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Allia

Les Éditions Allia sont une maison d`édition française créée en 1982 par Gérard Berréby.

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Dernières critiques
myrtigal
  27 mai 2020
Journal et lettres de prison, 1941-1942 de Boris Vildé
Boris Vildé a écrit ce journal pendant sa captivité à la prison de Fresnes, en attendant son procès. Il y consigne ses sentiments mais aussi toutes ses impressions sur le monde, la vie et surtout la spiritualité; sujet qui le fascine. Il lit sans relâche les livres que son épouse et ses beaux-parents lui envoient par colis, livres de sciences humaines: philosophie, psychologie, domaines qu’il affectionne beaucoup également. Et il y note ses analyses sur ces lectures. Ses réflexions sont si poussées et intenses qu’il est parfois difficile de les suivre pour un profane.

En somme ce journal est un mélange de réflexions intenses en tout genre ou l’on décèle la grande culture et la grande ouverture d’esprit de Boris. Cet ethnologue d’origine russe devenu grand résistant français. Lui le cosmopolite parlant russe, allemand, français, estonien, finnois et j’en passe, mais qui a trouvé en la France une maison et un amour. A tel point que se battre pour elle est pour lui une évidence.

Homme fasciné par les Hommes, touchant, émouvant en lisant ce journal on entre dans son intimité et on s’y sent honoré.



Puis le journal est suivi par une analyse du journal puis de l’histoire du réseau du Musée de l’Homme, ainsi que du déroulement de leur procès et leur fin tragique... très intéressant et important de la connaître. Émouvant.

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Sebthocal
  24 mai 2020
L'été des charognes de Simon Johannin
L'été des charognes de Simon Johannin, décortique la décomposition de l'enfance dans une campagne rude et cruelle.



« J'ai grandi à La Fourrière, c'est le nom du bout de goudron qui finit en patte d'oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les premiers arbres. La Fourrière, c'est nulle part.

Le père il s'est mis là parce qu'il dit qu'au moins, à part ceux qui ont quelque chose à faire ici personne ne l'emmerde en passant sous ses fenêtres.

Il y a trois maisons, la mienne, celle de Jonas et sa famille et celle de la grosse conne qui a écrasé mon chat, celle à qui il était le chien qu'on a défoncé avec les pierres et qui vient que de temps en temps pour faire ses patates et pour faire chier. »



Ce qui frappe en premier lieu, c'est la violence brute qui s'exprime sur les animaux. Rien ne nous est épargné des miasmes et de la puanteur des corps en putréfaction. Pour cette famille d'éleveurs, pour qui l'élevage intensif et aseptisé n'est pas encore passé par là, il n'y a rien de plus naturel. La violence est quotidienne, et elle ne se contente pas d'être animale. Les coups tombent facilement : pas de temps pour la négociation, sauf si elle est commerciale, car il faut bien vivre de ses bêtes.

Les gamins doivent filer droit. Leur liberté, ils la trouveront dans les champs à jouer avec des cadavres, ou en collectionnant les plus beaux os qu'ils trouveront, peu importe les corps dont ils proviennent...



L'ambiance âpre de désolation est prégnante à travers les odeurs immondes, et les excréments. On se lave quand on peut, dans la rivière ou dans la ferme s'il reste de l'eau après avoir abreuver les animaux. On se rassure en humiliant ceux qui sont différents : les « gueux », ou les musulmans dont on se moque en jouant à « l'Arabe », beaucoup moins quand il s'agit de leur vendre des moutons.

Les gamins grandissent et mettent du Scorpion pour masquer les odeurs pestilentielles. Ils prennent le car scolaire qui les emmènera chez les grands, mais qui pue autant que l'équarrisseur quand il passe devant les usines de la région.

Dans ses « localités en fin de vie », dont ils en sont les « bouseux », on abat, dépèce et plume, « imprégnés de cette odeur de charogne » et au son du bruit des viscères qui tombent et du « cri que fait le sang quand il coule ». Heureusement il y a des moments de convivialité et de solidarité, même si les enfants finissent souvent par raccompagner leurs parent soûls comme des « bêtes molles dans du formol » en conduisant eux-mêmes les voitures sur les chemins vicinaux.



Un récit âpre et rude, presque infesté d'une atmosphère vénéneuse, qui ne peut qu'être conseillé à un public averti. Pourtant, c'est une écriture lumineuse qui éclaire sa lecture d'une poésie noire mais jubilatoire. le narrateur voit son enfance partir en fumée dans les effluves pestilentielles d'un monde en décomposition entre « les bêtes, les champs, et les cuites » et part se réchauffer au soleil de l'amour :

« Sont sortis partout de nous de l'énergie et des liquides, et sa mâchoire dictait la pulsation. Je suis tombé du bord du monde dans son odeur d'envoûtement, je suis allé et venu dans le noeud sous sa peau, j'ai pris le jus sur sa langue et avalé l'eau dans sa bouche, courbé le mouvement de sa nuque sur un rythme qui nous venait de ce qu'il y a derrière le désir.

Elle m'a traversé comme une cascade de lumière. »



L'occasion de découvrir la prose poétique de ce jeune auteur Simon Johannin, dans son premier roman, qui, s'il n'invente rien dans le genre du roman noir, le magnifie d’un style unique et poétique. Aussi hallucinée que lucide, son écriture prendra encore de l'ampleur avec Nino dans la nuit, co-écrit avec sa femme Capucine. Une plume acérée dans une encre vibrante à découvrir assurément.
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JeffreyLeePierre
  23 mai 2020
Mystery Train de Greil Marcus
C'est un essai de mythologie américaine appliquée à quelques moments ou artistes du rock. Et pour une fois chez Marcus, il y a plus de bonnes idées et de musicologie pertinente que de délires spécieux.

Et ça parle de Harmonica Frank : jamais rien entendu de ce gus, mais ça donne envie, ça doit ressembler à un proto-Hasil Adkins plus proche du vieux country rural.

Puis d'excellents chapitres sur Robert Johnson, Sly Stone, Randy Newman (moins bien, mais c'est peut-être parce que je ne suis pas très sensible au bonhomme), Jerry Lee Lewis et enfin Elvis.



Dans l'édition Allia, il y a plus de notes et discographies sélectives en fin d'ouvrage que la longueur du livre lui-même. Et encore, c'est écrit en plus petit. Mais c'est une mine de bons tuyaux qui donne envie de reprendre toute l'histoire, de retrouver les racines country et blues, de ré-écouter le catalogue blues de Sun, puis le rockabilly qui en dériva. De passer de longs moments en compagnie de tous ces pouilleux mal dégrossis qui ont quand même enregistré tous ces petits bijoux d'excitation sonores.



Et puis il y a dans les notes la retranscription d'un dialogue hallucinant entre Jerry Lee Lewis et Sam Phillips (probablement enregistré sur la bande de la session) où le premier refuse absolument de chanter Great Balls Of Fire parce qu'il vient de comprendre que c'est une allusion à la Pentecôte agrémentée de paroles grivoises, et que ce serait pêché que de chanter une horreur pareille alors que la Bible dit qu'il ne faut pas visiter le côté obscur... Bref un grand délire mystico-n'importe quoi entre deux noeuds passablement allumés.

Et dire que si Sam Phillips n'avait pas eu le dernier mot dans cet échange, hum... théologique, Jerry Lee Lewis serait resté sur sa position et la face du rock en eut été changée.
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