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Par Ode, le 04/05/2013
Les pérégrines de
Jeanne Bourin
Avec le début du printemps le moment avait enfin paru favorable à un nouveau départ, et les pèlerins s'étaient retrouvés à Brindisi avec les deux armées et leurs chefs.
Flaminia avait déjà aimé la mer hivernale, elle fut éblouie par sa beauté printanière. Une sorte de griserie s'était emparée d'elle lorsqu'elle s'était sentie caressée par la brise marine et qu'elle avait respiré les senteurs du large. Il lui avait semblé que, sous son bliaud de toile verte, défraîchi, usagé, dont elle était lasse, son jeune corps, dru et neuf, était revigoré, nettoyé des sueurs du chemin et comme purifié par ce vent si vif, si gai, qui crêtait d'écume les vagues joyeuses... C'était comme respirer l'haleine suave de Dieu... Ce bain vivifiant lui donnait l'impression de participer de tout son être à la splendeur de la Création.
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Par KATE92, le 10/12/2012
Le Jeu de la tentation de
Jeanne Bourin
Marie gagna sa table. En dépit de tous ses soucis, elle ne délaissait pas un travail qui demeurait pour elle, au milieu de tant de remous, le seul point stable, l’unique satisfaction qui ne fût pas menacée ou douteuse.
Plus l’œuvre était absorbante, difficile, plus elle pouvait s’y perdre, s’y oublier. C’était seulement en s’y donnant tout entière qu’elle parvenait à se détacher, pour un temps, de ses multiples alarmes.
Dieu merci, l’ouvrage ne manquait pas ! L’été étant la meilleure saison pour procéder aux séchages successifs que nécessitaient les diverses phases de la dorure, il convenait de profiter de ces journées ensoleillées et chaudes.
Marie avait justement à préparer, pour un manuscrit dont le texte, les dessins, les nombreuses couches de couleur, étaient déjà achevés, les fonds où elle aurait ensuite à appliquer l’or, à la feuille ou au pinceau.
Il s’agissait de cette fameuse « Chanson du chevalier au cygne » dont elle avait elle-même illustré bien des pages. Elle en était parvenue au moment où il fallait composer la première assiette, en langage de métier, soit le premier fond. Deux autres suivraient avant qu’elle ne soit en mesure de passer à l’application de l’or pur. La réussite et l’éclat de la composition finale dépendaient du soin avec lequel on accomplissait cette série de préparations.
Elle prit dans un des pots rangés sur sa table de la fleur de plâtre des plus fines qu’elle déposa devant elle sur une pierre dure, polie et de grande dimension. Elle y ajouta un peu de safran en poudre et de bol d’Arménie, les mélangea minutieusement, intimement, avant d’humecter le tout, par petites quantités, avec de l’eau, et se mit en devoir de remuer la préparation obtenue avec les plus attentives précautions. Le mélange devant durcir, mais non pas sécher complètement, elle alla déposer la pierre dans une flaque de soleil devant une des fenêtres, et se dirigea ensuite vers les aides qui s’activaient à entretenir, en vue des suites de l’opération, un feu doux de charbon de bois, sous une grille, dans la cheminée de la salle. A cause de la chaleur estivale, ce travail était pénible pour les jumelles qui en tiraient prétexte pour relever leurs cottes jusqu’aux genoux et pour délacer leurs chemises sur de jeunes seins découverts.
-Allons, mes filles, dit Marie, profitez de ce que je suis forcée d’attendre le séchage de ma préparation pour aller respirer l’air du jardin. Je vous rappellerai dans un moment.
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Par Ode, le 25/01/2013
Les recettes de Mathilde Brunel, cuisine médiévale pour table d'aujourd'hui. de
Jeanne Bourin
Si vous voulez vous amuser à faire des œufs heaumés, un soir où le feu dans la cheminée a laissé beaucoup de braises incandescentes, prenez des tuiles ou plus simplement un plat en terre à feu que vous placez sur les charbons.
Percez soigneusement un trou dans chaque coquille d'oeuf, en surface seulement, pour ne pas risquer de percer le jaune.
Videz le blanc de la coquille, au besoin en aspirant par le trou. Puis placez ces coquilles, dans lesquelles il ne reste que le jaune, dans le plat en terre à feu et laissez cuire sur les braises.
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Par Parthenia, le 05/06/2013
La chambre des dames de
Jeanne Bourin
Le soir était venu. Avec lui, la fête battait les murs de Paris. Au milieu des chaussées, aux carrefours, sur les places, on dansait, on chantait, on applaudissait, on buvait, on riait. Le long des rues tendues d'étoffes aux couleurs vibrantes, courtines et tapisseries ornaient les fenêtres. Des guirlandes de fleurs, de feuillages décoraient les façades de chaque maison.
