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Critique de LireEnBulles


LireEnBulles
  08 novembre 2017
Batman fait partie de ces héros que l'on ne présente plus, au même titre que Superman. Et à moins que vous ne soyez nez hier, et encore il est probable que l'on vous affuble d'un t-shirt au logo de la chauve-souris, vous savez pertinemment qui il est. Créé en 1939 par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger, dans les pages de Detective Comics #27, il s'appelait à l'époque de The Bat-Man. Si lui et Superman se sont affrontés à de multiples occasions, ils ont su créer un lien d'amitié en étant tous deux membres de la Justice League. Mais alors que Superman est un descendant de la planète Krypton aux pouvoirs immenses, Batman lui n'est qu'un simple être humain à la musculature saillante, à l'intelligence affûtée comme celle d'un Sherlock Holmes, et au compte en banque d'un playboy multimilliardaire. Et tandis que le héros évolue dans les comics de chez DC Comics, et au cinéma depuis des dizaines d'années sous la coupe de Warner Bros., il se paye à présent le luxe d'une adaptation en bande dessinée par le scénariste et dessinateur italien Enrico Marini.

Si ce nom ne vous dit rien, Marini est celui à qui l'on doit la saga Les Rapaces, le Scorpion, ou encore Les Aigles de Rome. Cet homme né en 1960 en Suisse, a étudié le graphisme à l'École des Beaux-Arts de Bâle, et a su s'inspirer d'Hermann, Jordi Bernet, et Otomo, mais aussi des comics et des mangas pour perfectionner son trait. En 1987, Marini est repéré à l'occasion d'un concours de nouveaux talents du Festival de la Bande Dessinée de Sierre, où il se verra confier le dessin de la Colombe de la Place Rouge de Marelle. En 1992, il travaillera avec Thierry Smolderen sur Gipsy, puis avec Stephen Desberg en 1996 sur la duologie L'Étoile du Désert. Suivront ensuite Les Rapaces avec Jean Dufaux entre 1998 et 2003, et le Scorpion avec Desperg en 2016. Depuis 2007, Marini travaille sur sa création (scénario, dessins, couleurs) Les Aigles de Romes. Batman est son dernier bijou en date dont le tome 2 paraîtra au printemps 2018.

L'histoire débute avec le visage d'une petite fille assise dans les égouts appelant sa mère à l'aide. Arrive ensuite les rats effrayés par les pas du Joker, ennemi numéro 1 de Batman depuis sa création en 1940 (Batman #1). Vêtu de son costume violet et de son noeud papillon à pois verts, son sourire angoissant scindant son visage blanc en deux, et un couteau à la main, il menace. En parallèle on retrouve Bruce Wayne dans son manoir, où Alfred – son majordome – lui fait part de l'arrivée d'un paquet cadeau sans le nom du destinataire. Puis, la planche d'après on est embarqué dans une course-poursuite après que les minions clownesque du Joker aient braqué une bijouterie. Ils se retrouvent poursuivis dans les rues de Gotham par Batman, mais aussi par Catwoman qui tente de récupérer les perles qu'elle comptait elle-même voler. L'intervention de Batman permet de mettre fin à la course-poursuite d'enfer, précipitant le Joker du haut du pont Robert Kane (clin d'oeil à l'un des créateurs de Batman). de retour dans son repaire, le Joker est de très mauvaise humeur, puisque cette interruption de la par de la Chauve-Souris lui a fait perdre le collier qu'il comptait offrir à Harley Quinn pour son anniversaire. Après une improvisation et des disputes des plus sanglantes, le Joker découvre à la télévision que Bruce Wayne serait poursuivi en justice par une femme, Mariah Shelley, au sujet d'une mystérieuse petite fille…
Avec son scénario Marini se lance dans une adaptation du mythe de Batman tout en reprenant les personnages originaux que l'on connaît comme Harley Quinn, Catwoman, Batman, le Joker ou encore Killer Croc. Dès les premières pages on arrive à sentir le malaise et le côté imprévisible du Joker. Il est à la fois drôle, tranchant et lunatique. Comme à ses débuts, celui que l'on surnomme le Prince Clown du Crime n'a pas de limite dans sa personnalité frivole dictée par son humeur et ses envies de jeux. Ici, pas de « bling-bling » comme Jared Leto dans le film Suicide Squad, non, le Joker retrouve ses racines du mal, et on ne peut pas dire que l'on déteste. Celui qui a tant de fois tourmenté et mis à mal psychologiquement le justicier de Gotham, brille pas son esprit et son humour décalé. Face à lui, on découvre un Batman et un Bruce Wayne toujours aussi taciturne et mélancolique qui va être poussé dans ses retranchements par les actes de son ennemi. Pour les lecteurs de la première heure, on sait que la plus grande faiblesse de Batman reste son coeur, et il a beau avoir un self-control démesuré et un code de conduite moral – il ne tue pas – ici, il sera très vite habité par une rage nouvelle. On a aussi le droit de découvrir le côté playboy de Bruce sans que l'on ne sache encore sur quel pied il danse. Parlons maintenant de la mystérieuse petite fille kidnappée par le Joker, Alina. Cette dernière est une jeune fille assez directe dans ses propos au tempérament de feu mais qui possède encore cette innocence propre à l'enfant que le Joker pourrait vite briser selon son humeur. Alina n'a qu'un héros dans sa vie : Batman. Poupée de chiffon faite de ses petites mains, elle sait ce que représente celui que l'on surnomme le Chevalier Noir ou The Dark Knight.

