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Citations sur La religion des Sioux oglala (15)

Ces esprits sont les “wakan”, les êtres sacrés. Ils sont sacrés parce qu'ils sont capables de faire passer les Oglala d'un monde futile et sans espoir à un monde libre, au moins pour un temps, des contraintes que l'homme blanc leur imposent. Accomplis convenablement, les rites transforment en effet l'univers ordinaire — dont les Oglala reconnaissent qu'il est sous le pouvoir de la technologie de l'homme blanc — en un univers sacré, dominé par “Wakantanka ”.
J'ai commencé ce livre en posant la question suivante : qu'est-ce qui a permis aux Oglala de maintenir une identité sociale et culturelle distincte, malgré l'avantage écrasant des tendances assimilatrices de la société américaine ? Auparavant, on admettait a priori qu'une société dominée changeait nécessairement du fait même qu'elle se trouvait en contact avec une société dominante. Les études sur l'acculturation servirent ainsi à expliquer dans quelle mesure des sociétés de petite taille se modifiaient sous l'influence d'une culture nouvelle en position dominante. Elles mesurèrent l'aptitude des individus à s'adapter à un environnement social et culturel nouveau sur lequel ils n'avaient aucun pouvoir. Mais de par leur nature même, ces études sur l'acculturation se polarisèrent sur la surface, à savoir le contenu de la culture et les relations sociales qu'elle implique — et à ce niveau de recherche en effet, on pouvait constater des changements. Mon approche de l'analyse des sociétés est complémentaire — et non contradictoire — de celle des études sur l'acculturation. Elle part du principe que pour comprendre une société, en l'occurrence celle des Oglala, il est nécessaire d'étudier dans quelle mesure ses valeurs sociales et culturelles propres ont persisté. Or au niveau des relations sociales, ce ne sont pas ces valeurs qu'on trouve, mais uniquement leurs artefacts. Mon approche impliquait donc d'examiner la société à un niveau moins apparent, celui de la structure des relations sociales. Dans ce dernier chapitre, je vais donc montrer, en guise de récapitulation et de conclusion, comment, dans cette structure sociale sous-jacente, se manifeste la persistance de l'identité sociale et culturelle des Oglala.
p. 262

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« Religion OGLALA », “Oceti-Sakowin” , William K. Powers, éditions du Rocher © 1994
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Dans le chapitre précédent, nous avons souligné les relations qui existent entre les actions des êtres célestes et celles des êtres terrestres. Or, ces relations sont analogues à celles entre l'espace et le temps. Mais, dans ce dernier cas, elles se révèlent interdépendantes les unes par rapport aux autres ; on peut donc en déduire que les relations entre le ciel et la Terre sont également interdépendantes.
p. 234
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Autrement dit, les Oglala mesurent le temps à travers ce qui se manifeste dans l'espace — à savoir, le printemps, l'été, l'automne et l'hiver, chacun d'eux ayant ses caractéristiques physiques propres. Dans les mythes, ces caractéristiques physiques trouvent une expression métaphorique : les différents caractères des Quatre-Vents. Vent-du-Nord est méchant et hargneux, il est d'un contact glacial et tue tout ce qu'il touche. Vent-d'Ouest est bruyant et violent ; sa direction constitue la demeure des Êtres-Tonnerre, à savoir la foudre et le tonnerre. Vent-d'Est est désagréable et paresseux, il passe volontiers ses journées à traîner autour de son tipi. Vent-du-Sud est sympathique et travailleur. Il aime reproduire les choses de la nature et fabrique des jouets pour le petit Yumni, le Tourbillon.
p. 231
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On voit donc apparaître à nouveau ici les composantes à quatre, deux et un élément d'une structure à sept éléments, surtout si l'on compare les mythes avec les unités constitutives de la langue et de l'organisation sociale et politique des Oceti akowin ; on obtient ainsi les relations suivantes :
Dakota / Mdewankanton - Walipeton - Sisseton - Wahpekute
Ouest - Nord - Est - Sud
Nakota / Yankton - Yanktonai / Vieil-Homme - Vent
Lakota / Teton / Yumni
La structure de Wakantanka elle-même est une variante de cette structure à sept éléments. Wakantanka a seize aspects différents, répartis en quatre classes hiérarchiques :
1. Wakan Ankatu (aspects supérieurs)
a. Wi b. kan
c. Maka
d. Inyan
2. Wakan Kolaya (aspects associés)
a. Hanwi
b. Tate
c. Wohpe
d. Wakinyan
3. Wakan Kuya (aspects inférieurs)
a. Tantanka b. Hunonpa
c. Tatetob
d. Yumni
4. Wakanlapi (aspects divins)
a. Nagi
b. Niya
c. Nagila
d. icun
Sur ces seize aspects, la moitié (supérieurs et associés) est considérée comme Wakan Kin, tandis que l'autre (inférieurs et divins) est Taku Wakan. Nous trouvons ainsi un ensemble à
p. 226
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… le « chant aux quatre vents » ou tatetopakiya olowan, qu'on appelle aussi « ils leur crient un chant » wicakicopi olowan. Ce chant présente un intérêt particulier en ce qu'il comporte sept strophes, dont la première s'adresse aux « amis » kola — terme par lequel on s'adresse aux esprits — et les six autres, respectivement aux quatre vents, au zénith et au nadir. En voici les paroles :

Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

À l'ouest, j'appelle un ami de la pierre noire.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

Au nord, j'appelle un ami de la pierre rouge.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

À l'est, j'appelle un ami de la pierre jaune.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

Au sud, j'appelle un ami de la pierre blanche.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

Sur Terre, j'appelle un ami de l'araignée.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

En haut, j'appelle un ami de l'aigle tacheté.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.
Ami, je vais envoyer une voix, alors écoute-moi.

Ce chant est considéré comme l'un des plus puissants, car il s'adresse à l'univers entier et demande aux esprits de toutes les directions de venir à l'emplacement de la réunion.
p. 205 - 206
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L'homme sacré s'adresse aux esprits et ceux-ci lui répondent. À l'occasion, les participants chantent tous ensemble à haute voix. Un thème souvent repris est celui qu'on trouve par exemple dans le chant suivant :
Wankatakiya hoyewaye Io.
Cannunpa kM yuha hoyewaye Io.
« Mitakuye ob wani kte ca lecamun welo »,
Eyaya Tunkasila cewakiye lo.

J'envoie une voix là-haut.
Avec la pipe, j'envoie une voix là-haut.
« Je fais cela car je veux vivre avec mes parents »,
Répétant ces mots encore et encore, je prie Grand-Père.
Après chaque série de chants et de prières, les participants disent « Mitak' oyas 'in » (Tous mes parents).
p. 188
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La quête de la vision. On appelle ce rite hanbleceya « implorer une vision » (d'après “hanble” « vision, rêve » et “ceya”  « implorer »). Ce rite s'accomplit seul, mais il doit être contrôlé par une personne sacrée. On peut l'entreprendre pour acquérir du pouvoir ; on peut aussi demander une vision pour expliquer d'autres visions non sollicitées ou prévoir l'issue d'une expédition de chasse ou de guerre. Chacun peut l'accomplir aussi souvent qu'il en ressent la nécessité ; habituellement, on le célèbre pour la première fois durant l'adolescence.
Celui qui veut hanbleceya se procure une pipe et va trouver un homme sacré plein de sagesse, auquel il exprime son désir d'acquérir une vision. Si l'homme sacré accepte la responsabilité de le guider, ils fument la pipe ensemble, établissant ainsi une relation sacrée. L'implorant choisit alors le nombre de jours que durera son épreuve, qui peut aller de deux à quatre. Suivent divers préparatifs, puis les parents du jeune homme participent à une loge de sudation avec la personne sacrée. La personne sacrée prend ensuite le jeune homme sur son cheval et l'emmène sur une colline sacrée ; là, il lui explique comment il devra se comporter durant son épreuve.
p. 136
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Le renouvellement. Afin de conserver ses pouvoirs et de se rendre favorables les entités surnaturelles, l'individu sacré se rend périodiquement aux endroits sacrés pour y accomplir la quête de la vision. Il garde d'autant plus de pouvoirs que ses quêtes de la vision sont fréquentes. Dans la mesure où il soigne les gens, et donc investit en eux une partie de ses pouvoirs (sicun), il doit compenser la perte de ces derniers par un renouvellement constant. Car s'il ne participe pas à ces quêtes de la vision, il perdra en fin de compte toute sa puissance ou deviendra sensible aux pouvoirs du mal.
p. 104
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LES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MAÎTRES DU RITUEL
