-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Il n’avait parlé que de plaisirs vulgaires, de mesquins avantages de confortable ou de vanité ; mais considérez que ces choses étaient les seules qu’elle pût comprendre avec exactitude, et que tout le reste – la magie mystérieuse des cités, l’attirance d’une vie différente, inconnue, au centre même du monde humain et non plus sur son extrême lisière – n’avait que plus de force de rester ainsi impalpable et vague, pareil à une grande clarté lointaine.
-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Dans les brûlés, au flanc des coteaux pierreux, partout où les arbres plus rares laissaient passer le soleil, le sol avait été jusque-là presque uniformément rose, du rose vif des fleurs qui couvraient les touffes de bois de charme ; les premiers bleuets, roses aussi, s’étaient confondus avec ces fleurs ; mais sous la chaleur persistante ils prirent lentement une teinte bleu pâle, puis bleu de roi, enfin bleu violet, et quand juillet ramena la fête de sainte Anne, leurs plants chargés de grappes formaient de larges taches bleues au milieu du rose des fleurs de bois de charme qui commençaient à mourir.
> lire la suite
-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Dehors, le bois voisin et même les champs conquis sur le bois n’étaient plus qu’un monde étranger, hostile, que l’on surveillait avec curiosité par les petites fenêtres carrées. Parfois il était, ce monde, d’un beauté curieuse, glacée et comme immobile, faite d’un ciel très bleu et d’un soleil éclatant sous lequel scintillait la neige ; mais la pureté égale du bleu et du blanc était également cruelle et laissait deviner le froid meurtrier.
-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Dans ces temps-là je ne pouvais pas lui répondre, tant j’étranglais de honte, à cause de la vie misérable qu’elle faisait avec moi ; mais je savais bien que je finirais par partir encore pour m’en aller plus haut vers le Nord, plus loin dans le bois, et qu’elle viendrait avec moi et prendrait sa part de la dure besogne du commencement, toujours aussi capablement, encouragée et de belle humeur, sans jamais un mot de chicane ni de malice.
-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Lorenzo Surprenant était constamment à côté d’elle et lui parlait ; elle sentait aussi les regards d’Eutrope Gagnon passer souvent sur elle avec leur expression coutumière de guet patient ; et de l’autre côté de la porte elle savait que François Paradis se tenait penché en avant, les coudes sur ses genoux, muet avec son beau visage rougi par le soleil et ses yeux intrépides.
-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Cela leur avait paru si merveilleux, dans leur étroit logement parisien, cette idée qu’au Canada ils passeraient presque toutes leurs journées dehors, dans l’air pur d’un pays neuf, près des grandes forêts. Ils n’avaient pas prévu les mouches noires, ni compris tout à fait ce que serait le froid de l’hiver, ni soupçonné les mille duretés d’une terre impitoyable.
-
Par brigetoun, le 09/08/2011
Maria Chapdelaine de
Louis Hémon
Dans tout cela, une phrase avait trouvé Maria quelque peu incrédule : l’assurance du prêtre que François Paradis, là où il se trouvait, se souciait uniquement des messes dites pour le repos de son âme, et non du regret tendre et poignant qu’il avait laissé derrière lui.