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Critique de danielb


danielb
  20 août 2013
Quand Bernie Gunther, le héros de la série de romans policiers de Philip Kerr, semble croiser la route de Maximilien Aue, le narrateur de Jonathan Littell dans Les Bienveillantes.


Dans Vert-de-gris (traduction française de Field Grey), le septième des romans que Philip Kerr consacre à son héros, Bernie Gunther, Bernie est interrogé par la CIA et doit expliquer quel rôle il a joué lors de l'invasion de l'URSS en juin 1941.

Revenu à la Kripo (police criminelle) en 1938, après avoir oeuvré pendant cinq ans comme détective privé à Berlin, Bernie a été en 1941 incorporé dans un bataillon de réserve de la police et envoyé en Ukraine pour se joindre à des Einsatzgruppes, des unités SS chargées de sécuriser l'arrière des lignes de la Wehrmacht dans leur avancée en territoire soviétique. Bernie croyait que sa mission consistait à combattre les partisans. Cependant, un jour qu'il était en route vers Minsk pour faire son rapport après avoir capturé et exécuté une trentaine d'agents du NKVD (ancien KGB) coupables d'avoir massacré plus d'un millier de prisonniers ukrainiens et polonais dans la cour de la prison de Lutsk, il croise une autre unité SS en train de fusiller des civils juifs parmi lesquels il y avait des femmes âgées. Choqué, il s'arrête et demande des explications. On lui répond que ce sont les ordres. Il appelle au QG à Minsk et il se fait vertement engueuler pour oser ainsi discuter un ordre. Arrivé dans cette ville, il doit faire face à ses supérieurs et se fait menacer d'une rétrogradation. Arthur Nebe, son ancien chef à la Kripo, mais maintenant chef du Einsatzgruppe B, intervient et le sauve en le retournant travailler à Berlin. Heureusement pour lui, car les Einsatzgruppes ont par la suite été impliqués dans des tueries à grande échelle au cours desquelles plus d'un million cinq mille juifs ont été assassinés. C'est ce qu'on appelle la première Shoa, la Shoa par balles, pour la distinguer de la Shoa des chambres à gaz qui s'est mise en branle à partir de 1942.

Bernie Gunther faisait partie du groupe B, qui avait Minsk comme objectif. Dans Les Bienveillantes, le roman de Jonathan Littell, gagnant du prix Goncourt 2006, Maximilien Aue, son narrateur, fait partie du groupe C qui avait Kiev comme objectif, soit quelques centaines de kilomètres plus au sud, les deux groupes ayant la Pologne comme base de départ dans les premières semaines de l'opération Barbarossa.

Là où je dis que les deux personnages se croisent, sans toutefois se rencontrer, c'est lorsqu'en arrivant à Lutsk, tout récemment conquise par l'armée allemande, Aue va visiter le château de Lubar qui avait servi de prison au NKVD et dans sa cour intérieure il découvre un charnier de plus d'un millier de corps en décomposition, des prisonniers ukrainiens et polonais que les Russes ont assassinés avant de fuir la ville. Incapables de rattraper les coupables, les Allemands décident d'exécuter le même nombre de juifs parmi la population de la ville, sous prétexte qu'une grande partie des membres du NKVD étaient des juifs.

Contrairement à Bernie Gunther, le narrateur des Bienveillantes ne proteste pas devant les massacres de juifs, même s'il s'interroge sur leur pertinence. C'est ainsi qu'il va se retrouver impliqué dans les massacres qui vont avoir lieu dans la région dans les mois suivants.

Aux yeux des autorités soviétiques, Bernie est un criminel de guerre pour avoir commandé l'exécution des agents du NKVD parmi lesquels il y avait des femmes, et il craint constamment d'être remis entre leurs mains. Cependant, il se justifie en disant que c'était la guerre et que ceux-ci étaient coupables d'avoir massacré les prisonniers de Lutsk. Par contre, c'est tout à son honneur d'avoir refusé de participer à l'assassinat de juifs au risque d'en subir les conséquences, ce qu'il n'est d'ailleurs pas le seul à avoir fait.

L'action de Field Grey, ou Vert-de-gris dans sa version française, se situe en 1954. Mais, étant donné que Bernie Gunther est arrêté par les Américains dès le premier chapitre en face de Guantanamo alors qu'il tente de fuir Cuba et qu'il reste prisonnier de la CIA puis des services secrets français jusqu'au dernier chapitre, il n'y a pour ainsi pas d'action dans ce roman qui prend la forme d'une série de récits que Bernie raconte afin de répondre aux questions de ses interrogateurs sur certains passages de sa vie. Sans doute que certains lecteurs n'apprécieront pas, mais tous ceux qui ont déjà lu d'autres péripéties de la vie de cet intrigant personnage seront comme moi curieux de connaître d'autres passages de sa vie. de plus, tout en le lisant, je n'ai cessé de penser comment Philip Kerr pouvait lui-même être aussi curieux de connaître ces passages tout en les écrivant.

Quant aux Bienveillantes, bien que j'ai entrepris de le relire après m'être rendu compte que Maximilien Aue aurait pu croiser la route de Bernie Gunther en Ukraine, je ne crois pas continuer cette relecture au-delà des chapitres concernés. En effet, ce roman été pour moi une source de malaise et d'inconfort lorsque je l'ai lu à sa sortie et je n'ai pas envie de revivre cela. Comment se complaire pendant 900 pages dans la perversité d'un narrateur qui accepte de regarder tuer et même de tuer lui-même juste pour voir l'effet que cela lui fait ?
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