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Par latina, le 02/08/2012
Baigneuse nue sur un rocher de
Armel Job
"Quand elle était petite, j'avais toujours peur qu'elle ne meure. C'est une idée que j'avais, tu vois. Parce qu'elle avait l'air si fragile et que moi, je ne l'avais pas aimée d'un coup. Ca m'avait pris le temps.
C'est quand elle a commencé à parler. Elle était toujours dans mes jambes. Elle venait à l'atelier; tiens, justement là où tu es, devant l'étal, c'était sa place. Elle me causait sans arrêt. Pourquoi ceci, pourquoi ça. Elle m'attrapait par les doigts. Tu l'aurais vue, Thérèse, en ce temps-là ! Ca ne devrait pas grandir."
(...)
"Ca ne devrait pas grandir, mais forcément, ça grandit. Tout d'un coup, elle est devenue une femme. On ne s'y attend pas. Y a tout pour faire une femme, là, à côté de toi. Mais tu ne fais pas attention.
Jusqu'à ce que ça éclate. Tu es là avec quelqu'un d'autre. Un temps, tu te rassures : le corps a changé, mais dedans, c'est toujours ta petite fille, que tu t'imagines.
Jusqu'au jour où la femme a bouffé la gamine, de l'intérieur."
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Par joedi, le 24/03/2012
Les eaux amères de
Armel Job
Ils avaient bu une deuxième coupe de champagne. Bram refusait. Il mettait la main sur son verre, mais elle l'avait écartée en riant, doigt par doigt. Cette menue violence de sa main frêle sur ses grosses phalanges velues comme le paturon d'un cheval, quel délice cela aurait pu être ! Un homme et une femme ne devraient jamais cesser de lutter. La paix entre eux, c'est cette affreuse coexistence pacifique qui laisse chacun des Etats à ses propres lâchetés.
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Par latina, le 01/08/2012
Baigneuse nue sur un rocher de
Armel Job
Une femelle. Seulement une femelle, Libert. Rien que la nature, la nature aveugle et bête qui a poussé sur sa tige, comme une fleur vénéneuse.
Ne t'approche pas ! Elle va t'anéantir. Elle n'en peut rien. Elle est prévue pour ça. C'est le plan, la mécanique. Dès que tu penseras t'en emparer, elle va se refermer sur toi. Elle va t'engloutir, te dévorer la sève et puis elle te rejettera comme une cosse vide, mon petit Libert. Tu seras rompu pour le reste de tes jours.
Et elle, qu'est-ce que tu penses? Quand toute cette combinaison d'appas gélatineux ne lui servira plus de rien, qu'est-ce qu'il en adviendra? Un débris, une flétrissure, Libert, comme un dahlia après une nuit de gel. Voilà ! Et toi, qu'est-ce que tu auras encore comme vie pendant qu'elle faisandera à côté de toi?
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Par latina, le 01/08/2012
Baigneuse nue sur un rocher de
Armel Job
La masse de la patronne remplit un grand fauteuil d'osier auquel chacun de ses mouvements arrache des gémissements douloureux.
Elle est vêtue d'une simple combinaison beige qui déborde par tous les orifices de son tablier à fleurs. Par-devant, les boutons, acculés à l'extrémité de la bride, contiennent vaillamment les amas indistincts de son ventre et de ses mamelles.
La peau de ses jambes et de ses bras est si distendue qu'elle en est transparente. On voit, à travers, une chair rosâtre alvéolée de blancheurs, qui ressemble à du hachis à saucisse.
Elle n'a plus ni poignets ni chevilles.
Ses pantoufles tuméfiées, dont la languette de molleton inversée s'étale comme l'appendice d'un étranglé, contiennent à grand-peine la plante de ses pieds.
Depuis longtemps, la graisse est venue à bout de tous ses membres.
