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Critique de kielosa


kielosa
  11 novembre 2017
SI TOUT DEVIENT OBSCUR
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Au risque de passer pour chauvin, je consacre cette chronique au thriller psychologique d'une dame qui est née, en 1970, dans la petite ville de Waregem, en Flandre-Occidentale, (même pas 37000 habitants), où j'ai passé mon enfance et adolescence : "Als alles duister wordt" - Si tout devient obscur - d'Hilde Vandermeeren. Que le livre ne soit pas encore traduit en Français ne devrait pas être un obstacle, puisque l'écrivaine vient de remporter le Prix Hercule Poirot du meilleur roman à suspense des Flandres avec "Schemerzone" ou Zone des ténèbres, après avoir été lauréate en 2013 avec l'ouvrage sous rubrique. Donc, il n' y a plus de grands risques pour un éditeur français un tantinet entreprenant.
Soyez sans crainte pour mon objectivité, je n'ai pas (encore) rencontré l'auteure.

Hilde Vandermeeren est diplômée en psychologie de l'université de Louvain et a été enseignante au secondaire pendant des années, jusqu'à ce qu'elle décide, en 2006, de vivre de sa plume. Une plume qu'elle a maniée très activement, car, outre ses 5 thrillers, elle a presque 50 oeuvres pour la jeunesse et les enfants à son actif.

L'héroïne de l'histoire, Claire, une petite souris de 27 ans, est frappée, à la suite d'un accident, de prosopagnosie : une anomalie qui rend la reconnaissance des visages des gens rencontrés et même de ses proches difficile, voire impossible. Ce trouble a été identifié par le professeur de neurologie allemand Joachim Bodamer (1910-1985) en 1947. Une grande spécialiste d'aujourd'hui en est la professeure écossaise Helen McConachie. Cette maladie, dont à peu près 2,5% de gens sont affectés, ce qui est le cas des acteurs Brad Pitt et Thierry Lhermitte, ainsi que du journaliste et présentateur de télé Philippe Vandel, fait l'objet de l'ouvrage remarquable du neurologue britannique, Oliver Sacks (1933-2015), "L'Oeil de l'esprit".

C'est évidemment une trouvaille d'Hilde Vandermeeren d'introduire cette pathologie dans un thriller. du coup, elle fait monter le niveau de l'ouvrage de quelques degrés considérables. Ainsi, elle montre, en décrivant sa prosopagnosie ce que la prosopagnosie peut signifier dans la vie de tous les jours.
Après son accident et 3 semaines de coma, notre Claire, étudiante en architecture à l'université, se sent complètement paumée dans le grand amphithéâtre, où elle ne reconnaît plus le professeur, ni même ses bonnes copines. Écoeurée, elle décide d'arrêter ses études et d'aller travailler comme simple vendeuse dans un magasin de chaussures, où elles ne sont que 3 : la patronne acariâtre, grande et fine et d'un certain âge, et sa collègue Magali, nettement plus jeune et bien en chair, avec un petit ventre. En plus, Magali l'aide à distinguer les clients et visiteurs du magasin, comme la soeur de la patronne par exemple. Mais Magali ne peut empêcher à Claire de se faire bruyamment interpeller, en sortant du shop, par un voisin qu'elle n'a, en toute logique, pas reconnu et pas salué. En d'autres mots, une anomalie qui vous fait passer comme prétentieux et hautain.
Je suis curieux de savoir s'il existe des politiques affublés de ce dérangement visuel. Cela ne doit pas être simple de ne pas reconnaître ses fidèles électeurs dans la rue, à moins de rire tout le temps à tout le monde, comme un Jerry Lewis ou un Fernandel.

Un soir, Claire, en traversant un petit pont isolé, se heurte dans sa hâte de prendre le dernier train chez elle, à un homme dont elle remarque qu'une blessure au visage saigne. Quelques jours plus tard, elle apprend qu'en bas du petit pont, le corps d'un ancien journaliste d'investigation a été trouvé et que la police a ouvert une enquête. L'assassin qu'elle a heurté, décide qu'il ne peut laisser de témoins. Je ne puis en dire davantage, bien sûr, sauf que la menace qui pèse sur la vie De Claire, nous incite à vite tourner les pages pour découvrir comment cette histoire se termine.

Le style sobre et les fines descriptions psychologiques font penser à l'écrivaine norvégienne, Karin Fossum, et ses thrillers, "L'Oeil d'Eve", "Ne te retourne pas !" et "La mort indienne". Et bien que le crime et son auteur soient connus pratiquement dès le début, Hilde Vandermeeren réussit parfaitement à captiver notre attention jusqu'à la fin.

Je me suis permis de contacter l'auteure afin de savoir un peu plus sur des versions en Français. Dans une aimable lettre, Madame Vandermeeren m'a répondu que son agent littéraire est en pourparlers avec plusieurs éditeurs étrangers, surtout après son obtention récente du Prix Hercule Poirot. En vraie professionnelle, elle s'est montrée discrète mais optimiste. Amateurs de suspense - et des livres pour nos jeunes amis - allez donc jeter un coup d'oeil sur le beau site de la reine du crime des Flandres : www.hildevandermeeren.com/français.

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