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Critique de ahasverus


ahasverus
  28 juin 2013
Sur les conseils d'une amie, je suis allé à la bibliothèque Nucéra, à Nice, chercher cet ouvrage d'Ovide. J'ai eu la surprise de voir que les SDF avait investi les lieux, comme dans "à la recherche de Franck Burns" que j'ai vu récemment. J'ai noté qu'une bibliothécaire, croisant un SDF, touchait son bras d'un air complice, j'ai trouvé ça gentil et ça rachetait beaucoup de saloperies, et j'ai pensé qu'ils étaient sûrement là depuis longtemps, ces SDF, peut-être depuis toujours, et que c'est moi qui ne les voyait pas. Je me suis souvenu aussi qu'on était tous faits de la même boue et je suis retourné à mes préoccupations.

J'ai fouiné dans le rayon Littérature latine et j'ai déniché "l'Art d'aimer". Cet exemplaire provient des éditions Complexe, collection "La Plume et le Pinceau", une boite belge. Il s'ouvre par une préface de Jacques Lacarrière et est parsemé d'aquarelles de Gabriel Lefebvre. C'est un bien bel objet, tracé sur un papier granuleux, très agréable au toucher et j'étais content de l'ouvrir.

Il s'agit d'une adaptation plus que d'une traduction. C'est là tout mon problème ! Ce postulat est si ardemment défendu dans la préface de Lacarrière et la postface de Carl Deroux que la puce qui squatte le lobe de mon oreille aurait dû crier gare et est actuellement en train d'expliquer sa défaillance dans le bureau de mon DRH.

Les vagabondages de Michel Grodent m'ont laissé perplexe : Avais-je affaire à du Ovide ou à du Grodent ? "Ô vous qui aspirez à un amour durable, quittez toute arrogance !". Voici Béatrice et Dante qui débarquent main dans la main au milieu du théâtre antique. Ce n'est un exemple parmi d'autres de ce qui sapait ma concentration.

Côté traduction, les choix de Grodent ne sont pas plus heureux : "L'existence des dieux est un avantage et puisque c'est un avantage, croyons à leur existence !" me semble faible au regard d'une version citée par Carl Deroux : """Il est utile que les dieux existent, et, comme c'est utile, croyons qu'ils existent''. J'arrête la démonstration pour ne pas surcharger mon propos mais il ne s'agit, là encore, que d'un exemple.
Même si j'ai trouvé cette lecture agréable et parsemée de pépites , mon plaisir,vous l'aurez compris, a été partiellement gâché par le traitement de Grodent qui parvenait même à glisser l'anachronique "vacherie" au détour d'une phrase, crevant la bulle que le texte installait dans mon imaginaire.

J'ai cependant compris l'essentiel du propos qui m'invite, pour me décoincer, à un séjour au Cap-d'Agde où je devrais argumenter aux plus réticentes "Que vous soyez possédées par un homme ou par mille, qu'à cela ne tienne, la chose dont je parle résiste mieux à l'usure que le fer ou la pierre". J'y viendrai avec mon ex-ami D. M., qui me proposait, la dernière fois qu'on s'est vus, d'aller un soir dans un club échangiste en m'expliquant qu'on pouvait juste y dîner dans une ambiance sympathique, des tas de gens font ça.

Le pragmatisme ironique d'Ovide, pas si éloigné des Stoïciens finalement, souligne cette obsession du mâle pour le sexe et les masques qu'il emprunte pour arriver à ses fins dans cette comédie permanente qu'est la vie. Çà me renvoie à la question d'un autre Belge, Philippe Geluck, qui se demandait : quand l'homme a découvert que la vache donnait du lait, que cherchait il exactement à faire ce jour là ?
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