Il ne restait que le visage. Des détachements luisants de fraîcheur se sont lancés à l'assaut de la gorge, du menton, des joues déjà en pleine déconfiture. Seuls, le nez, le front et, retranchés au fond des orbites, les petits yeux pétillants lui échappent encore, et ils émergent de ce fatras adipeux comme les vestiges d'un empire éboulé.
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Par latina, le 01/08/2012
Baigneuse nue sur un rocher de
Armel Job
Depuis toujours, le culte de la Vierge lui donne des haut-le-coeur. Il n'arrive pas à comprendre quelle lubie a saisi Pie XII de repasser les plats en proclamant le dogme de l'Assomption. Que la Vierge soit restée vierge sans césarienne, c'est déjà un morceau à avaler ! Bon. Mais qu'elle monte vers les cieux comme une montgolfière, il faut se le farcir.
(...)
"Si le Malin vous tente et qu'il prend pour cela l'aspect d'une créature lubrique, songez aussitôt à votre mère terrestre et à votre mère des cieux", lui soufflait son directeur de conscience à travers la grille du confessionnal. "Telle est l'image de la femme que Dieu veut dans votre coeur". Le saint homme méditait probablement de hâter la fin des temps, car, avec les fantasmes qu'il recommandait, la reproduction de l'espèce aurait tenu de l'héroïsme.
Sans insister sur la Vierge Marie, Duchevet ne pouvait s'empêcher de féliciter Dieu d'avoir renoncé à fabriquer toutes les femmes dans le moule de sa mère qui inspirait la terreur à tout ce que la maisonnée comptait de mâles, du père jusqu'au matou, qu'elle avait fait châtrer.
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Par balooo, le 06/06/2010
Tu ne jugeras point de
Armel Job
Madame Desantis, il est tard. Nous reprendrons dans la matinée. Avant de partir, je vais résumer rapidement les faits une dernière fois. Interrompez-moi si je me trompe. Et si la moindre idée vous vient à l'esprit, dites-le-moi. D'accord?
– Oui, monsieur le juge.»
La femme a les yeux gonflés. Elle est assise, très droite, face au juge d'instruction. Ses bras croisés reposent sur la table de la cuisine. Un mouchoir à carreaux entortillé dépasse de son poing droit.
«Vous êtes partie d'ici vers le milieu de l'après-midi, disons entre quinze heures et quinze heures trente, et vous vous êtes rendue à pied au magasin L'Étoile où vous êtes arrivée un peu avant seize heures. Vous emmeniez votre petit garçon, Antoine, et, dans une poussette, votre fils David. Vous êtes entrée dans la boutique en laissant la poussette dehors.
– Oui, monsieur le juge.
– Vous n'avez pas voulu prendre la poussette parce qu'il y a des marches.
– Je n'en avais que pour quelques minutes. David s'était endormi. Il était attaché. J'avais relevé la capote et fermé le protège-pieds. Il était bien à l'abri. Il ne faisait pas beau, mais pas vraiment froid, seulement un peu de vent, comme je vous l'ai dit. Je l'ai laissé pour qu'il prenne le bon air.
– D'accord. Vous êtes restée environ un quart d'heure dans le magasin avec Antoine.
– Oui.
– Et quand vous êtes ressortie, la poussette était vide. David avait disparu.
– Oui, monsieur le juge.»
Un sanglot soulève sa gorge, mais elle ne pleure pas. Son dos ne touche pas le dossier de la chaise. Elle porte un chemisier blanc à courtes manches boutonné jusqu'au cou.
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Par latina, le 13/06/2012
La femme manquée de
Armel Job
A trop vouloir consoler le chagrin, on l’importune.
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Par latina, le 02/08/2012
Baigneuse nue sur un rocher de
Armel Job
Thérèse passe un doigt sur ses lèvres. Pourquoi la peau des lèvres est-elle si douce? Quand on mange, cela ne sert à rien, qu'à se brûler à la soupe si elle est trop chaude. La douceur des lèvres - on peut retourner la question dans tous les sens - ne se justifie que pour donner des baisers.
