reconnaissant plus son pays.



Les voici devenus frères ennemis.



Brothers in arms, chante Dire Straits.



Le récit épouse et confronte tous ces points de vue. Sans choisir. Il jette aussi dans la mêlée un quatrième personnage, Pierre Yves, un rebel without a cause, qui va s'en trouver une: mourir pour Vukovar comme d'autres l'ont fait en leur temps pour Madrid.



La Croatie, il ne sait même pas où c'est sur une carte. Il n'a jamais parlé la langue. Ses compagnons d'armes le trouvent louche, ce Français qui n'a même pas l'air d' avoir peur alors qu'il est juste sans repère.



La guerre radicalise les positions, les propos, tend et fait éclater les relations les plus fortes, dissipe les illusions, ventile les a priori.



Façon puzzle.



Elle fait littéralement table rase.



. Dans ce champ de ruines, qui reconnaîtra la Yougoslavie ? Fuck you, Yu... Même la chanson est prise à contre sens...



Un beau récit polyphonique assorti d'une bande son très rock qui l'habille comme un perfecto clouté. Et troué de balles.

.

Through these fields of destruction

Baptisms of fire

I've witnessed your suffering

As the battle raged high...





Merci encore une fois à Idil qui a déniché cette pépite ! Il va sans dire que j'ai adoré.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          444
EmiC
  20 janvier 2022
Tes yeux dans une ville grise de Martín Mucha
Jeremias, jeune étudiant, traverse tous les jours la ville de Lima sur de nombreux kilomètres en bus ou combi. Il s'agit ici d'une errance urbaine avec les rencontres que cette dernière impose. Jeremias a toujours vécu à la marge de la haute société liménienne et pourtant il entre à l'université et a fait sa scolarité dans une école réputée où les enfants bourgeois le traitaient de "cholo" terme péjoratif pour nommer les indiens. La fissure est effectivement très profonde entre les riches et les pauvres et le narrateur nous la fait pleinement sentir, au Pérou il n'y a pas de transfuge de classe malgré les efforts personnels de Jeremias pour changer de vie. D'ailleurs il nous le dit, les gens aisés n'empruntent dans cette ville jamais les transports en commun. Il se sait condamné dans cette société hyper inégalitaire. Dans ces pages, aucun espoir, tout est gris à l'image de Lima, souvent plombée par un ciel gris.



L'écriture est comme parlée, comme si Jeremias avait écrit tous ces mots dans un carnet qu'il aurait publié. Quel meilleur moyen que ce type d'écriture pour montrer la réalité ? Presque un documentaire. Une perle rare de livre, d'un auteur péruvien, d'une littérature péruvienne trop peu souvent traduite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
seb_ply
  17 janvier 2022
Les rêves qui nous restent de Boris Quercia
Boris Quercia change de registre après avoir fait bourlingué pendant plusieurs romans noirs son personnage marquant et taciturne Santiago Quiñones, flic à Santiago au Chili. Dans "Les rêves qui nous restent", l'auteur emmène son lecteur dans une société futuriste. Il construit un monde autour d'une population privilégiée qui vit dans la City et qui est séparée par une frontière avec le monde extérieur, hostile et où les lois n'ont plus cours. La City fonctionne grâce aux travailleurs pauvres qui traversent tous les matins la frontière et qui font tourner l'économie. Des robots, les "électroquants", plus ou moins évolués selon les richesses de leurs propriétaires, accompagnent les hommes pour les aider dans leurs tâches au quotidien et une partie de la vie est régit par les relations avec ces machines. Les relations avec les "électroquants" ne se sont d'ailleurs pas toujours passées sereinement comme vous le découvrirez. Dans cet univers singulier, le lecteur fait connaissance avec un nouveau flic, Natalio. Un classe 5, autrement dit un flic relégué à des tâches plutôt ingrates et qui est obligé de compléter son petit salaire avec des missions officieuses. Il se retrouve sur une affaire où une grande entreprise cherche à cacher des choses. Il met alors le nez dans un maelstrom qui va l'amener à croiser des syndicalistes ambiguës, des trafiquants ou encore de riches personnages hors sols.



On retrouve la patte des polars de Boris Quercia dans ce roman, qui transpose à merveille dans un univers de science fiction l'ambiance sombre et l'atmosphère pesante caractéristiques de l'auteur. de la politique à la santé mentale en passant par les questions que posent les avancés technologiques, ce quatrième roman de l'auteur est passionnant. Les robots peuvent-ils devenir autonomes ? Pour quelles conséquences ? Comment les populations sont manipulées dans cette société ? Quel rôle joue la psychiatrie ? Quelles matières premières deviennent précieuses dans ce contexte ? Autant de questions qui se posent au fil du récit tout en tenant en haleine le lecteur lorsque les évènements s'accélèrent pour Natalio. le progrès a parfois un coût exorbitant que ce soit financier ou humain. "Les rêves qui nous restent" nous le montre très bien. Si vous ne connaissez pas la plume de cet auteur c'est une très belle occasion de la rencontrer. Un roman qui happe, qui ne rassure pas et qui fait réfléchir. Un vrai coup de coeur.



Traduit par Gilles Marie et Isabel Siklodi.
Lien : https://lesmafieuses.wordpre..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20