Dans la mesure où les « choses sacrées » (ou taku wakan), ainsi que la puissance de rendre wakan les phénomènes naturels ou culturels, existaient dans la totalité de l'univers Oglala, la religion elle-même était présente de manière diffuse dans tous les aspects de l'organisation sociale. Mais comme l'ont dit certains informateurs Oglala, la condition nécessaire pour qu'un homme ordinaire soit amené à accomplir certaines choses était que Wakantanka lui apparaisse dans une vision. Les visions pouvaient advenir de façon spontanée, ou être recherchées dans le cadre d'une quête de la vision (hanbleceya « demander une vision ou un songe »). Cependant, les choses sacrées étant difficiles à comprendre pour l'homme ordinaire, certains individus étaient spécialement investis du pouvoir d'interpréter les innombrables merveilles de Wakantanka.
Ces personnes pouvant servir de médiateurs entre les êtres ou pouvoirs surnaturels et les hommes ordinaires étaient également dits wakan (“wicda wakan” « homme sacré », ou “winyan wakan” « femme sacrée »). On les distinguait des hommes et des femmes-médecine, ou “pejuta wicda” et “pejuta winyan”, qui précisément administraient la “pejuta”, ou médecine d'herbes (d'après peji « herbe » et huta « racines »). Certes, il arrivait que les personnes sacrées soient chargées par Wakantanka d'administrer elles aussi la pejuta, mais en général, elles soignaient les gens par des moyens surnaturels. Le wicak pejuta, en revanche, était avant tout un guérisseur médecin, capable de prescrire des médecines internes ou externes, mais aussi de pratiquer des thérapeutiques physiques, comme par exemple la réduction des fractures. L'expression homme-médecine (medicine man) provient de cette catégorie de soignants ; les Oglala l'utilisent désormais conventionnellement pour désigner en anglais les personnes sacrées, bien qu'en bonne logique un même nom ne puisse convenir pour les deux catégories en même temps.
p. 96 - 97
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Wakantanka représente l'incarnation de tous les êtres et pouvoirs surnaturels de l'univers oglala. Comme nous l'avons vu, le langage sacré lui attribue seize aspects et le désigne par Tobtob « quatre-quatre ». Les seize aspects sont groupés par quatre selon leur rang hiérarchique, ce qui donne les quatre classes suivantes : (1) Wakan akanta « les wakan supérieurs » ; (2) Wakan kolaya « ceux que les wakan appellent leurs amis ou partenaires » ; (3) Wakan kuya « les wakan inférieurs » ; (4) Wakanlapi « ceux qui ressemblent aux wakan ». Les wakan supérieurs comprennent le Soleil, ou Wi le Ciel ; ou kan ; la Terre, ou Maka ; et le Roc, ou Inyan. Les partenaires des wakan supérieurs sont la Lune, ou Hanwi ; le Vent, ou Tate ; l'Étoile-Filante, ou Woripe ; et l'Ailé ou l'Être-du-Tonnerre, ou Wakinyan. Les liens entre wakan supérieurs et partenaires sont les suivants ; le Soleil est lié à la Lune, le Ciel au Vent, la Terre à l'Étoile-Filante, et le Roc à l'Ailé. On appelle les membres de l'une ou l'autre de ces deux classes les Wakan kin, ou « êtres sacrés ». Dans la cosmologie, ils n'ont ni commencement ni fin, et sont responsables de la création de l'homme et de l'univers. Les wakan inférieurs comprennent le Bison, ou Tatanka ; le Bipède (à la fois ours et homme), ou Hununpa ; les Quatre-Vents, ou Tatetob ; et le Tourbillon, ou Yumni. Ceux qui ressemblent aux wakan sont le Fantôme ou l'Apparition, ou Nagi ; la Vie ou le Souffle, ou Niya ; et enfin la Force, ou icun. Les membres de l'un ou l'autre de ces deux groupes sont désignés comme Taku wakan « choses sacrées ». Ils font partie des Wakan kin tout en étant créés par eux. Outre les seize aspects de Wakantanka, la religion Oglala connaît d'autres êtres ou pouvoirs surnaturels importants, bienfaisants ou malfaisants...
p. 94
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