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Citations sur Le Dictionnaire Khazar - exemplaire masculin (5)

À mon sentiment, les arts peuvent être classés en arts “réversibles” et arts “non réversibles”. En effet, il existe des arts qui permettent au sujet – le récipiendaire – d’approcher une œuvre sous des angles différents, de tourner autour et même de l’observer en changeant à volonté l’angle d’observation, comme c’est le cas en architecture, en sculpture et en peinture qui sont des arts “réversibles”. Mais il existe également d’autres arts, les arts “non réversibles” comme la musique ou la littérature, qui ressemblent à des rues à sens unique, des voies où tout se meut de son commencement vers sa fin, de sa naissance vers sa mort. Depuis longtemps, j’ai voulu faire de la littéraire – art “non réversible” – un art “réversible”. C’est pourquoi mes romans n’ont ni début ni fin au sens classique de ces mots. Ils sont créés dans une écriture non linéaire. [p. 10]
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Je ressentais une agréable fraîcheur et je respirais une odeur de vernis, raconte-t-il. Des violons se répondaient l’un l’autre et, avec leurs soupirs, on aurait pu composer toute une polonaise, comme les joueurs enchaînent les coups dans une partie d’échecs. Il suffisait de bouleverser un peu les sons et leur ordre. C’est alors qu’arrive enfin le Hongrois, propriétaire de ce magasin d’instruments de musique. Ses yeux ont une couleur de lait tourné. Il est rouge comme s’il allait pondre et sa barbe a la forme d’un petit ventre avec un nombril. Il sort un cendrier portable de sa poche, y secoue sa cendre, le referme soigneusement et me demande si je ne me suis pas trompé de magasin. Celui du fourreur est à côté du sien. Les gens se trompent toujours.
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Les archers tiraient et il comptait. La première flèche toucha toucha la boucle de sa ceinture et entra dans son ventre, y réveillant toutes les douleurs déjà éprouvées dans sa vie. Il réussit à intercepter la deuxième flèche, la troisième lui transperça l’oreille et y resta comme une boucle. Et il comptait toujours. La quatrième le rata. La cinquième le toucha au genou, dévia et traversa l’autre jambe, et il comptait toujours. La sixième le rata, la neuvième lui cloua la main sur la cuisse, et il comptait. La onzième lui déchiqueta le coude, la deuxième l’éventra, et il comptait encore. Il compta jusqu’à dix-sept et, enfin, il tomba à mort. A cet endroit poussa une vigne sauvage dont le raisin ne se vend ni ne s’achète, car ce serait péché.
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Virginie Ateh, serveuse à l’hôtel Kingston, témoin dans l’affaire Dorothéa Schultz, s’est présentée devant le Tribunal et a fait la déclaration suivante :
« Le jour en question (2 octobre 1982), le temps était ensoleillé et j’étais très angoissée. Des filaments d’air salé arrivaient du Bosphore, accompagnés de mes pensées rapides qui se faufilaient entre les pensées alanguies comme de petits serpents. Le jardin de l’hôtel Kingston, où l’on sert le petit-déjeuner quand il fait beau, a une forme carrée. Un coin est ensoleillé, l’autre fleuri, le troisième venté, et dans le quatrième coin il y a un puits et pilier à côté. J’ai l’habitude de me tenir derrière ce pilier car je sais que les clients n’aiment pas qu’on les observe quand ils mangent. Ce n’est pas étonnant. Je sais par exemple, en regardant un client prendre son petit déjeuner, que l’œuf brouillé le soutiendra pour se baigner avant midi, le poisson pour aller le soir à Topkapi Sarayi, et que le verre de vin lui donnera la force d’esquisser un sourire avant d’aller dormir, sourire qui ne parviendra jamais jusqu’aux miroirs myopes de la chambre d’hôtel. De cet endroit, près du puits, on voit l’escalier qui mène au jardin et donc tous ceux qui arrivent et qui s’en vont. De même que toutes les eaux des gouttières d’alentour se jettent ensemble dans le puits, toutes les voix du jardin y convergent aussi […]. Le matin en question, les premiers à descendre au jardin furent les clients de la chambre 18, ceux qui avaient un passeport belge, la famille Van der Spaak, le père, la mère et leur fils. Le père a un certain âge, il joue joliment d’un instrument fait de la carapace d’une tortue blanche, on pouvait l’entendre ce soir. Il est un peu bizarre et mange toujours avec sa fourchette personnelle à deux dents, qu’il garde dans sa poche. La mère est jeune et belle, aussi l’avais-je observée de près. Je me suis aperçue qu’elle avait une tare – il n’y avait pas de cloison dans son nez. Elle allait tous les jours à Sainte-Sophie pour y copier, très bien d’ailleurs, des icônes. […] Son petit garçon qui a à peine quatre ans, souffre sans doute aussi d’une tare. En effet, il portait toujours des gants, même pendant les repas. Autre chose cep
endant m’intrigua. Ce matin-là était ensoleillé et je suivais du regard la famille belge qui descendait au jardin pour se rendre au jardin, quand soudain je constatai que le visage du monsieur n’était pas comme les autres visages.
Le Juge – Que voulez-vous dire par là ?
Le Témoin – Mettez deux parties gauches d’un visage l’une à côté de l’autre, et d’un bel homme vous ferez un monstre. Doublez la moitié d’une âme et vous n’obtiendrez pas une âme entière, mais deux moitiés d’âme monstrueuses. L’âme, comme le visage, a un côté gauche et un côté droit. On ne peut pas faire un bipède avec deux jambes gauches. Le visage de monsieur était composé de deux moitiés gauches. […]
Puis arriva le Docteur Schultz, ici présente, qui s’installa à sa table. Avant que je m’approche pour la servir, le Docteur Mouaviya, la victime, l’avait rejointe à sa table, et s’y était assis. On voyait clairement que le temps du Docteur Schultz tombait comme la pluie, et celui de Mouaviya comme la neige. Il y était déjà enseveli jusqu’au cou. J’avais remarqué qu’il ne portait pas de cravate, et qu’elle avait tiré en cachette de son sac un pistolet, mais après avoir échangé quelques mots avec le Docteur Mouaviya elle tendit la main pour saisir un rouleau de feuillets qu’il lui présentait. Puis elle se leva et courut vers l’hôtel, laissant l’arme cachée sous les feuillets, sur la table. Le Docteur Moaviya avait un sourire d’enfant, emprisonné dans sa barbe comme une mite dans l’ambre jaune, et brûlé par le vert de ses yeux tristes.
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Ateh, princesse khazar (IXe siècle)
Son nom signifie chez les Khazars « les quatre états de l’esprit ». La nuit, elle portait sur chacune de ses paupières une lettre, comme celles qu’on inscrit sur les paupières de chevaux avant la course. Ces lettres appartenaient à l’alphabet khazar qui fut interdit, et celui qui avait le malheur de les lire mourait aussitôt. Les lettres étaient tracées par des aveugles et, le matin, avant la toilette, les servantes servaient la princesse les yeux fermés. Ainsi, elle était protégée de ses ennemis pendant son sommeil. Pour les Khazars, le sommeil était le moment où l’homme était le plus vulnérable.
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