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Citations sur Les exécuteurs. Des hommes normaux aux meurtriers de ma.. (28)

JeanLouisBOIS
JeanLouisBOIS   30 décembre 2011
C'est ce couplage entre l'évidente nécessite d'actes déplaisants et le sentiment d'accomplir ces actes nécessaires contre leur propre sensibilité humaine qui donna aux exécuteurs la possibilité de se sentir jusque dans le meurtre des gens "bien" . (p.27).
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art-bsurde
art-bsurde   08 septembre 2015
L'action est donc précédée par principe d'une définition de la situation par l'acteur, et cette définition est décisive pour le résultat de l'action, si irrationnelle, fausse ou immotivée cette définition soit-elle. Dans la formulation de William Thomas, cette affaire complexe peut se résumer avec concision : « Quand les hommes interprètent des situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences. » Ce théorème entraîne lui-même deux conséquences importantes pour l'étude des exécuteurs : premièrement que, outre les conditions objectives, historiques et sociales de l'action, son interprétation subjective est d'une importance décisive quant à la nature de l'action finalement accomplie ; et deuxièmement, que cette action n'en a pas moins ensuite des conséquences réelles.
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art-bsurde
art-bsurde   10 mai 2015
Le lieutenant Calley, principal responsable du massacre de My Lai, croyait, pour sa défense, avoir le dernier mot : What the hell else is war than killing people ? « Bon Dieu, c'est quoi la guerre sinon tuer des gens ? »
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art-bsurde
art-bsurde   19 juillet 2015
L'idée qu'un jour pas si lointain l'on ne pourrait plus connaître les Juifs que « par ouï-dire » n'est pas une chimère personnelle de notre directeur de mont-piété ; en haut lieu, au même moment, on rassemblait déjà les éléments du futur Musée central juif des SS qui devait s'ouvrir à Prague, et les anthropologues racistes récoltaient minutieusement les données qui témoigneraient devant la postérité de l'existence d'une race éteinte. Que signifie cet étrange projet consistant, après avoir exclu, dépouillé, déporté et enfin assassiné des gens, à les transformer en objets de musée pour les intégrer à sa propre histoire ? D'une part, il témoigne que l'anéantissement d'un groupe humain n'est complètement achevé que si même le souvenir qu'on en a est anéanti ou bien défini au sein d'une vision hégémonique. Les États totalitaires pratiquent intensément – le stalinisme l'a montré le plus nettement – une politique mémorielle pragmatique, parce que la domination complète des hommes exige que l'on domine aussi leur mémoire, ainsi qu'on peut le voir également dans des utopies littéraires comme 1984 ou Fahrenheit 451.
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Sycorax
Sycorax   20 septembre 2011
Nous savons aujourd'hui qu'il n'y a pas un seul cas attesté où quelqu'un qui aurait refusé de participer à une exécution aurait eu à en subir des conséquences personnelles graves, comme sa mutation dans un bataillon disciplinaire ou sa condamnation à mort. Les travaux auxquels on risquait d'être affecté en cas de refus d'obéissance pouvaient être désagréables, on se déconsidérait peut-être aux yeux des camarades, mais on ne risquait pas sa vie, ni, encore moins, celle de ses proches. Aussi bien, il eût été dysfonctionnel, pour la bonne marche des "Judenaktionen", qu'un trop grand nombre d'exécutants s'attirât de graves difficultés dans l'accomplissement de cette tâche. C'est d'ailleurs pour la même raison que l'on veillait à l'état psychologique des hommes et de leur bien-être. Quant au "Befehlsnotstand", cette impossibilité absolue de ne pas obéir aux ordres, ce fut un mythe invoqué et inventé par les protagonistes eux-mêmes, soucieux de trouver en dehors d'eux-mêmes, pour des raisons juridiques, un motif à leurs meurtres qui fût au moins une contrainte subjective et leur permît de se tirer d'affaire.
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art-bsurde
art-bsurde   12 septembre 2015
Nous trouvons donc là, au niveau de la perception sociale qu'avaient les exécuteurs et exécutrices, cinq éléments qui à leurs yeux donnaient sens à la tuerie. Il y avait d'abord le risque fantasmé d'être soi-même exterminé si l'on ne prenait pas de vitesse, par une action de prétendue défense, ces meurtriers qui vous menaçaient. Cette mortelle menace imaginaire d'un groupe par l'autre était, deuxièmement, accrue par le fait que la délimitation entre ces deux groupes était brouillée de facto par la mobilité entre eux : la violence extrême ayant dès lors la fonction de bien marquer la frontière et de structurer ainsi la réalité. La violence meurtrière et exterminatrice semble devenir régulièrement plus radicale quand la frontière entre « nous » et « eux » n'est pas parfaitement claire.
Troisièmement, c'est la définition de la tuerie elle-même qui la fait apparaître aux yeux des exécuteurs comme nécessaire et pleine de sens. En l'occurrence, elle n'est pas seulement définie et pratiquée comme un travail professionnel : ce travail est de surcroit enrobé dans une conception agricole de la société et de la nation qui fait de l'extermination totale un acte absolument utile pour cultiver son champ.
Quatrièmement, il se trouve que la structure administrative existante offre la possibilité de pratiquer un gigantesque meurtre de masse sans que rien en elle ne soit foncièrement modifié. Il suffit de définir le but de l'action administrative, ici la mise à mort des Tutsi, et dès lors l'appareil active son potentiel comme s'il s'agissait de n'importe quoi d'autre. Tout est déjà là, lorsqu'un nouvel objectif est fixé, et tout continue à fonctionner comme toujours.
Enfin, cinquièmement, les meurtriers pouvaient être assurés que leur action allait de soi, avait du sens, était normale, puisque tous les autres, aussi bien, faisaient ce qu'ils faisaient eux-mêmes.
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JeanLouisBOIS
JeanLouisBOIS   20 janvier 2012
L'autonomie semble être effectivement la seule chose qui puisse s'opposer à la tentation susceptible de saisir chacun de devenir l'élément irresponsable d'un processus meurtrier. (p.285).
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JeanLouisBOIS
JeanLouisBOIS   20 janvier 2012
Notre confiance quelque peu naïve dans la rationalisme des Lumières nous a empêcher de voir que liberté et autonomie peuvent ne pas être ressenties seulement comme la décharge d'un fardeau, mais au contraire comme un poids, comme le stress d'avoir à décider, comme la peur des responsabilités. (p.283-284).
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JeanLouisBOIS
JeanLouisBOIS   20 janvier 2012
L’Holocauste est la preuve, la plus déprimante et la plus dérangeante qui soit, de la justesse du théorème de William Thomas:"Quand les hommes tiennent une situation pour réelle, alors elle l'est dans ses conséquences." (p.270).
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JeanLouisBOIS
JeanLouisBOIS   20 janvier 2012
Les massacres avaient pris le caractère d'un travail, devenant une activité progressivement professionnalisée et présentant de nombreuses analogies structurelles avec d'autres activités où les tâches sont réparties et organisées. (p.215).
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