C'est agréable de sentir une bouche fraîche se poser sur le visage ou sur l'épaule.
Remarquons-le : il s'agit là des baisers que l'on reçoit. Pour ceux que l'on donne, tant qu'il ne s'agit que de la joue d'hun homme, même bien rasée, ils n'ont rien de vraiment affolant. Ce sont les femmes qui dont dû inventer le baiser sur la bouche.
En tout cas, quand Libert l'a embrassée pour la première fois, les lèvres de Thérèse sont parties toutes seules à la rencontre des siennes. Sûrement, elles cherchaient d'elles-mêmes la place qui est la leur, comme le poussin se glisse, à peine éclos, sous l'aile de sa mère.
Et une fois arrivées à destination, qule étrange délice ! Cela ne ressemblait à rien de connu. Les lèvres, inutiles de le dire, étaient ravies, mais surtout, elles tenaient absolument à le faire savoir au reste du corps. De lointaines extrémités, qui jusqu'alors avaient mené une existence paisible et effacée, s'ébrouaient, se dressaient, réclamaient, un peu affolées, qu'on s'intéresse à elles. Et pour les rassurer, Thérèse ne trouvait d'autre ruse que de les confier aux mains vigoureuses de Libert.
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Par Ancolie, le 27/12/2012
Loin des mosquées de
Armel Job
Je ne sais pas si la fiancée d'Evren a pleuré le samedi soir. Je ne crois pas. Il m'a suffi le lendemain de rencontrer son regard pour la première fois pour comprendre que ce n'était pas son genre. Je pense qu'elle est restée bien droite sur sa chaise, ses paumes teintées de rouge percées de leur cible blanche reposant sur ses cuisses, le visage tendu, sauvage, comme toujours. Elle a laissé les autres se lamenter sans ciller, devinant fort bien qu'elles pleuraient sur elles-mêmes au souvenir de tout ce qu'elles avaient perdu avant de plier l'échine sous le joug du mariage. Cette affliction, elle s'était juré, j'en suis sûr, de ne jamais la connaître. Le mariage était arrangé sans doute, mais ce qui brillait dans ses yeux ne ferait jamais l'objet d'aucun arrangement.
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Les lunettes de John Lennon de
Armel Job
— Mais je n’ai pas voulu… Je t’assure.
— Bien sûr, tu n’as pas voulu. Personne n’a jamais voulu. Mais, en attendant, le résultat est le même. Vous me pompez ! Voilà ce qu’il y a : vous me pompez !
— Enfin, papa…
— Arrête de m’appeler « papa ». Qu’est-ce que je t’ai fait, hein ? Tu me poursuis. Tu ne cherches qu’à m’humilier. D’abord, tu viens assister à ce procès ridicule. Pourquoi ? Pour te payer ma gueule ? Et ce n’était pas assez, bien sûr : tu as vu comment tu étais habillé ? En clown, Julius. Regarde-toi donc : un épouvantail. Le juge aurait pu t’expulser. Après ça, tu m’attends, tu laisses sortir tout le monde goutte à goutte, pour que personne n’ignore que le type fagoté comme l’as de pique planté au fond de la salle, c’est évidemment le fils de l’autre, l’ahuri qui demande un droit de visite pour son chien. Son chien ! Venons-en à son chien ! Il ne manquait que lui, naturellement ! Tu m’amènes ce chien qui ne m’aime pas, qui ne m’a jamais aimé, qui s’en tape de moi, comme ta mère, comme ta sœur, comme vous tous. Tu me le fourres dans les jambes. Tu m’obliges à le promener. Y a que me pisser dessus qu’il n’a pas fait. Et pour finir, le pompon : tu puises dans la caisse de ton patron, histoire de sucrer un avocat marron qui pouvait attendre, et tu viens me relancer alors que tu sais parfaitement que je suis incapable de te rembourser. Non, Julius, tu dépasses les bornes ! Est-ce que vous allez me lâcher un peu à la fin ?
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