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Par Couperine, le 17/02/2011
Le vrai visage du catharisme de
Anne Brenon
Contre le catharisme qui s'implantait au cœur de la société occitane, l'Église romaine ne sut pas employer le moyen d'une véritable pastorale, d'une prédication suivie, systématisée ; elle n'eut recours qu'à des missions, limitées dans l'espace et le temps, de légats cisterciens pour la plupart: les prédicateurs n'agissaient qu'en vertu d'un mandat exprès du pape, et avec l'appui des pouvoirs publics. Quelques actions coercitives spectaculaires: l'humiliation de Pierre Maurand à Toulouse purent frapper les esprits. Jusqu'au début du XIII° siècle, aucun effort réel d'évangélisation ne fut poursuivi, et il est indéniable que champ libre fut ainsi laissé à l'expansion de l'évangélisme dissident.
La fin du XII° siècle vit au contraire la succession des étapes organisant la répression, la coercition, assise sur la collaboration des pouvoirs spirituels et temporels: en 1179, au concile du Latran, Alexandre III invitait déjà les fidèles du Christ à prendre les armes contre les hérétiques ; les décrétales, issues des conférences de Vérone de 1184 entre la papauté et l'empereur Frédéric Barberousse - pape et empereur unissant leur réflexion et leur politique, une fois n'est pas coutume ! - fondèrent les préalables juridiques à la coercition: Lucius III et Frédéric convinrent que les hérétiques convaincus seraient confiés au bras séculier ; que les évêques, en leur justice "ordinaire", seraient chargés d'inspecter leur diocèse de manière régulière et de susciter la délation ; que les pouvoirs publics se verraient confier le soin de soutenir et faire appliquer les sentences ecclésiastiques.
Tous les présupposés mentaux se mettaient en place, qui rendraient possible, plus étonnante encore qu'une croisade en terre chrétienne, l'institution de la bureaucratie inquisitoriale.
Et pourtant, au Latran, en 1179, se présenta, dans sa pauvreté évangélique, Vaudès de Lyon, qui demandait le droit de prêcher. Et pourtant, à Vérone, en 1184, le mouvement vaudois, cette pulsion qui entraînait sur les routes et dans le dénuement total hommes et femmes qui cherchaient le Christ ailleurs que dans les cathédrales, fut officiellement déclaré hérétique. Quelques années plus tard, la papauté aurait pu songer à appuyer une action positive de "persuasion" des hérétiques sur une initiative d'aussi bonne et neuve volonté...
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Par Woland, le 15/02/2011
Le vrai visage du catharisme de
Anne Brenon
.. Les cathares, chrétiens dualistes, croyaient en effet à deux créations émanant de deux principes, selon la logique dont on a senti l'amorce dès le prologue du Livre des Deux Principes : un bon arbre ne pouvant porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits, il s'ensuivait logiquement que le monde visible, soumis à la corruption, à la mort et au mal, ne pouvait être la création du Dieu d'amour enseigné par le Christ : "Mon royaume n'est pas de ce monde ..." (Jo, 18,36).
Pénétrés de cette logique forte, elle-même admirablement soutenue et fondée dans le Nouveau Testament, les prédicateurs cathares et les lettrés, auteurs de leurs textes théoriques, ne cherchèrent jamais à ménager l'Eglise romaine, ni à composer avec elle. Elle était la fausse Eglise, suscitée par le faux Dieu de ce monde, pour détourner le message du Christ. Ils s'exprimaient en héritiers directs des apôtres.
"Vers l'heure des vêpres, quand nous fûmes rentrés des vignes et que nous eûmes bu, nous nous mîmes près du feu et l'hérétique commença à prêcher. Il dit ... que nul ne pouvait être sauvé à moins d'avoir été reçu dans leur secte et dans leur foi ; que la foi suivie dans l'Eglise romaine ne valait rien, mais celle-là seulement qu'ils suivaient, eux, parce qu'eux seuls, à ce qu'il disait, suivaient la voie de Jésus Christ ..."
Ce petit récit est dû à Guilhem Escaunier, d'Ax (les Thermes), déposant au début du XIVème siècle devant l'inquisiteur Jacques Fournier, évêque de Pamiers. D'où l'emploi de termes comme "l'hérétique", "leur secte", "à ce qu'il disait", derrière lequel le déposant protège son orthodoxie mise en question, mais qui n'enlèvent rien au fond du témoignage.
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Anne Brenon
Vous me disiez l'autre jour que Pèire Autier, si vous aviez pu le croiser, aurait réussi à vous sortir de votre athéisme militant pour vous permettre d'entrer dans la foi de ces simples chrétiens.
Philippe de Tonnac à Anne Brenon dans Cathare la contre-enquête.