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Par joedi, le 24/03/2012
Les eaux amères de
Armel Job
Ils avaient bu une deuxième coupe de champagne. Bram refusait. Il mettait la main sur son verre, mais elle l'avait écartée en riant, doigt par doigt. Cette menue violence de sa main frêle sur ses grosses phalanges velues comme le paturon d'un cheval, quel délice cela aurait pu être ! Un homme et une femme ne devraient jamais cesser de lutter. La paix entre eux, c'est cette affreuse coexistence pacifique qui laisse chacun des Etats à ses propres lâchetés.
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Par balooo, le 06/06/2010
Tu ne jugeras point de
Armel Job
Madame Desantis, il est tard. Nous reprendrons dans la matinée. Avant de partir, je vais résumer rapidement les faits une dernière fois. Interrompez-moi si je me trompe. Et si la moindre idée vous vient à l'esprit, dites-le-moi. D'accord?
– Oui, monsieur le juge.»
La femme a les yeux gonflés. Elle est assise, très droite, face au juge d'instruction. Ses bras croisés reposent sur la table de la cuisine. Un mouchoir à carreaux entortillé dépasse de son poing droit.
«Vous êtes partie d'ici vers le milieu de l'après-midi, disons entre quinze heures et quinze heures trente, et vous vous êtes rendue à pied au magasin L'Étoile où vous êtes arrivée un peu avant seize heures. Vous emmeniez votre petit garçon, Antoine, et, dans une poussette, votre fils David. Vous êtes entrée dans la boutique en laissant la poussette dehors.
– Oui, monsieur le juge.
– Vous n'avez pas voulu prendre la poussette parce qu'il y a des marches.
– Je n'en avais que pour quelques minutes. David s'était endormi. Il était attaché. J'avais relevé la capote et fermé le protège-pieds. Il était bien à l'abri. Il ne faisait pas beau, mais pas vraiment froid, seulement un peu de vent, comme je vous l'ai dit. Je l'ai laissé pour qu'il prenne le bon air.
– D'accord. Vous êtes restée environ un quart d'heure dans le magasin avec Antoine.
– Oui.
– Et quand vous êtes ressortie, la poussette était vide. David avait disparu.
– Oui, monsieur le juge.»
Un sanglot soulève sa gorge, mais elle ne pleure pas. Son dos ne touche pas le dossier de la chaise. Elle porte un chemisier blanc à courtes manches boutonné jusqu'au cou.
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Les lunettes de John Lennon de
Armel Job
— Mais je n’ai pas voulu… Je t’assure.
— Bien sûr, tu n’as pas voulu. Personne n’a jamais voulu. Mais, en attendant, le résultat est le même. Vous me pompez ! Voilà ce qu’il y a : vous me pompez !
— Enfin, papa…
— Arrête de m’appeler « papa ». Qu’est-ce que je t’ai fait, hein ? Tu me poursuis. Tu ne cherches qu’à m’humilier. D’abord, tu viens assister à ce procès ridicule. Pourquoi ? Pour te payer ma gueule ? Et ce n’était pas assez, bien sûr : tu as vu comment tu étais habillé ? En clown, Julius. Regarde-toi donc : un épouvantail. Le juge aurait pu t’expulser. Après ça, tu m’attends, tu laisses sortir tout le monde goutte à goutte, pour que personne n’ignore que le type fagoté comme l’as de pique planté au fond de la salle, c’est évidemment le fils de l’autre, l’ahuri qui demande un droit de visite pour son chien. Son chien ! Venons-en à son chien ! Il ne manquait que lui, naturellement ! Tu m’amènes ce chien qui ne m’aime pas, qui ne m’a jamais aimé, qui s’en tape de moi, comme ta mère, comme ta sœur, comme vous tous. Tu me le fourres dans les jambes. Tu m’obliges à le promener. Y a que me pisser dessus qu’il n’a pas fait. Et pour finir, le pompon : tu puises dans la caisse de ton patron, histoire de sucrer un avocat marron qui pouvait attendre, et tu viens me relancer alors que tu sais parfaitement que je suis incapable de te rembourser. Non, Julius, tu dépasses les bornes ! Est-ce que vous allez me lâcher un peu à la fin ?
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Par Lali, le 05/02/2011
Baigneuse nue sur un rocher de
Armel Job
u n’as jamais eu les genoux, les bras, le ventre qui rient ? Monsieur José m’a expliqué qu’on a son âme sur toute la surface de son corps. Et tu vois, dans ce moment-là, personne ne m’a dit quelque chose de si juste, de si vrai, sur ce qui m’arrivait. C’est pour cela que j’ai accepté de recommencer à poser.
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Par julinou, le 31/07/2010
Tu ne jugeras point de
Armel Job
Il y a des choses que les femmes font les unes pour les autres et que les hommes ne doivent pas savoir.
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Par joedi, le 25/03/2012
Les eaux amères de
Armel Job
Après une éclipse, le retour à la normale réconforte même les esprits forts qui prétendent ne pas s'émouvoir à la disparition des astres.
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Par joedi, le 24/03/2012
Les eaux amères de
Armel Job
Alors il quitta le comptoir et s'engagea dans la rangée centrale des étagères qui traversait le magasin. Ses yeux glissaient sur les marchandises impeccablement alignées. C'est drôle, il avait l'impression qu'il les découvrait, comme si leur présence lui avait échappé jusqu'alors. Quand on a reçu un coup sur la tête, peut-être faut-il recoller les morceaux du monde ?
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Par joedi, le 23/03/2012
Les eaux amères de
Armel Job
Il y a bel et bien un homme sans Dieu, mais pas de Dieu sans homme.
Karl Barth
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Les lunettes de John Lennon de
Armel Job
— René, enfin, les enfants !
— Quoi, les enfants ?
Ici, Julius tentait sans conviction un armistice (« Papa, maman, arrêtez ! Ca va mal se finir une nouvelle fois ! ») Il comptait plutôt sur sa petite sœur Renata. Théoriquement, elle se mettait à pleurer dès que son père passait à la vitesse supérieure. Son menton tremblait, les commissures de ses grosses lèvres se réfugiaient près de ses oreilles et une cataracte s’échappait de ses yeux et de ses narines. Sa tête oscillait de sa mère à son père, comme si elle voulait les faire profiter à tour de rôle de la laideur de son chagrin. C’était alors à qui la prendrait le premier dans les bras. Le vainqueur pouvait triompher : « Tu vois, tu as fait pleurer la petite ! C’est vraiment tout ce que tu sais faire ! T’attaquer à une enfant qui n’est déjà pas normale. »
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Les lunettes de John Lennon de
Armel Job
Toutes les femmes sans doute possèdent la faculté de mettre leur propre corps à distance – ne fût-ce qu’à celle d’un miroir –, d’en faire un objet détaché d’elles-mêmes pour le parer et l’envoyer comme leur ambassadeur auprès du monde. C’est une chose fragile et précieuse qui représente leur âme.