Les planches de Enrico Marini sont à couper le souffle. le style est soigné, le trait vacille entre le dur et le doux, et on ne peut qu'admirer le rendu. Et que dire des couleurs ? C'est agréable et poétique. Les tons rougeâtres/orangé pour les parties du Joker et les actions, puis la froideur bleuâtres où apparaît Batman. Un effet de contraste qui va de pair avec l'esprit de chacun. le fait que Marini utilise des couleurs neutres pour le quotidien de Bruce Wayne donne l'effet d'un voile séparant la partie civile et la partie irréelle. Un choix très judicieux. C'est comme si Bruce et Batman étaient deux personnes distinctes, ce qui à mon humble avis est très souvent juste. Rien qu'en regardant les images ont peut facilement sentir le danger, la pauvreté et la tristesse qui rongent la ville de Gotham. C'est gris et froid, mais tellement beau. le charadesign est respecté et rappellera les premières apparitions des personnages dans les comics. le costume de Harley est un mix entre celui imaginé par Paul Dini – son créateur – dans la série animée Batman des années 90 et celui du jeu vidéo Batman : Akham Knight. On distingue parfaitement les couleurs et les allusions à son costume d'arlequin aussi mythique qu'elle. le Joker lui est dans le classique avec son costume violet et ses bretelles, ses cheveux verts hirsutes et son maquillage habituel. Son côté effrayant ressort très bien sous les traits graves que Marini lui donnent. de son côté, Batman reste avec son costume noir et gris, mais c'est surtout dans la dureté des traits de son identité civile que l'on peut voir qu'il en a vu des vertes et des pas mûres. La mâchoire carrée, les yeux sombres qui lui donnent du charme et une part de noirceur que ses nuits sans sommeil à arpenter les rues de Gotham lui ont gentiment offertes. Mention spéciale pour Killer Croc, que Marini a plus imaginé comme une grosse brute à la peau dure et écaillée, plutôt qu'en un monstre mutant reptilien. Un choix permettant d'incorporer plus facilement le récit dans un genre réaliste plutôt que fantaisiste. Et enfin, Catwoman qui arrive à être aussi dangereuse que sensuelle. D'ailleurs la nature de sa relation avec Batman est une affaire à suivre…

Le seul petit reproche que je pourrais faire ici, est le fait que l'histoire est en deux tomes, et qu'il est frustrant d'arriver en fin de tome 1 alors que l'histoire débute à peine. Néanmoins, il me tarde de découvrir la suite puisque plusieurs questions se posent ici. Que contient la boîte envoyée à Bruce, et de qui vient-elle ? Comment Batman va-t-il sauver Alina ? L'affrontement final entre les deux ennemis s'achèvera-t-il sur une note définitive ou laissera-t-elle la porte ouverte à plus ? Des réponses que j'espère trouver dans le tome qui paraîtra au printemps 2018.

Petit mot sur l'édition qui est au format franco-belge classique, fin avec une belle reliure. La couverte illustrée par Marini est magnifique. En fin d'ouvrage il y a quatre pages de croquis. À noter qu'une édition collector à tirage limité sortira le 1er décembre, avec une couverture différente et 12 pages de croquis inédits.

En conclusion, ce premier tome de Batman by Marini est certes trop court mais qu'est-ce qu'il est bon. Enrico Marini arrive à offrir un bel hommage à l'univers de Gotham qui voit défiler dans ses rues les plus sombres de dangereux criminels mais aussi le torturé Chevalier Noir. La folie du Joker est la véritable pièce centrale ici, les pages ruissellent de sa nature imprévisible. L'esthétique et l'ambiance sont un régal pour les pupilles, et on ne peut qu'en redemander.


Lien : https://lireenbulles.wordpre..
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