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Critique de Bouteyalamer


Bouteyalamer
  28 janvier 2017
La dominante de cet essai est le rêve comme voie d'exploration de l'inconscient et ses liens avec les symboles et les archétypes. Jung commence par défendre le concept d'inconscient, défense surprenante pour un écrit de 1964 : il estime que l'inconscient est nié par de nombreux philosophes et savants (p 33) ; par ceux qui supposent que nous connaissons totalement la psyché, supposition d'une fausseté évidente (p 34) ; et par les misonéistes, ceux qui ont peur de ce qui est nouveau et inconnu (p 35 et 48). Plus surprenant encore, Jung écrit : « En quelque mépris qu'on tienne l'inconscient, chacun doit accorder qu'il mérite d'être exploré. L'inconscient se situe au moins du niveau du pou, qui, après tout, jouit de l'honnête intérêt que lui porte l'entomologiste » (p 49). Les tentatives de Jung pour approcher le concept d'inconscient, non par une définition, mais par des exemples, pourraient expliquer ce ton apologétique : ses exemples illustrent les psychoses, l'anosognosie, l'oubli bénin, mais aussi les propriétés de la mémoire (sélectivité, fonctions d'encodage et de rappel, mémoire sensorielle et ses résonances), ou même des concepts flous comme le pressentiment et l'inspiration. S'il y a de nombreuses définitions de ce qui n'est pas (directement) accessible à la conscience, peu de personnes, me semble-t-il, nient l'existence d'un inconscient.

Jung a une conception heureuse de « la fonction générale du rêve, [qui est] d'essayer de rétablir notre équilibre psychologique à l'aide d'un matériel onirique qui, d'une façon subtile, reconstitue l'équilibre total de notre psychisme tout entier » (p 75). Les rêves offrent une méthode d'exploration au psychiatre qui doit s'adapter à l'individu analysé au cours d'un « échange dialectique entre deux personnalités » (p 92). Il n'y a pas de clé, pas de règle, pas de méthode universelle d'interprétation.

Les rêves disent une vérité par l'entremise de symboles dont beaucoup sont la résurgence d'archétypes immémoriaux. Jung définit les symboles dès sa première page : « un terme, un nom ou une image qui, même lorsqu'ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications qui s'ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente ». Les archétypes, que Jung pense innés, sont définis de façon plus floue : « On croit souvent que le terme archétype désigne des images ou des motifs mythologique définis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puisse être transmises en héritage. L'archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peux varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental » (p 117-8). Jung se fonde encore sur des exemples. Près de la moitié du chapitre « Le symbolisme du rêve » commente le cas d'une petite fille qui offre à son père l'illustration de ses rêves et meurt un an plus tard d'une maladie infectieuse. le père était psychiatre, le cadeau lui était fait deux ans après les rêves, et Jung n'avait pas interrogé l'enfant sur sa création. Il conclut néanmoins que la petite fille se préparait à la mort : « La vie de cet enfant ressemblait au voeu d'un sacrifice printanier dont parle le poète » (p 127) : exemple surprenant ou magique d'un rêve prophétique.

Il est certain que le symbole, l'icône ou le mythe ont une présence universelle, historique et préhistorique (voir La vallée des merveilles d'Emilia Masson). Leur fécondité est attestée dans tous les domaines des arts et des sciences humaines, même si l'on ne croit pas en leur vérité (voir Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ? de Paule Veyne). Sont-ils innés ou acquis, résidus archaïques (Freud) ou tendances instinctives (Jung) ? Débat sémantique sans portée évidente. L'Essai est peu informatif sur les types psychologiques, même si le chapitre V porte ce titre et mentionne sans commentaire quatre types fonctionnels (p 101). Il ne fait que mentionner les concepts d'animus/anima ou de complexes.

Au terme de sa vie intellectuelle, Jung ne s'est pas libéré de l'emprise de Freud, qu'il tient à distance par des remarques polémiques, lesquelles culminent dans sa conclusion : « Les idées de Sigmund Freud ont confirmé la plupart des gens dans le mépris que leur inspire la psyché inconsciente. Avant lui, son existence était ignorée, ou négligée. Désormais, elle est devenue un dépôt à ordures morales » (p 181). L'essai ne mentionne pas le concept d'inconscient collectif. Pourtant Raymond de Becker, également inquiété pour son rôle auprès des nazis, déclare dans sa préface : « On se trouve dans l'obligation de reconnaître l'existence d'une psyché « aryenne » distincte de la psyché « juive » ou de la psyché chinoise, la chose est d'un bon sens si élémentaire qu'on s'étonne qu'elle ait pu donner matière à polémique » (p 21). Faute de tact et faute de pertinence, faute tout court dont le responsable est finalement l'éditeur. Il vaut mieux aborder le grand homme par un autre livre que cet essai tardif.
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