Ménestrels, musiciens, jongleurs, conteurs, s'étaient établis un peu partout, jouaient de tous les instruments, apostrophaient les passants, débitaient mille farces, étourdissaient les Parisiens dont les vêtements, tant ils étaient colorés, semblaient tout flambant neufs.
Autour des arbres de Mai, enrubannés, plantés en des endroits choisis, filles et garçons faisaient des rondes. Sur les plus grandes places, on se livrait aux joies de la danse robardoise, à celles de la Belle Aélis, et, bien entendu, à la ballerie de la Reine de Printemps.
Sans hâte, en cadence, une chaîne de jeunes femmes et filles oscillait, place de la Grève, au rythme de la carole.
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Par Ode, le 26/08/2012
Le Jeu de la tentation de
Jeanne Bourin
Marie se réservait la tâche de coiffer son père. Avec douceur et avant de renouer autour de la tête appesantie les bandes de toile qui la protégeaient, elle démêlait les mèches grises où, en dépit des soixante-dix-huit ans d'Etienne, des cheveux noirs se mêlaient encore aux blancs. Une sorte de gratitude tendre qui la bouleversait parce qu'elle témoignait d'un reste de lucidité, se faisait jour, alors, au fond des prunelles décolorées. La bouche inutile produisait avec un immense effort des sons incompréhensibles qui lui déchiraient le cœur.
Elle avait toujours ressenti pour son père une affection profonde, nuancée de crainte envers l'homme important et déjà mûr qu'elle avait connu. Âgé de plus de cinquante ans quand elle était née, maître Brunel n'était pas de ceux qui jouent avec leurs enfants, mais il représentait la puissante tutélaire, la protection, la force sur laquelle on sait pouvoir compter.
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Par Ode, le 02/08/2012
Très sage Héloïse de
Jeanne Bourin
As-tu jamais mesuré, Pierre, ce qu'était le sacrifice que tu réclamais de moi ? Je venais d'avoir dix-neuf ans, je t'aimais de tout mon être, j'étais ton épouse et je n'avais pas la vocation religieuse. Tu savais tout cela et tu me demandais de renoncer à ma jeunesse, à ma passion, à la vie commune que nous pouvions mener en dépit de ta mutilation, pour m'inciter à prendre le voile, à enfouir mon existence dans un couvent !
"Je me ferai moine, tu te feras bénédictine, disais-tu cependant avec enthousiasme. Séparées par le fer, nos vies seront réunies par la prière."
Je voyais un abîme s'ouvrir sous mes pas.
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Le grand feu de
Jeanne Bourin
Défaits, les cheveux d'Isambour la recouvraient jusqu'aux genoux. Épais, bruns mais moirés de reflets de cuivre, ils lui composaient un manteau sauvage et soyeux qui enveloppait complétement son corps menu.
- Les hommes aiement ces chevelures foisonnantes, déclara Aubrée. La vôtre est fort belle. Le pelage de certaines martres du nord que porte la princesse Adèle est presque de la même nuance.
- Je ne sais pas si elle plaira à Bernold, dont je connais encore si mal les goûts, dit Isambour en rougissant une nouvelle fois, mais je la trouve bien lourde ! Il m'arrive d'avoir des maux de tête insupportables à cause du poids de mes nattes !
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Par Ode, le 01/08/2012
Très sage Héloïse de
Jeanne Bourin
Je me voulais stoïque comme une héroïne antique, mais mon cœur était dévasté.
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Par natlitou, le 10/09/2012
La chambre des dames de
Jeanne Bourin
Il s'agit bien d'un ennemi ! Ce n'est pas unadversaire qui me menace, mais un homme qui m'aime, qui me trouble, qui me crie sa passion ! C'est l'amour, non la haine, que j'ai à combattre.
Dans la mesure où tant de choses, en moi, semblent prêtes à capituler devant Guillaume, ces engagements que je vais avoir à renouveler sans fin contre son désir, contre le mien, seront bien plus durs à livrer que si je n'avais à m'opposer qu'à un antagoniste !
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Par marina53, le 26/05/2012
Très sage Héloïse de
Jeanne Bourin
Tu l'avais prévu. Tu me l'avais écrit et je t'avais répondu que je ne pourrais pas te survivre; qu'en te perdant, je perdrais ma vie. Je le croyais.